Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture est l’occasion de jouer avec les mots, de faire entendre sa voix, d’écouter celle des autres, de se découvrir. C’est avant tout une expérience ludique, le plaisir de réaliser quelque chose et de le partager. À chaque séance l’animatrice propose de nouvelles consignes, qui servent de point de départ à l’écriture. Cette règle du jeu, par son aspect contraignant, permet de libérer l’imagination. On n’est plus devant une inquiétante page blanche, mais devant une proposition d’écriture, qu’on pourra à son gré suivre de près ou subvertir discrètement. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture des textes : on se rend compte que chaque participant a traité la consigne de façon personnelle, provoquant la surprise, le rire ou l’émotion. Les échanges, qui se font dans un esprit curieux et bienveillant, permettent à chacun de prendre du recul sur son propre texte.

Atelier n°9


Proposition n°1 : Le jeu oulipien ABA


- Chacun note sur sa feuille une phrase de début (A) et en bas une phrase de fin (A’), puis la passe à son voisin. 
- Au milieu, chacun note une phrase de liaison : B. 
- Le voisin écrit deux phrases de liaison : C et C’. 
- Puis 4 phrases intercalaires : D, D’, D’’, D’’’. 
L'ensemble doit constituer un texte cohérent. 


Proposition n°2 : Légendes urbaines 


Il s'agit de mythes modernes provoquant fascination et horreur, qui se répandent par le bouche à oreille ou par internet. 
Exemples : la dame blanche ; la rumeur d'Orléans ; les mygales dans les yukas... 

Chacun choisit - ou invente - une légende urbaine, et compose un texte autour de cette histoire.

Quelques textes du 9e atelier


Le jeu oulipien ABA


Enfin ! Jérôme avait fini par vendre cet appartement...
On lui avait conseillé de le "dépersonnaliser", comme sur M6 ; il l'avait donc débarrassé et peint en blanc, et ça avait marché.
En effet, dès le lundi matin, les appels affluèrent sur son téléphone portable.
Il vit passer quarante visiteurs en une semaine.
Le château — on l'appellera château — était en excellent état et offrait une terrasse face à la forêt.
Il aurait pu obtenir le prix exact en quelques mois, mais il voulait aller vite. L'offre la plus sérieuse était 10 % au-dessous du prix initial ; ça le contraria d'abord...
Mais, d'un commun accord avec l'agent immobilier, il négocia le prix à la baisse.
Ça lui faisait quand même 400.000 euros, gagnés sans grand effort de sa part.
Qu'allait-il s'offrir avec tout cet argent ?


Légendes urbaines



— Quand on rêve que quelqu'un meurt, dans la réalité, il gagne dix ans de vie supplémentaire.
C'est ce que sa grand-mère expliqua à Maurice, un soir d'hiver au coin de la cheminée. Maurice ouvrit de grands yeux. Il n'avait pas encore huit ans ; "dix ans de plus", ça lui paraissait énorme, inimaginable.
— Vois-tu, poursuivit la grand-mère, quand tu étais bébé, ton papi est tombé malade, très malade. Une nuit j'ai rêvé que j'assistais à son enterrement ; eh bien, le lendemain, il a commencé à se sentir mieux, et il est toujours là. 
— Mais alors, Mamie, si tu fais encore le même rêve, il pourra vivre encore dix ans ! 
— Peut-être, dit la grand-mère. Mais on ne maîtrise pas les rêves. 
Quelques années plus tard, Maurice perdit son grand-père, puis sa grand-mère. Il se reprocha de n'avoir pas rêvé de leur mort, il aurait pu les sauver pour encore dix ans. 
"On ne maîtrise pas les rêves", avait dit la grand-mère. C'était vrai, sans doute, en 1920, quand ils avaient eu cette conversation. Mais il suffit parfois d'un esprit précurseur pour changer l'état de la science. 
Maurice n'oublia jamais la promesse des dix ans de vie supplémentaire. Il étudia la neurologie et la psychanalyse ; il voyagea dans des contrée's lointaines pour rencontrer des sorciers et des chamanes ; il concocta des drogues hallucinatoires à base de champignons. Il mena toutes sortes d'expériences, utilisant à leur insu sa femme et ses enfants comme cobayes. 
— Le thé a un goût bizarre aujourd'hui, disait sa femme. 
— On a vomi nos desserts, on est tout retournés, disaient les enfant. 
Et le lendemain Maurice leur demandait négligemment : 
— Vous avez fait des rêves, cette nuit ? 
Un jour, enfin, il reçut la réponse attendue. Sa femme Clémentine lui raconta l'affreux cauchemar dans lequel son mari se faisait décapiter par le boucher du village. À sa grande surprise, Maurice en fut tout heureux ; mais il ne lui révéla pas la raison de sa joie. Lui-même ne rêvait jamais de la mort de ses proches, seule sa propre mort l'inquiétait. 
Grâce à ses breuvages magiques, sa femme rêva encore deux fois de sa mort ; puis elle mourut elle-même, laissant un veuf en pleine forme. 
Maurice se remaria, et poursuivit sa technique avec sa nouvelle femme. Celle-ci passa avec lui les trente dernière années de sa vie, rêvant régulièrement de sa mort ; quand elle mourut Maurice allait sur ses quatre-vingt-dix ans. 
Il commençait à fatiguer, mais il ne voulait pas partir. Il décida de s'installer dans une maison de retraite, dans le sud de la France. 
Il y vit toujours ; il a à présent cent-quatre ans. Chaque dimanche il invite les aides-soignantes à partager une de ses tisanes maison. Certaines sont vidées discrètement dans les pots de fleurs ; mais il y a toujours une âme charitable pour boire un peu du breuvage. Et il y a toujours une nuit où l'une de ces dames fait un rêve dérangeant dans lequel ce si gentil pensionnaire passe l'arme à gauche. 
Mais en réalité, si Maurice rapetisse et se fripe, il ne montre aucun signe de maladie. Il est le plus ancien pensionnaire de la maison de retraite, et le plus vaillant. 
— On dirait qu'il est immortel, disent parfois les aides-soignantes. 
— Zut, on est dimanche, il va encore falloir boire une tisane avec lui. mais ça lui fait tellement plaisir... 

Vanessa