Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture est l’occasion de jouer avec les mots, de faire entendre sa voix, d’écouter celle des autres, de se découvrir. C’est avant tout une expérience ludique, le plaisir de réaliser quelque chose et de le partager. À chaque séance l’animatrice propose de nouvelles consignes, qui servent de point de départ à l’écriture. Cette règle du jeu, par son aspect contraignant, permet de libérer l’imagination. On n’est plus devant une inquiétante page blanche, mais devant une proposition d’écriture, qu’on pourra à son gré suivre de près ou subvertir discrètement. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture des textes : on se rend compte que chaque participant a traité la consigne de façon personnelle, provoquant la surprise, le rire ou l’émotion. Les échanges, qui se font dans un esprit curieux et bienveillant, permettent à chacun de prendre du recul sur son propre texte.

Mercredi atelier n°9


Proposition n°1 : Inventaire de vos sens 


Je voudrais goûter…
Je voudrais entendre…
Je voudrais toucher…
Je voudrais voir…
Je voudrais sentir…


Proposition n°2 : Bouts rimés 


Chacun crée un ou plusieurs groupes de deux mots qui riment entre eux. On les mélange et on les tire au sort pour déterminer l'ordre, puis on écrit un poème avec ces rimes imposées.


Proposition n°3 : À partir de reproductions d’œuvres d’art

Quelques textes du 9e atelier


Inventaire de mes sens 


Je voudrais goûter un cadavre exquis, car si on dit que c’est exquis, c’est que ça doit être bon. 
Je voudrais entendre le coq chanter tous les matins sous mes fenêtres. 
Je voudrais voir décoller une fusée emportant Marine Le Pen, Donald Trump et Kim Jong-un* très loin dans l’espace. 
Je voudrais toucher la fourrure d’un koala. 
Je voudrais sentir bon, tout le temps, en toutes circonstances, notamment dans le bus par forte chaleur… 

* liste non exhaustive… 

Hélène 


Bouts rimés 


Sur la plage, je crus voir des coquillages, 
Hélas, ce n’était que des mirages, 
Contrairement à ce petit lapin, 
Qui s’avança vers moi pour me faire un câlin. 
« Je ne suis pas un ornithorynque ! », 
Me dit-il, « partageons un canon sur le zinc ». 
J’avais plutôt envie de partir en balade, 
Voire de m’essayer à l’escalade. 
« Et pourquoi ne pas déguster des coquillettes ? », 
Proposai-je au lapin assis sur une serviette. 
Il me semblait bien paresseux, 
Et, sans pour autant ressembler à un gueux, 
N’avait pas l’air d’être une lumière. 
« As-tu déjà lu Molière ? », 
Me lança-t-il, et, grignotant du romarin, 
Il m’expliqua qu’il devait aller au théâtre demain. 
J’en avais assez de ce lapin et pensais à ce thé, 
Oui, ce fameux thé qui débarrassait le corps de ses saletés, 
Et je me dis que j’aurais préféré rencontrer un cacatoès, 
Cela m’aurait évité ce pataquès. 
Je l’interrompis en levant un doigt, 
Et lui expliquai que j’étais attendu par le roi. 
« Le roi de la saucisse ? »,
S’exclama-t-il. « Mais non, celui-ci est en coulisse. 
Celui qui m’attend est né dans un couffin, 
Et ne ressemble en rien à un pantin. 
Après des rêves de jeunesse brisés, 
Il décida de se marier, 
Mais pas avant d’avoir vu des kangourous, 
Ce qu’il fit en se cachant dans un trou. 
Après cela, il revêtit des habits de velours, 
Fit allumer tous les abat-jours, 
Adopta la vie d’aristocrate, 
Et s’entoura de technocrates. 
Certains l’ont traité de sauvage, 
Quand d’autres ont vu en lui un sage ». 
Hélène 


À partir d'un tableau 


 BOTERO, Le rapt d'Europe


Allez, mon beau taureau, montre-moi qui est la plus belle, la plus svelte, la plus brillante ! Avoue que tu rêvais de m’enlever depuis longtemps ! Avoue que je hante tes jours et tes nuits depuis ce jour où, alors que j’étais totalement nue comme aujourd’hui, tu m’aperçus baigner mon corps de déesse dans la rivière divine ! Alors, oui, depuis, tu grattes la terre de ton sabot puissant, tu bandes virilement tes muscles, et de tes naseaux s’échappe un souffle moite et odorant… Enfin tu m’as trouvée ! Enfin je t’appartiens ! Oui, mon beau taureau, emmène-moi, moi qui te suis maintenant soumise, nos destins sont liés. Oui, porte-moi, telle une reine de beauté, vers ce Palais que l’on nomme Bourbon, et auquel appartient désormais ma destinée. 

Hélène