Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture est l’occasion de jouer avec les mots, de faire entendre sa voix, d’écouter celle des autres, de se découvrir. C’est avant tout une expérience ludique, le plaisir de réaliser quelque chose et de le partager. À chaque séance l’animatrice propose de nouvelles consignes, qui servent de point de départ à l’écriture. Cette règle du jeu, par son aspect contraignant, permet de libérer l’imagination. On n’est plus devant une inquiétante page blanche, mais devant une proposition d’écriture, qu’on pourra à son gré suivre de près ou subvertir discrètement. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture des textes : on se rend compte que chaque participant a traité la consigne de façon personnelle, provoquant la surprise, le rire ou l’émotion. Les échanges, qui se font dans un esprit curieux et bienveillant, permettent à chacun de prendre du recul sur son propre texte.

Atelier n°4


Proposition n°1 : Cadavre exquis


Ou bien : Tautogramme

Un tautogramme est un texte dont tous les mots commencent par la même lettre.

Proposition n°2 : Journal intime


Inventer un personnage, ou choisir un personnage célèbre ou fictionnel, qui tiendrait un journal intime. Écrire quelques pages de ce journal. 

Proposition n°3 : Sur un thème


Jour de fête

Quelques textes du 4e lundi


Cadavre exquis

Le rossignol ne battra pas la soupe dans l'église. 
Le passager éclata la France dans son jardin. 
Les petites fleurs blanches hurlent les os dans le futur.
Le chien de Mélinda Ouaf brillait la table de multiplication dans les coulisses.
Un acteur joue son neveu Albert après l'écrasante défaite.
La lune s'attire en larmes très vite.
L'hirondelle tourbillonnait follement les passants sur la chaussée.
Le garçon observa son désespoir dans le cimetière. 
Le Petit Chaperon Rouge m'espionne la pluie en toute décontraction.

Journal intime


Le clown Grock


10 décembre
Le chapiteau est monté. J'entends les fauves rugir, les chevaux piaffer. Les trapézistes trapèzent, les cavalier cavalent.
Et moi ? Monsieur Pradino m'a demandé un nouveau numéro. Et ? Rien. Pas d'idée.
12 décembre
Le froid extérieur me gèle le cerveau. Pas une idée n'affleure. Je tremble plus de peur que de froid.
13 décembre
Je me demande pourquoi M. Pradino veut me faire changer de numéro, surtout sans instrument de musique. Me demander cela. Voilà 27 ans qu'il fonctionne à merveille. Le public, connaissant mes numéros, en redemande, comme si la chute devait être différente. 
15 décembre
Je m'invente enfin un nouveau personnage. Autoritaire. Rarement souriant. Une fine moustache horizontale sous un gros nez. A qui il arrive une tonne de malheurs. Un seau de farine lui tombe sur la tête. Glissade sur une planche savonneuse (très dangereux!). Un pied plus grand que l'autre l'incommode dans sa démarche et le fait tomber régulièrement. Etc. 
16 décembre 
J'affine le personnage. Son costume est le plus scintillant que le cirque connaisse. Comme celui de.. non. Mais si. Comme celui de Monsieur Pradino ! Ouille je ne peux pas lui faire cet affront. Il va m'agonir, me frapper, me renvoyer ! 
J'ai eu temps de mal à trouver une nouvelle idée. Je ne puis en changer maintenant car c'est demain que le cirque ouvre ses portes.
18 décembre 
Je n'ose écrire ce qui s'est passé hier tant ce fut énorme.
J'ai fait mon numéro en M. Pradino bis et il m'arrivait tant de misères que le public en redemandait. Et je suais d'angoisse.

À la fin de mon numéro, M. Pradino est venu me féliciter devant le public en délire. M. Pradino hilare, heureux de mon nouveau numéro !

Jacques-André


*****


8 septembre 2022 
"Aujourd'hui Maman est morte." C'est une citation d'un auteur français (nos ennemis héréditaires, soit dit en passant). La phrase est sèche, précise, dénuée d'émotion indécente; elle pourrait être écrite par un Anglais. Ce qui n'empêche pas une tristesse discrète. Mais soyons franc, Maman avait 96 ans, personne n'a été pris par surprise. Je me suis rendu à Balmoral quelques heures avant son décès pour lui dire adieu. Elle m'a sourit, et j'y ai vu le signe de notre réconciliation. Nous n'étions pas à proprement parler fâchés, mais elle s'est tellement accrochée à la vie, m'empêchant ainsi de me réaliser, j'ai cru qu'elle le faisait exprès. Elle ne m'a jamais fait confiance.
Et maintenant, à 70 ans, j'entame enfin ma carrière. Heureusement, je n'ai pas besoin de cotiser pour ma retraite comme un vulgaire prolétaire. À peine les yeux de Maman refermés, tout le monde s'est incliné vers moi en disant "Vive le roi". 
 
9 septembre 2022
Je viens de passer un moment très agaçant. Camilla m'incite à relativiser, mais franchement, je ne me sens pas respecté comme je devrais l'être. Après l'attente d'une vie entière je peux enfin signer ce satané document qui fait de moi le roi de la Grande-Bretagne, l'Irlande et ce qu'il reste du Commonwealth... Et on me donne un stylo qui fuit! Je me retrouve avec les doigts tachés de noir, comme un grossier forgeron! De plus, un de ces demeurés qui sont censés m'aider avait placé un gros objet moche sur la table (un buvard ou je ne sais quoi), et refusait de le déplacer malgré mes regards courroucés!
Enfin, j'ai signé. Me voici Roi, et chef de l'église anglicane malgré mon divorce et mon remariage. Prend ça dans les dents, Maman! Camilla me conseille de surveiller mon langage même dans mon journal intime, car rien n'est sacré pour ces maudits journalistes. Je veillerai à détruire tout cela vers l'âge de 90 ans. Mon hérédité, tant paternelle que maternelle, me fait penser que je mourrai centenaire. Il faudra bien ça pour rattraper les 70 premières années de ma vie.

