Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture est l’occasion de jouer avec les mots, de faire entendre sa voix, d’écouter celle des autres, de se découvrir. C’est avant tout une expérience ludique, le plaisir de réaliser quelque chose et de le partager. À chaque séance l’animatrice propose de nouvelles consignes, qui servent de point de départ à l’écriture. Cette règle du jeu, par son aspect contraignant, permet de libérer l’imagination. On n’est plus devant une inquiétante page blanche, mais devant une proposition d’écriture, qu’on pourra à son gré suivre de près ou subvertir discrètement. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture des textes : on se rend compte que chaque participant a traité la consigne de façon personnelle, provoquant la surprise, le rire ou l’émotion. Les échanges, qui se font dans un esprit curieux et bienveillant, permettent à chacun de prendre du recul sur son propre texte.

Atelier n°3


Proposition n°1 : Monosyllabes


Composer une phrase ou deux avec des mots composés d’une seule syllabe. 

Proposition n°2 :  Le personnage


Décrire une personne non pas à l'aide d'une biographie extensive et structurée, mais par des petites touches, des petits "morceaux de vie". 

Proposition n°3 À partir d’une dernière phrase


« Dehors il n’avait jamais fait aussi froid. » 
           (Raymond QUENEAU, Un rude hiver)

Quelques textes du 3e atelier


Le personnage 


Monsieur Arsène était arrivé à la caserne par erreur. Il avait crû entrer au Séminaire. Le capitaine l'a remis dans le droit chemin. 

Chemin faisant, Monsieur Arsène s'est souvenu de la fois où il s'était trompé d'étage et s'était retrouvé chez la cartomancienne. Il ne voulut pas connaître son avenir. Madame Irma en fut tourneboulée. 

La distraction de Monsieur Arsène était congénitale. Ses parents avaient mis du temps à se souvenir de sa présence parmi eux. Il avait vécu ainsi en solitaire et cela l'avait fait songer au Séminaire. 

Mais le jour où devait être célébrée son ordination, il était parti à l'aube courir les rues, fendre les flots, battre la campagne. 

La vie d'ermite pour Monsieur Arsène n'était pas un but en soi. Autant il appréciait le calme, autant la parole lui manquait. Il décida de se faire embaucher comme gardien de zoo. 

Il lui sembla dès lors qu'il avait trouvé, chez les animaux, matière à échanger. Souvent le responsable du zoo le surprit à caqueter, feuler, bramer, cacarder, meugler, cancaner. L'idée vint au responsable d'en faire une attraction inédite dans le zoo : L'homme qui parle aux animaux. Monsieur Arsène devint ainsi un animal de plus, capable de parler autant de langues animalières que de pensionnaires du zoo. 

Intérieurement, Monsieur Arsène se remémorait les joies et les peines vécues. Ce qui le chagrinait, c'était de n'avoir pas trouvé âme-soeur et ce n'était pas au zoo que cela allait se produire.

Mademoiselle Julie s'en aperçut. Elle était hôtesse d'accueil au zoo. 

Ils ont disparu sans crier gare. 

Jacques-André 

À partir d'une dernière phrase 


L'hypermarché battait son plein. Les rayons avaient été remplis minutieusement, les guirlandes égayant chacun d'eux, le personnel travaillait comme ouvrières dans une ruche, le directeur contrôlait chaque détail. L'ensemble faisait oublier la couleur blafarde habituelle du magasin pour en faire un pays des Mille et une Nuits féérique où les boules scintillantes, les mille jeux de lumière donnaient une ambiance chaude. Le directeur avait d'autant plus tenu à cette débauche qu'il avait décidé de coupler les fêtes de fin d'année avec le 10e anniversaire du magasin. Quel plaisir de voir les montagnes de peluches géantes, les multiples jeux électroniques, les tonnes de denrées et toute cette lumière. Partout. Le directeur avait tenu – montrant l'exemple – à ce que chaque membre du personnel fût revêtu d'un habit de lumière clignotant. 

Il avait mis en scène l'arrivée des clients. Chacun était à son poste, clignotant, qui pour renseigner, qui pour guider ou orienter un choix, qui pour répondre aux récriminations qui ne manquaient jamais en pareille occasion. Il avait décidé l'heure de l'ouverture des portes, exceptionnellement fixée à 10 heures, soit une demi-heure plus tard qu'en horaire normal, histoire de faire saliver un peu plus les futurs acheteurs. 

Le personnel percevait, à l'approche de ladite heure, un mouvement de houle à l'extérieur. Des cris, des rires, des impatiences, un peu d'hystérie. Une minute avant l'ouverture des portes, celles-ci furent débloquées prestement afin de laisser place à la horde. Les gens s'arrêtèrent dans leur précipitation, éblouis par autant d'ordre et de lumière. Passé ce moment, les rayons furent dévalisés, les caddies bondés, le personnel atterré et blasé, le directeur satisfait. 

Le grand sapin central, juste censé évoquer la fête prochaine, imposait par sa taille et le luxe de son éclairage. Les enfants lui firent d'abord la fête avant d'en faire leur défouloir, leur souffre-douleur. Ils le pillèrent, tirant les guirlandes, cassant les branches, s'en servant de toboggan, tant et si bien qu'il chut. 

Le grand sapin s'est couché d'un coup, explosant de partout, chaque source de lumière devenant source d'incendie – lequel se répandit très vite, créant une scène de folie au milieu des flammes. 

Dehors, il n'avait jamais fait aussi froid. 

Jacques-André