Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture est l’occasion de jouer avec les mots, de faire entendre sa voix, d’écouter celle des autres, de se découvrir. C’est avant tout une expérience ludique, le plaisir de réaliser quelque chose et de le partager. À chaque séance l’animatrice propose de nouvelles consignes, qui servent de point de départ à l’écriture. Cette règle du jeu, par son aspect contraignant, permet de libérer l’imagination. On n’est plus devant une inquiétante page blanche, mais devant une proposition d’écriture, qu’on pourra à son gré suivre de près ou subvertir discrètement. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture des textes : on se rend compte que chaque participant a traité la consigne de façon personnelle, provoquant la surprise, le rire ou l’émotion. Les échanges, qui se font dans un esprit curieux et bienveillant, permettent à chacun de prendre du recul sur son propre texte.

Mercredi atelier n°6


Proposition n°1 : Inventaire 


Choses qui me font peur.


Proposition n°2 : Description d'un objet

Vous avez trouvé un sac (une sacoche, un attaché-case, un sac à dos…).
Décrivez ce sac et son contenu.


Proposition n°3 : Création d'un personnage 


Chacun pioche au hasard le texte d'un autre participant.
À partir de sa description, imaginez la personne à qui ce sac appartient.

Quelques textes du 6e mercredi


Description d'un sac, puis du personnage à qui il appartient



Je suis toujours agacée quand dans des toilettes publiques on ne trouve aucun porte-manteau où accrocher son sac, mais pour une fois je comprends en quoi ça peut être utile de le laisser par terre plutôt que suspendu à une patère. Cette femme a oublié le sien ! Un sac entrouvert c’est une invitation… D’ailleurs, sans même y toucher je vois déjà la moitié de son contenu, alors allons-y.
Une longue étole rouge en cachemire qui a l’air d’avoir coûté encore plus cher que le sac, un étui à lunettes Dior (rien que ça), une trousse à maquillage Givenchy, une liasse de feuilles agrafées entre elles remplie de caractère d’une langue inconnue. Un flacon de parfum à l’effigie de Paris Hilton (je reconnais l’odeur de l’étole, beurk), des tickets de carte bancaire à n’en plus finir et un portefeuille. Rien moins qu’un Gucci doré de très mauvais goût, probablement acheté au Bon Marché par l’une des nombreuses cartes de crédit qu’il renferme toutes gravées de cette même langue inconnue. 
Qui d’autre que Google pourrait me dire de quelle langue il s’agit ? Ok Google, une petite photo pour assouvir ma curiosité avant d’aller déposer le sac à l’accueil. Tiens, ben alors Google, comment ça « aucune correspondance, langue non reconnue » ?

Elisa



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En me promenant à l’arrière de l’Elysée, j’ai trébuché sur les poubelles. 
Un sac poubelle est tombé du container. 
Je m’en suis emparé discrètement en faisant attention de n’être pas repéré par les policiers en faction devant le bâtiment. 

Arrivé chez moi, j’ai ouvert le sac et y ai découvert : 
- des talonnettes qui devaient appartenir au précédent résident, 
- des boîtes de caviar et de foie gras vides mélangées avec des bouteilles de champagne. Visiblement, le tri sélectif n’est pas respecté, 
- des tracts et affiches de campagne électorale qui ne serviront pas à l’actuel président, 
- un discours froissé qui commençait par « Mes chers compatriotes », 
- une capsule vide Nespresso, 
- et quelques rumeurs nauséabondes… 
Eric

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Nul doute que ce sac appartenait à une courageuse adolescente qui faisait du baby-sitting. 

Elle devait se rendre chez les parents d’un charmant bambin qu’elle avait décidé d’occuper avec le puzzle de 45 pièces et avec le petit hérisson en peluche tout mignon. 
Mais elle n’avait pas dû trouver une famille facile, la pauvre, car il y avait de toute évidence un grand frère dont il fallait qu’elle s’occupe également puisqu’elle avait acheté Auto-moto magazine. Parents radins, deux enfants à garder pour le prix d’un. 

L’appartement devait être mal chauffé de surcroît. Aussi avait-elle pensé à emmener deux paires de chaussettes et du thé pour se réchauffer. 

Prévoyant qu’elle n’arriverait pas à leur faire avaler leur purée insipide et qu’ils s’énerveraient pendant le repas, elle avait décidé de les amadouer en commandant chez le traiteur japonais. En attendant d’être livrée, elle leur passerait à la télé le DVD du documentaire « La marche de l’empereur ». 

Et si malgré cela, les enfants étaient insupportables, elle pourrait prendre du doliprane pour calmer son mal de tête. 

Elle essaierait de les endormir en lisant les plus belles pages du dictionnaires en commençant par le lettre Z. 

Si elle y parvenait enfin, elle aurait bien mérité de se reposer. Elle s’allongerait à son tour sur le canapé, et le chat de la maison, repu du lait qu’elle lui aurait gentiment servi dans sa petite gamelle, grimperait sur ses genoux en ronronnant tendrement pour la remercier. 

Elle attendrait que le chat soit endormi pour jouer à son tour…au thanatopracteur. 

D’un coup sec, elle transpercerait le cœur de l’animal avec son stylo vert puis elle arracherait les yeux avec le trombone et elle le ferait bouillir dans sa bouilloire en plastique noir. 

Elle prendrait alors son téléphone portable pour faire un « selfie » qu’elle adresserait au gourou de la secte satanique qu’elle fréquente assidument et dont elle avait noté le numéro de téléphone sur la serviette sur laquelle elle avait dessiné la tête de mort. 

J’eus alors un grand frisson dans le dos et plutôt que de rapporter le sac au conducteur du bus, je décidai de pousser la porte du commissariat pour faire part de ma découverte.

Eric

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C’est une grande femme, une très grande femme même, et forte. La veste vert-de-gris rapiécée qu’elle porte été comme hiver a l’air d’avoir vu du pays, autant que sa paire de botte sale et râpée qui racle le macadam de la jetée. De ses voyages elle a rapporté des tas de breloques, certaines qu’elle porte sur elle : sur ses vêtements des broches et des écussons, dans ses cheveux des fils tressés, des plumes, des perles. Ses ongles semblent à jamais noircis et ses dents jaunies par le tabac qu’elle chique. Si on s’aventure à regarder dans ses yeux, c’est une rage froide qu’on y trouve et on frissonne rien qu’à imaginer toutes les choses qu’ont pu voir ses yeux pour en arriver là. 
Avec son allure on pourrait croire que c’est une sans-abri, et on n’aurait pas tort de le penser, mais son histoire à elle n’est pas sous une tente ou sous un pont, son histoire, elle est sur les routes. Elle ne sent pas mauvais. Elle sent l’encens et les épices, elle sent la route et tous les endroits qu’elle a visités, mais elle y cherchait quoi ? Dans sa poche gauche il y a des pièces et du sable parce qu’elle a dormi sur la plage. Dans sa poche droite il y a des miettes, des papiers, des allumettes. Dans la poche arrière de son vieux jeans délavé il y a une photo, de temps en temps elle la sort et la fixe pendant longtemps avec toujours ce regard dur. Sur sa photo, un groupe de jeunes gens souriants pose en noir et blanc, l’un d’entre eux n’a plus de tête : son visage a été coupé aux ciseaux. Dans la poche avant, un morceau de tissu sale et humide dont la couleur ne peut faire penser qu’à une chose : du sang. 

Elisa