10 septembre 2022
C'est quand même agréable d'être enfin traité en roi. J'ai hâte de voir les nouveaux timbres à mon effigie. Et au printemps prochain, enfin, le sacre! Avec la femme de ma vie Camilla, et non pas cette chipie qu'on m'a forcé à épouser. Mais ne dénigrons pas cette pauvre Diana, qui les la mère de mes enfants.
À propos d'enfants, je suis très déçu par le cadet, sans parler de ma belle-fille. Maman disait souvent qu'elle devait gérer des enfants et petits-enfants compliqués. Je commence à comprendre son point de vue.

11 septembre 2022
La presse et internet se déchaînent contre moi à cause du stylo qui fuit, comme si j'en étais responsable! On se moque de ma tendance au perfectionnisme et à l'hygiène. Ce ne sont que des marques de jalousie. Tout le monde aimerait se déplacer, comme moi, avec son propre siège de toilettes et toute sa décoration. On est si mal logé chez les autres! Camilla me dit de me détendre, qu'être enfin roi devrait me permettre de relativiser. C'est difficile. Quand j'ouvre mon oeuf à la coque et que le blanc est trop figé ou trop liquide, bien sûr j'en choisis un autre. Qui peut y trouver à redire? Tout le monde, apparemment. Ma vie est une épreuve permanente.

Vanessa


Jour de fête


La salle principale de l'école est transformée en scène de spectacle. C'est pour la fête de fin d'année.
Longs préparatifs avec la participation des écoliers, des maîtresses et des maîtres, du personnel de service et aussi des habitants du village. 
Assez naturellement ces derniers assurent les problèmes techniques. Pimpin, maître-charpentier, est venu construire la structure de la scène. Ti Claude, l'électricien, a fait toute la lumière. Les couturières ont conçu et réalisé rideaux de scène et costumes aux couleurs chamarrées. Les vielleux et accordéonistes ont affûté leurs instruments. 
Et les enfants, pour qui cela était organisé, ont été sondés pour connaître le personnage qu'ils aimeraient interpréter. Plusieurs Père Noël, un cosmonaute, Jane et son Tarzan restent sans doute les personnages les plus marquants.
Et toi, demande-t-on au plus discret des petits écoliers, qui voudrais-tu être ?
Un petit chinois, répond l'enfant. 
Chinois de Chine ? 
Ze sais pas mais ze veux être Chinois.

Fort bien, a dit Henriette, la couturière en chef. 
Deux jours après, c'est la séance d'essayage. Un habit rouge carmin agrémenté de boutons noirs, un petit chapeau rond de même facture, une natte tressée qui descend jusqu'aux fesses, un maquillage des yeux plus bridés que nature, plurent immédiatement à l'enfant. 
Je peux me voir ? demande-t-il. 
Le grand miroir posé devant lui révèle cet autre rêvé. « Ze suis un vrai Chinois, de Chine » dit-il, ravi.

Les costumes confectionnés, chaque participant devait apprendre son rôle.
Celui de l'enfant était l'histoire de qui avait bien mangé et devait le montrer. Pour cela, le garçonnet dût se frotter le ventre dans un sens et, dans le même temps, beaucoup plus compliqué, tourner son autre main dans le sens inverse autour du chapeau.

L'enfant a fait preuve de patience et d'application dans l'apprentissage de ce double mouvement inversé pendant lequel il répète « Hum que c'était bon ! » « Hum que c'était bon »... 

Jamais il n'a réussi cette désynchronisation des mains, rendant le personnage le plus comique de spectacle et le plus apprécié du public. 

Un beau jour de fête vraiment !

Jacques-André



Atelier n°3


Proposition n°1 : Inventaire 


« Je me souviens… » 
Cf Georges Perec 

Proposition n°2 : Sur un thème 


Une première fois

Proposition n°3 : À partir d’une première phrase imposée  


"Sans le faire exprès par pur hasard, en ouvrant la porte de chez lui avec sa clef, Luigi ne fit aucun bruit. Il en profita, pour le plaisir de faire une surprise, et avança doucement à pas de loup."
Dino BUZZATI, Le K (début de la nouvelle « Esclave »).

Quelques textes du 3e lundi


Inventaire: Je me souviens...



Je me souviens de ce jour où, très tendus, nous prîmes avec ma famille le bateau qui devait nous amener de Bizerte à Marseille pour un départ définitif de Tunisie en août 1961.
Je me souviens, étant debout sur une vedette amarrée le long d’un pont à Bizerte, en train de pêcher, d’avoir été poussé dans l’eau tout habillé par mon ami d’enfance Jeannot. Je ne savais pas encore nager en eau profonde… j’appris ce jour-là.
Je me souviens de la punition obtenue en 4ème au lycée de Nogent sur Marne, quelques semaines après mon arrivée en France en 1961 par mon professeur d’histoire/géo, M. Thomas qui m’avait dit : « vous me copierez 100 fois, je ne dois pas me servir de mon écharpe comme d’un burnous ».
Je me souviens de la naissance de Roxane, ma première petite fille le jour de mes 50 ans.

Patrice
*****

Je me souviens de m'être fait, non pas enchaîner, mais encorder avec un copain de classe – nous avions quatre ou cinq ans – accusés à tort d'avoir mis de l'eau dans tous les encriers de la classe
Je me souviens de mon émerveillement à la découverte de la poésie de Rimbaud
Je me souviens de ma première petite amie, Colette. J'avais cinq ans
Je me souviens du lac Servière sur la rive duquel j'ai passé la nuit avec des amis
Je me souviens du cable car de San Francisco.
Dans la descente vers le port, j'ai pensé que le câble pouvait céder
Je me souviens de m'être fait griffer très fort, juste sous l'oeil, par le chat de la maison qui me le rendait bien
Je me souviens d'être toujours pour Poulidor contre Anquetil, toujours pour les Indiens contre les cow boys
Je me souviens des marques Omo, Persil
Je me souviens de mes éclats de rire durant les films anciens où les acteurs se lançaient des tartes à la crème
Je me souviens de ma première veste habillée qui me faisait pencher en avant comme si cela devait accentuer l'importance que je lui portais. J'étais ridicule.

