Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture est l’occasion de jouer avec les mots, de faire entendre sa voix, d’écouter celle des autres, de se découvrir. C’est avant tout une expérience ludique, le plaisir de réaliser quelque chose et de le partager. À chaque séance l’animatrice propose de nouvelles consignes, qui servent de point de départ à l’écriture. Cette règle du jeu, par son aspect contraignant, permet de libérer l’imagination. On n’est plus devant une inquiétante page blanche, mais devant une proposition d’écriture, qu’on pourra à son gré suivre de près ou subvertir discrètement. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture des textes : on se rend compte que chaque participant a traité la consigne de façon personnelle, provoquant la surprise, le rire ou l’émotion. Les échanges, qui se font dans un esprit curieux et bienveillant, permettent à chacun de prendre du recul sur son propre texte.

Atelier n°6


Proposition n°1 : Variation sur le cadavre exquis

Modèle :
- Sujet (groupe nominal) ;
- « c’est comme… » ;
- « parce que c’est… / parce que ça… »


Proposition n°2 : À partir d’un fait divers

- On lit le récit d’un fait divers impliquant plusieurs personnages.
- Chaque participant écrit le point de vue d’un des personnages sur l’événement.


Proposition n°3 : Écrire à partir d’un objet

Une petite boîte vintage en métal avec dessin anglais.

Quelques textes du 6e atelier


Cadavres exquis 

La ferrari rouge de Steve 
c'est comme la neige en hiver 
parce que ça pulse au camping. 

Un lampadaire 
c'est comme du fil dentaire fluo 
parce que ça sursaute toute le temps. 

Le yéti 
c'est comme un couteau sans dents 
parce que c'est tellement chaud. 

Le vieux crouton 
c'est comme une souris verte 
parce que c'est tout petit. 

La pomme noire ou bien la poire 
c'est comme le ressac de la marée sur cet îlot 
parce que ça pousse comme un champignon. 

La grille obstruée 
 c'est comme l'homme invisible 
parce que c'est méchant et vicieux! 


À partir d’un fait divers 

TEXTE DE DÉPART:

Il stoppe la circulation d'une route pour sauver un chien et fait le buzz sur la Toile

L’agent Kyle Jones, appartenant à la police de La Porte, dans l’Etat du Texas, a prouvé qu'il pouvait prendre autant soin des animaux que des humains. Alors qu’il faisait une simple ronde sur un grand axe un jour de pluie, il a aperçu ce chihuahua marchant aux côtés des voitures. Pris d’un élan de générosité, Kyle Jones a arrêté son véhicule de fonction pour stopper la circulation, puis en est descendu pour tenter d’approcher l’animal effrayé. 
Un motard présent sur les lieux a pris cette scène en photo avec son téléphone portable. Quelques heures plus tard, cette image faisait le tour de la Toile après avoir créé la sensation sur le réseau social Reddit.
D’après KHOU 11 News, une chaîne d’informations locale, le chien se nomme Cujo et avait quitté son domicile lundi dernier au matin. Son propriétaire, Jeremy Zapalac, avait lancé une recherche avec l’aide de son voisinage. Lorsqu’il s’est aperçu qu’il pleuvait, Jeremy Zapalac craignait le pire pour son toutou, car Cujo "déteste l’eau". 
Fort heureusement, l’officier Kyle Jones passait au bon moment sur la route à grande vitesse. Il a pris le chihahua sur sa banquette arrière et l’a amené à l’établissement qui s’occupe des animaux perdus pour que ses propriétaires puissent le récupérer. 
Quelques heures plus tard, la famille Zapalac retrouvait Cujo et n’a pas manqué de remercier Kyle Jones l’officier au grand cœur. 
Cujo est désormais à la maison, où il a retrouvé Claire et Jeremy Zapalac, leurs deux enfants et le chat Godzilla. 

Personnage: Cujo le chien 

LaPorte, Texas News
Droit de réponse
Messieurs, 
Dans votre édition du 17 février, sous le titre "le sauvetage de Cujo", vous avez relayé une soi-disant information me concernant, selon laquelle un policier nommé Kyle Jones m'aurait sauvé sur une route à grande vitesse. Je tiens aujourd'hui à rétablir la vérité. Depuis trois jours que s'est répandu cette rumeur à mon sujet, je suis l'objet d'un harcèlement incessant de la part des femmes et des enfants du voisinage. Ils me prennent dans leurs bras, ils me câlinent, ils me bisent ; je n'en peux plus. Ils vont finir par m'étouffer. Je ne suis qu'un petit chihuahua. Or ce calvaire a pour origine un malentendu, que je vais à présent dissiper. 
Contrairement à ce qui a été dit, je n'étais nullement perdu sur l'autoroute. J'avais quitté la maison de mon plein gré, pour rejoindre une amie que j'avais rencontrée sur le site de rencontres WoufMeet. Elle habite en Californie ; aussi je me proposais de faire du stop pour ne pas m'épuiser. J'avais prévenu mon maître de mon projet, par quelques jappements brefs. À en juger par l'affichette larmoyante dont il a inondé les commerçants, je me suis mal fait comprendre. 
 Lundi, je suis donc parti de bon matin. J'ai traversé le village et le champ de maïs, et j'ai commencé à trotter au bord de l'autoroute. De temps en temps je m'arrêtais pour lever le pouce ; mais aucun conducteur n'é daigné s'arrêter pour me prendre en stop. Les gens sont vraiment méfiants. À midi, l'estomac creusé par l'exercice, je suis rentré dans les terres pour chercher à manger. À l'arrière d'une ferme j'ai trouvé une poubelle qui contenait des restes de poulet rôti ; j'en ai tellement mangé que j'ai dû faire une sieste, après quoi il faisait trop chaud pour repartir. 
J'ai repris la route le lendemain matin. Il pleuvait, ce qui m'a déplu ; mais j'étais prêt à tous les sacrifices pour rencontrer Choupette. Je trottais vaillamment sur la bande dr'arrêt d'urgence, quand soudain une voiture de police s'est arrêtée, et un immense bonhomme en uniforme en est sorti et m'a saisi à deux mains. Et comme si ça ne suffisait pas, voilà qu'un motard est venu se garer à côté de nous, a sorti son téléphone portable et nous a pris en photo, le policier et moi. Et au lieu de prouver que j'avais été victime d'un kidnapping, ce cliché est devenu un outil de propagande sur la bonté des hommes envers les animaux. C'est écoeurant. La brute m'a déposé dans un refuge où j'ai passé deux heures dans une cage, en attendant que mon maître me récupère. Au retour, j'ai trouvé mon panier squatté par le chat.
Alors de grâce, cessez vos gnanganteries. Kyle Jones n'est pas un héros, et je ne suis pas une pauvre bête. Je suis un chihu!ahua en colère, qui a peut-être raté la chienne de sa vie. 
Cujo (Vanessa)