Jacques-André


Une première fois 



Je me souviens du jour où l'Homme a, pour la première fois, posé le pied sur la Lune. 

Cela m'a paru faux tant l'exploit était hors d'imagination, sinon de celle d'Hergé. 
 
Chez les voisins qui possédaient un téléviseur, j'ai vu les images. J'en conserve un souvenir très approximatif, même après d'autres images vues ultérieurement. 

Rétrospectivement – et peut-être était-ce vers la même époque, cela me faisait penser à la série Star Trek : images en noir et blanc (la colorisation de la série était pauvre), focus sur Johns et Collins comme sur Docteur Spok, leurs petits pas les faisant ressembler à des personnages conçus plus tard : les Lego, comme les protagonistes de la série qui évoluaient dans un studio de tournage à faible budget.

Pas de souvenir des commentaires des speakers sinon l'excitation et une théâtralité certaine. 

Dénué d'esprit scientifique, je me suis demandé pourquoi ? Pourquoi faire cela sinon au nom de la science. Mais plus précisément ? Je ne sais si je confonds, mais sans doute cela devait contribuer à a recherche de l'origine de l'Univers ? 

Une année auparavant, de mémoire, nous avions manifesté en faveur du Vietnam. Voilà du concret ! Plutôt que d'aller voir là-haut si j'y suis. 
Par ricochet, je m'étais dit que cela allait bénéficier aux militaires plutôt qu'à la recherche scientifique ; après tout, la photographie et son évolution n'avaient-elles pas été adaptées par les militaires pour les détourner de leur objet initial ? 

Gagarine avait été le premier homme envoyé dans l'espace accompagné de la chienne Laïka. C'était aussi un événement mais en rien comparable aux premiers pas de l'Homme sur la Lune, à 400 000 kilomètres de là. 

Ces premiers pas n'en constituent pas moins une date dans l'Histoire de l'Humanité. Il a créé des rêves nouveaux, fait naître des vocations et permis un Ailleurs possible. 

Jacques-André

*****

La première fois où je suis devenu professeur d’allemand au lycée Jean Macé à Vitry sur Seine en 1973, j’étais, bien sûr, très tendu. Je ne pensais qu’à cela depuis la réception de ma nomination. 

Le jour venu, j’arrivai une heure avant, me garai à proximité du lycée et attendis dans ma voiture en écoutant la Méditation de Thaïs de Massenet qui me détendit un peu.

Je parvins tant bien que mal à me calmer un peu et décidai de me lancer. Je sortis de ma voiture après avoir vérifié sur le rétroviseur intérieur que j’étais rasé et coiffé.

J’entrai alors dans le lycée et demandai à un pion qui contrôlait les entrées où se trouvait le bureau du proviseur.

Quand j’arrivai devant ce dernier, je fus un peu rassuré. Il avait l’air bienveillant et sympathique et dût un peu sentir ma tension. Il me salua chaleureusement : « bonjour monsieur, bienvenue à Jean Macé »

Très vite, il sortit un document et se mit à me lire mon emploi du temps. J’avais une dizaine d’heures à assurer car j’avais aussi une nomination dans un collège de Vitry. L’ensemble me parut bien réparti sur la semaine. Je fus donc rassuré, sauf que… quand le proviseur me remit la feuille, c’était l’emploi du temps du professeur de… portugais. En voyant ma tête, il avait dû penser que j’avais plus le physique d’un enseignant d’une langue du sud que de l’allemand.

Je lui dis alors, un léger sourire aux lèvres, retenant un vrai éclat de rire : « mais je suis enseignant en allemand ». Il s’excusa platement et cela rendit la suite notre entretien très détendue.

J’en rigole encore aujourd’hui quand j’y repense.

Patrice
 


À partir d'une première phrase



Sans le faire exprès, par pur hasard, en ouvrant la porte de chez lui avec sa clef, Luigi ne fit aucun bruit. Il en profita, pour le plaisir de faire une surprise, et avança doucement à pas de loup. Isabella lui tournait le dos. Debout, elle avait leur bébé dans les bras et le regard fixé sur l'écran de télévision. Quand elle prit conscience de sa présence elle sursauta; puis, quand elle se retourna, elle sursauta de nouveau, encore plus violemment, et faillit lâcher le bébé.
— Mais... Luigi! Tu es couvert de sang! Et qu'est-ce que c'est que ce couteau? 
— Ne t'inquiète pas, j'ai juste oublié de me changer après le travail. Le couteau c'est le nôtre, celui pour la viande. 
— Ah, je me demandais où il était passé. Mais Luigi, qu'est-ce que tu fais dans une compagnie d'assurance avec un couteau à viande? 
Luigi se dirigea vers la cuisine, posa le couteau dans l'évier, puis il ôta son pardessus et le plaça sur le panier à linge. Tout en s'activant il expliquait: 
— Isabella, ma chérie, je ne t'ai pas dit la vérité concernant mon travail, je suis désolé. J'ai été au chômage pendant des mois, je ne te l'ai pas dit pour ne pas t'inquiéter. J'ai passé des entretiens, rien ne marchait. Et finalement on m'a proposé un contrat de tueur. J'arrivais à la fin de mes droits chômage, je n'avais plus le choix. 
— Mais alors, cette compagnie d'assurance... 
— C'est le nom de la boîte qui me paie, mais elle n'existe pas vraiment. En tout cas elle ne vend pas d'assurances. Disons qu'elle fait transiter de l'argent par les îles Caïman, et puis.. Enfin, bref, je reçois un salais, je paie des impôts, et tout le monde est content.
Il était à présent en train de se laver les mains, en s'aidant d'une brosse à ongles car le sang séché, ça accroche. 
— Mais dis-moi, Luigi, tu as tué combien de personnes? 
— Deux, trois... 
— Dis-moi la vérité, cette fois. 
— D'accord. J'en ai tué sept depuis le début de l'année. Si tu calcules le rapport entre mon salaire et ma charge de travail, ce n'est pas si mal.
— C'est vrai... Et c'est tout? Tu ne me caches rien d'autre? 
— Rien d'autre, je te le jure. Tu sais tout. 
— Bon, alors ça va. Je vais préparer le dîner. Et met ta chemise à la machine, elle a des petites gouttes de sang sur les manchettes. 
— Ah oui, tu as raison. Tu es vraiment une femme formidble, Isabella. 
— Tu n'es pas mal non plus, mon Luigi!

Vanessa

*****


Sans le faire exprès, par pur hasard, en ouvrant la porte de chez lui avec sa clef, Luigi ne fit aucun bruit. Il en profita, pour le plaisir de faire une surprise, et avança doucement à pas de loup.

Un léger brouhaha parvenait de la pièce principale. L'ambiance lui parut plutôt festive. Quelques rires – brefs – se faisaient entendre, suivis d'un grand silence, interrompu par un soliloque qui lui parut long. Il n'osait bouger mais s'était rapproché – toujours aussi discrètement – de la porte du salon, en prenant le long couloir y menant. 

De fait, il était perplexe. Certes il partageait l'appartement avec un co-locataire depuis quelque temps, mais c'est à peine s'ils se croisaient du fait des horaires de nuit de son coturne ce qui lui laissait très souvent l'appartement pour lui seul. 

Aussi ce qui parut à Luigi un repas de fête l'étonnait beaucoup, tant cela tranchait avec le caractère réservé de Guido, son co-locataire. Luigi se risqua alors un peu plus avant et se mit à tourner insensiblement la poignée de la porte du salon, avant de s'arrêter aussitôt. Car un long soupir d'aise, lui sembla-t-il, se fit entendre. D'aise, voire même... non, il ne put concevoir autre chose.

Un « Oh ! » magnifique et multi-vocal s'en suivit avant des éclats de rire, des ricanements gênés, des soupirs bien réels, des gloussements enfin. 
Luigi décida alors d'ouvrir la porte en grand. Sa stupeur fut grande. 

Non seulement le salon était tendu d'étoffes rouge pourpre, des statues en stuc avaient été placées ça et là, mais surtout la dizaine d'individus présents – hommes et femmes – étaient entièrement dévêtus. Tous remarquèrent son entrée. Aussitôt Guido leur dit : « Le voilà !». 

Jacques-André

*****

Sans le faire exprès par pur hasard, en ouvrant la porte de chez lui avec sa clef, Luigi ne fit aucun bruit. Il en profita, pour le plaisir de faire une surprise, et avança doucement à pas de loup.

Dès que Luigi franchit le seuil, le chat roux de Caroline vint lui caresser les mollets en signe de bienvenue. Ouf, pensa-t-il, heureusement que Caro n’a pas pris un chien, sinon cela aurait réveillé toute la maison.

Il se dirigea tout de suite vers sa chambre à coucher, et quelle ne fut pas sa surprise de ne pas trouver Claudia dans le lit. Que se passe-t-il ? se demanda-t-il avec inquiétude. Il est 2h du matin et Claudia n’est pas là ?

Il se dirigea vers la salle de séjour en disant qu’elle avait dû se lever, elle qui souffrait si souvent d’insomnies.

Personne dans la salle de séjour. Très inquiet, il alla voir dans les chambres de ses 2 enfants Caroline et Gabriel. Personne ! L’angoisse commençait à monter très fort. Que se passait-il ? Lui qui revenait d’un voyage professionnel d’une semaine se retrouvait seul à 2h du matin ! Il n’allait quand même pas appeler son épouse à cette heure… Il retourna dans la salle de séjour, se laissa tomber sur le canapé, se releva d’un bond pour aller se servir un verre de whisky.

Il vit alors sur la table de la cuisine un bout de papier sur lequel était écrit le message suivant : "Luigi, mon chéri, cela fait trois jours que tu es parti. Nous avons reçu un appel d’Edith qui nous a invités en Normandie. Je suis donc partie avec les enfants. C’est Rachel la voisine qui s’occupe du chat. Nous rentrons dimanche. Appelle-moi quand tu seras revenu. Plein de bisous d’amour."
Clauclau

Patrice

Atelier n°2


Proposition n°1 : Lipogramme en a


Écrire une ou deux phrases n’utilisant aucun mot comportant la lettre a. 


Proposition n°2 :  Lettre de réclamation


Texte 1 :
Chacun imagine un personnage et écrit sa lettre de réclamation : à un journal, magazine, hôtel, hôpital, marque, magasin, élu local…

Texte 2 :
Réponse à la lettre d’un autre. Chacun répond à la réclamation en tant que service dédié. 


Proposition n°3 : À partir d’une photo


ou
À partir d’un inducteur : « Dans le grenier ».

Quelques textes du 2e lundi


Lettre de réclamation

Mail à :    société DERBY
                www.derby@fire.fr

Objet : Réclamation / Livraison 084922T75

Messieurs,

Le 10 octobre dernier, vos installateurs ont posé un meuble de rangement dans ma cuisine. Le travail a été rapide, les ouvriers sympathiques et ma satisfaction exprimée sur la feuille de réception des travaux.
Toutefois, ce 12 octobre, soit deux jours après la pose, le meuble a montré un signe de faiblesse et son décèlement lui a donné un air bancal. Voulant le remettre en place, le meuble m'est resté dans les mains, en position inclinée. De ce fait les assiettes qui y étaient rangées sont tombées sur la plaque vitro-céramique qui a volé en éclats.
Par manque de chance supplémentaire, le meuble, que je ne pouvais plus tenir, s'est disloqué et une barre de renfort en fer a sectionné le tuyau d'eau de la machine à laver, qui fonctionnait.
Je vous écris ce message, réfugié à l'opposé de la cuisine, envahie par les eaux. Je n'ai pu prévenir qui que ce soit, mon téléphone ayant pris l'eau.
Je vous demande d'envoyer immédiatement un réparateur en vous priant d'avertir les pompiers car la situation devient ingérable.

Recevez, Messieurs, mes sentiments courroucés.

Charles Paluk (Jacques-André)

*

Monsieur Paluk,

Tout d’abord, je tiens à vous remercier d’avoir choisi nos produits et utilisé notre service « Installation ». Vos commentaires élogieux ont d’ailleurs été retranscrits par notre Service Clients et postés sur notre site web. 
Nous avons pris note du petit souci que vous nous avez signalé.
Notre société étant réputée pour la qualité de ses produits et services, je vous invite à contacter notre service après-vente* afin de prendre un rendez-vous au moment qui vous conviendra le mieux.
Par ailleurs, n’ayant que peu d’éléments concernant votre situation actuelle, je vous encourage à appeler le 18 pour une meilleure prise en charge.

Kevina Demeule, Responsable Service Clients (Jean-Pierre)

* 32666 numéro surtaxé (15 € la minute)


*****

Cher Dieu, 

À la suite de notre bannissement du Jardin d’Eden, je tenais à vous signifier, Ô Seigneur Tout-Puissant, mon mécontentement.
En effet, depuis notre départ, nous avons subi maladies, insectes, orages et tempêtes. Ne trouvez- vous pas la punition un peu excessive ?
Nous avons nos torts ; nous ne nions pas notre désobéissance, mais néanmoins, nous vous trouvons cruel.
Étant omniscient, vous saviez que cela allait se produire, et malgré tout vous nous avez puni.
Ne pourriez-vous pas revenir sur votre décision ?

Adam et Eve (Jean-Pierre)

*

Mon cher fils et ma chère fille,

Je trouve que vous méritiez cette punition pour vous apprendre l’obéissance.
La punition ayant été comprise, je reviendrais volontiers sur la fin de votre punition.
Chers Adam et Eve,
Je suis heureux que vous ayez compris la leçon et c’est là l’essentiel.
Dès demain vous pourrez réintégrer le Jardin d’Eden. J’ai été sévère avec vous, croyez-moi, ce n’était pas de bon cœur. J’ai tendance à être plus sévère avec mes meilleurs enfants.
Je sais que la leçon a été rude, mais méritée. Mon but était de vous faire réfléchir.

Dieu (Sylvie) 


*****


Voilà deux mois que je n'ai plus de téléphone, télévision, internet. Vous me dîtes à chaque fois que vous allez me dépanner. Déjà deux mois ont passé, et le problème n'est toujours pas réglé. Voilà douze ans que je suis fidèle à Orange, et je pense que je mérite votre considération. Je pense à changer d'opérateur, le problème ne se réglant pas.
Vous me dites à chaque fois que cela dépend d'un autre opérateur. Serait-ce mieux si je prenais ce nouvel opérateur dont dépend le problème? Je vous prie de bien vouloir me dépanner au plus vite.

Veuillez accepter ma considération.

Sylvie

*

Chère Madame,

Chez Orange, la satisfaction de notre clientèle est au centre de nos priorités les plus essentielles. Nous mettons tout en oeuvre pour vous apporter le meilleur service du marché, tant en téléphonie fixe et mobile qu'en accès aux Internet, ainsi qu'un bouquet quasiment infini de chaines de télévision. Orange est plus qu'une marque. C'est un nom qui fait résonner la qualité, la dextérité, le dévouement, et tout le poids de la longue histoire de France Telecom entrelacée avec l'Histoire de France.
Nous sommes à l'écoute de votre problème technique, et nous souhaitons de toutes nos forces le régler au plus vite.
Pour ce faire, nous vous invitons à contacter notre concurrent l'opérateur SFR de sinistre réputation, afin qu'il veuille bien débrancher ses cables posés dans un cadre à la limite de la légalité à proximité de notre réseau Orange dans votre cave. Soyez assurée, chère Madame, que l'ensemble des collaborateurs d'Orange se tient à vos côtés, pour vous aider à conserver nos fabuleux services de téléphonie mobile et fixe, accès aux Internet de tous pays, et bouquet exponentiel de chaînes de télévision.

En vous remerciant pour votre fidélité, je vous prie d'agrée, Madame, l'expression de mon plus profond respect.

Steve Kateb
Service client Orange (Vanessa)

*****

Réponse à la lettre d'Annie

Société NETTOINET        à     Madame Ralouse 
Paris                                         Paris 

Madame,

Ayant bien reçu votre lettre de réclamation, nous y répondons sans délai comme vous le constaterez.
Tout d'abord, sachez que notre agent incriminé est un homme appliqué, travailleur et éduqué. S'il a utilisé la locution « pas un journal de merde » - pour vous citer, ce n'est pas faute d'éducation mais d'énervement face à votre attitude et à votre peu d'égards à l'endroit du Bien public, honorable publication. Sans parler du contexte propre de l'incident.
Cela étant dit, les raisons exposées relatives au mal-être de votre canidé, ont retenu toute notre attention et appellent deux recommandations.
La première est de vous donner, en annexe, une liste de vétérinaires susceptibles d'apporter un remède définitif aux problèmes gastriques de votre « toutounet malade », pour vous citer encore.
La seconde recommandation concerne l'inconséquence de votre part de promener votre chien comme s'il était épargné de tous les maux. Aussi, nous vous recommandons, en annexe 2, des équipements adaptés à la situation. Vous constaterez que les solutions ne manquent pas, depuis la combinaison ouatée et matelassée jusqu'au scaphandre de peu de poids.

Espérant avoir répondu à vos attentes, nous vous présentons, Madame, nos salutations cordiales.

Maxime Lechat
responsable Contentieux et divers (Jacques-André)



À partir d'une photo



Sabine WEISS



Qu'il fait froid, que le monde reste oppressant, pourquoi faut-il que les couleurs de la vie aient disparu ?
Les murs semblent des enceintes de prison, l'absence de toute vie est insupportable.
Je presse le pas, d'étranges oiseaux ont des des vols rasants dangereux, les racines d'arbres représentent autant de pièges dans lesquels je tombe ; parfois une pierre cachée constitue encore une agression. 
Je presse le pas et... semble ne plus pouvoir avancer, une force adverse m'oppresse, me repousse, m'exténue.
Je presse le pas à rebours, loin loin de tout.

Et soudain, une lueur paraît entre les branches de chênes, grossit, envahit, annihile l'obscurité.
Je presse le pas et progresse à nouveau, tout d'abord lentement, puis plus fermement, mes pas deviennent assurés sur un sol de pavés réguliers.
Je presse le pas au point de constater que je cours vers la lumière belle.
Ce n'est pas un rêve, sinon le négatif d'une réalité vraie, photosynthèse surnaturelle.
Je vole.

Jacques-André



Sylvaine avait passé une mauvaise nuit. C’était toujours pareil à la veille d’un départ. Elle craignait d’être en retard ou de ne pas avoir pris des vêtements adaptés à sa destination. Ce stress était épuisant, tellement épuisant que cette fois, s’étant endormie à six heures du matin, elle n’avait pas entendu le réveil.
Ce ne fut que quelques dizaines de minutes plus tard qu’elle s’éveilla, gênée par la lumière du soleil. Elle ouvrit un œil vague puis grimaça lorsque le soleil vint exploser au fond de sa rétine.
C’est alors qu’elle réalisa qu’elle était en retard. Il était trop tard pour petit-déjeuner, elle prendra un encas dans le train et se débarbouillera avec une lingette dans les toilettes de celui-ci.
Elle s’habilla, mis sa chaussette puis sa chaussure, verrouilla son appartement et partit en courant, ou sautillant devrais-je dire.

Jean-Pierre

Atelier n°1

Proposition n°1 Cadavre exquis

Format classique :
- Sujet
- Verbe
- Complément d’objet
- Complément circonstanciel, adverbe ou autre précision. 


Proposition n°2 Portrait cubique 

Faire plusieurs descriptions d’un même personnage, de quelques lignes chacune, selon plusieurs points de vue :
- style objectif d’un narrateur omniscient ;
- puis trois ou quatre autres points de vue plus subjectifs : conjoint, enfant, parent, professeur, élève, gardienne, commerçant, voisin de métro, animal de compagnie…


Proposition n°3 Logo-rallye

Texte de forme libre à partir d’une liste de mots, sélectionnés au hasard dans un livre : on détermine un numéro de page et de ligne, et on prend le premier mot de cette ligne qui soit un substantif, adjectif ou verbe.


Bonus

À partir d’une photo.

Quelques textes du 1er lundi

Cadavre exquis 


Le petit chat rackette un jour de marché subitement. 
Le tableau noir joue les Parisiens là où l’on veut. 
La pierre fume une bille et un calot dans le jardin. 
La petite sorcière malade fleurit un ballon dans le noir total. 
Léon a reçu un cube vert derrière l’église. 
Le poste de police regarde une prune à 90 euros très maladroitement. 
Le facteur gai faisait une cigarette passionnément. 
 

Portrait cubique


Vu son âme s'élever très haut

La beauté ne caractérise pas Charles-Édouard. Néanmoins sa taille réduite n'altère en rien sa capacité à voir grand. Cela explique sans doute pourquoi il a choisi de devenir sauteur à l'élastique. Professionnel, bien sûr ! Son visage émacié facilite beaucoup son travail au moment du saut, comme une proue fendant les flots. Précision : il saute depuis le Pont du Diable, à Andevent.

Au bas du Pont du Diable, je vis tranquille, moi la petite marmotte. Je me suis habituée à voir cet homme accomplir des prouesses. Je me retiens de l'encourager par mes petits cris pour ne point perturber sa concentration. Quelle allure a-t-il ! Tel un ange, il bascule du pont, déploie ses bras, défile dans le défilé. La corde se tend et hop ! le voilà rétabli, souriant à la vallée. À ce moment-là, je ne manque jamais d'applaudir de mes petites pattes avant d'aller quérir ma pitance quotidienne.

Le rapport de police reste imprécis. Le dénommé Charles-Édouard est un professionnel du saut à l'élastique, est-il relevé. L'enquête a permis de comptabiliser pas moins de 1474 sauts réalisés avant celui d'hier, à 15 heures, est-il précisé. Le dénommé Charles-Édouard avait-il mal attaché l'élastique ? Première interrogation. Ou bien, comme cela est déjà arrivé ailleurs, avait-il changé pour une corde qui se serait avérée trop longue ? Et donc fatale. Deuxième possibilité. Un complément d'enquête montrera si oui ou non la corde avait été préalablement sectionnée en partie. Dernière éventualité.

À défaut de famille, les amis se sont cotisés pour offrir une sépulture au cimetière d'Andevent. Ils ont choisi d'y adjoindre un ange d'albâtre afin d'illustrer la personnalité et le professionnalisme de Charles-Édouard. Certains ont même vu son âme s'élever très haut.

Jacques-André

***

Deux visions différentes

1ère vision
Evariste est un enfant qui sort de l’ordinaire.
À 13 ans il a un comportement inhabituel pour un enfant de son âge. Il a des idées politiques qu’il exprime dans quelque endroit qu’il soit, et avec un entourage d’adultes ou d’enfants. 
On peut admirer ses connaissances et ses analyses mais, au bout du compte, cela peut devenir énervant car il se mêle de tout même quand il n’est pas sollicité.
Ah, bien sûr, il a des résultats scolaires exceptionnels, les professeurs étant généralement subjugués par la maturité et la culture de ses écrits ou de ses interventions orales.
En revanche la plupart de ses condisciples ne le considèrent pas comme l’un des leurs.
Peut-on dans ce cas parler d’un surdoué ? C’est la grande question. Ses parents n’ont encore rien décidé concernant le choix d’un établissement scolaire qui serait plus adapté à sa personnalité. Ils hésitent encore.
Ah, une caractéristique que j’avais oubliée : c’est un beau gosse aux yeux bleus qui commence sérieusement à s’intéresser aux filles.

2ème vision
Eh les mecs, il faut qu’j’vous cause d’un mec de ma classe ! On s’demande d’où il sort !
D’abord il a un prénom zarbi : Evariste ! T’en as vu des comme ça autour de toi ?
En plus, dans toutes les matières, il faut qu’il ouvre sa bouche – et je suis poli –  pour répondre au prof alors que nous, on n’a pas encore compris la question. Et les notes ! J’te dis pas les notes : 17 en maths, 18 en anglais, 18 en rédaction, 19 en histoire, 18 en géo ! Heureusement en sport il a 6 ! Grâce à nous ! On voulait nous imposer la danse. Nous on voulait pas ! Lui si ! 
Du coup il y a pas eu de danse et il a fallu qu’il fasse les autres sports : course, saut en hauteur, lancer de poids etc. Et là il a eu 6 ! On est super contents ! 
Y a qu’un truc qui nous met les boules : toutes les meufs sont amoureuses de lui ! J’sais pas ce qu’elles lui trouvent !

Patrice

***

Alicia est la propriétaire d'une petite boutique au coeur du 12e arrondissement, appelée Alicia Teas", où elle vend toutes sortes d'herbes et tisanes en vrac et des préparations diverses à base de plantes. Alicia est une femme entre deux âges, grande, fine, aux cheveux grisonnants; Elle habite au-dessus de sa boutique. Elle y travaille six jours sur sept; le dimanche elle quitte Paris et revient le lundi matin à l'aube.

Je n'aurais jamais dût emménager dans cet immeuble. J'habite au premier étage, et juste en-dessous il y a cet horrible magasin avec ces plantes qui puent, tout mon appartement est imprégné des odeurs de thé. Soi-disant thé. À mon avis, des préparations du diable. Il n'y a qu'à voir cette Alicia, avec ses cheveux de sorcière. Quand je la croise sur le palier je frissonne. Et puis je la vois partir tous les dimanches matins avec son sac en toile, qui contient sûrement son matériel de sorcière. Je l'imagine bien dans la forêt, réciter des incantations et cueillir des plantes empoisonnées. Le lundi matin elle revient avec son gros sac et elle remplit les bocaux de sa boutique. Dès que j'aurai plus de preuves, j'appellerai la police.

***

Alicia est merveilleuse. Elle a soigné mes troubles gastriques avec sa tisane du Soleil, ma constipation avec son mélange Détox & Amour, mes rhumatismes avec son thé vert à l'écorce de châtaignier. Mon médecin ne me croit pas, mais sans cette femme hors du commun je serais peut-être morte. 

Je suis un peu surprise par le parcours d'Alicia. En terminale scientifique (bac C à l'époque), c'était ma meilleure élève. Très prometteuse. Elle se destinait à faire médecine, ou bien de la recherche scientifique. Et puis, je ne sais pas ce qui s'est passé. Peut-être ce stage "cri primal et découverte de son enfant intérieur" en Ardèche... Après cela elle a bifurqué vers les sciences occultes, qui n'ont de science que le nom. Et elle a ouvert ce bric-à-brac. Le seul point positif est ce nom "Alicia Teas", pas mal trouvé; j'y retrouve bien son esprit affuté.

Moi, Alicia, je la trouve très belle. Je vais lui offrir des fleurs et l'inviter à dîner dans un petit restaurant tibétain vegan. Je sens qu'on va bien s'entendre.

Vanessa

Logo-rallye


Sangloter, lettre, moment, liberté, formidable, vaillant, éloigner, recevoir, Marguerite, terminer, conter, femme.


Lorsque la femme qu’il avait tant aimée pendant douze ans disparut du jour au lendemain, sa tristesse et son désespoir occupèrent son quotidien de manière permanente. 
Pourtant il aurait pu profiter de cette liberté qu’au fond de lui il espérait depuis longtemps, car la présence de cette personne, en même temps qu’elle le ravissait, perturbait sa conception du monde. 
Il ne put recommencer à espérer que lorsqu’il reçut une lettre provenant de nulle part. Il mit un long moment avant de se décider à l’ouvrir. 
Tout d’abord, rempli d’un formidable espoir, il s’arrêta de sangloter et, d’un geste presque vaillant, il ouvrit la lettre. 
À l’intérieur de l’enveloppe il trouva plusieurs pétales de marguerite qui lui prouvèrent que c’était bien elle qui avait écrit. En effet, ils avaient coutume tous les deux d’effeuiller une marguerite quand ils se promenaient dans la nature. 
Dans la lettre elle lui contait pourquoi elle s’était éloignée de lui.
Quand il eut terminé la lettre, il comprit que sa vie était finie.

Patrice

***

La lettre

Elli, de nature plutôt gaie, fut aperçue en train de sangloter, tenant une lettre dans la main droite. Sa main tremblait, son visage était bouleversé, rayé de rides. Son ami Jan mit même un moment à la reconnaître. Intimidé, il prit la liberté de lui demander le motif de sa peine, ne voyant plus la femme formidable, toujours vaillante qu'il connaissait depuis toujours. Au contraire, le corps d'Elli semblait s'être ratatiné, racorni comme une feuille d'automne. Au lieu de répondre à Jan, il la vit s'éloigner à pas comptés, pliée sur elle-même comme si elle avait reçu un coup de poing à l'estomac.
Heureusement son amie Marguerite passait par là.
Marguerite a le don d’illuminer un seau à charbon ou un ciel d'encre. Mais aussi ses proches ou même les gens croisés sur son chemin. Marguerite est l'optimisme incarné, quoi qu'il arrive. Elle ne peut rien faire sans se départir d'un sourire radieux qui se propage.
Avec précaution, Marguerite se mit à conter à son amie Elli l'histoire d'une triste femme, narrant sans trop appuyer le vécu de son quotidien. Le point d'acmé atteint, Marguerite lui raconte qu'un jour la vieille femme s'était dévêtue de ses habits, un à un, jusqu'à ce que de beaux vêtements apparaissent sous les vieilles hardes. La triste femme perdit ses traits qui prirent l'apparence de ceux d'une jeune fille, vêtue de couleurs gaies, marchant d'un pas vif et souriant à la vie.
Elli s'est alors redressée, a regardé son amie, lui a pris le bras. Et elles se sont envolées.

Jacques-André


***

Il réussit à réfréner une forte envie de se mettre à sangloter. Il venait de réceptionner la fameuse lettre, celle qui le renverrait au front. 
Ce moment de liberté était arrivé à son terme. Il savait qu’il devait préparer son paquetage et faire ses adieux.
Sa première pensée fut pour sa douce épouse, celle qui l’accueillait à chaque permission. Elle veillait sur lui et l’aidait à panser ses blessures du corps et de l’âme. Elle était unique, sublime et formidable.
Maintenant, il fallait être vaillant, ne pas fléchir devant les horreurs à venir, ne pas fléchir devant les semaines pendant lesquelles il serait éloigné d’elle.
Les semaines passèrent dans les cris, la boue et le sang. L’espoir de retour s’amenuisait.
Enfin, cette guerre prit fin. Il reçut son ordre de démobilisation.
Après ces mois de solitude, il allait enfin retrouver les bras de Marguerite. Tout était terminé, pouvait maintenant s’apaiser en contant ses mésaventures à sa femme.

Jean-Pierre

Atelier n°10


Proposition n°1 : Inventaire 


C’est le printemps ! Des signes qui ne trompent pas… 

Proposition n°2 : Texte publicitaire 


1er texte
Le syndicat d’initiative d’un lieu imaginaire ou improbable (ex: la planète Mars), essaie d’attirer les touristes. Écrire un texte vantant les mérites du lieu (ville, pays), de ses modes d’hébergement (hôtel, nid, bulle), des moyens de transport pour y accéder.

2e texte
Un touriste fait un commentaire en ligne pour donner son point de vue après ses vacances. 

Proposition n°3 : À partir d'un inducteur


"Ce n’est pas moi sur la photo".

Quelques textes du 10e atelier


Texte publicitaire


Vacances sur le volcan

Vous aimez les sensations fortes et les séjours riches en émotions? Venez vous ressourcer dans notre Hôtel du Volcan, au coeur de Hawaï. Ce n'est pas un simple bâtiment construit sur l'île à bonne distance du danger. Non, chez nous, aucune distance de sécurité, tout pour l'aventure! Notre hôtel futuriste se situe au-dessus du Kilauea, le volcan le plus actif du monde.
Vous serez logés dans une de nos chambres ignifugées, et vous pourrez admirer par la vitre (spécialement conçue pour résister aux plus hautes températures) le coeur du volcan, ses coulées de lave incandescente, ses couleurs magnifiques. Le soir vous serez conviés à un barbecue à grande échelle, avec des piques géantes que vous enfournerez directement dans les flammes. Ne manquez pas cette expérience grandiose!
Nos fusées ultra-résistantes n'attendent que vous, pour vous déposer dans votre chambre volcanique. Dites oui à l'aventure, oui au risque, oui à la chaleur intense
Séjour "all-inclusive" d'une semaine: 2.300 euros en chambre double.
(Note: L'Hôtel du Volcan n'est pas responsable des éventuelles brûlures, sécheresse cutanée, chute dans le volcan, fonte des vêtements ou d'appareils électroniques, ou tout autre incident en lien avec votre séjour.)

Avis vérifié: Hugo97

Je mets 2 étoiles 1/2 car mon expérience à l'Hôtel du Volcan est un peu décevante. Nous avons eu un accident de fusée à l'aller; si le pilote n'avait pas rétabli la situation je ne serais pas en train d'écrire ce commentaire, j'aurais été transformé en charbon. Ça, c'était la partie sympa de mon voyage. J'aime le risque! Mais après ces premières émotions, le séjour était presque pépère. À part une chipolata tombée dans le volcan (et non remboursable, bande de rats!) il ne s'est rien passé d'intéressant. La prochaine fois j'essaierai le séjour en grotte inondée sans oxygène.

Vanessa


Atelier n°9


Proposition n°1 : Jeu du verbe à l’infinitif


Sur le modèle du cadavre exquis:
- Chacun écrit en haut de sa feuille un verbe à l’infinitif avec quelque chose en plus. (exemple : « marcher en silence ».
- On replie et on passe au voisin : « c’est » + autre verbe à l’infinitif+ quelques mots. 
- « C’est aussi… » 
- « C’est encore… »
 - « C’est enfin… ». 

Proposition n°2:   Bouts rimés


Chacun crée deux paries de mots qui riment entre eux. On en fait une liste commune, puis chacun écrit un poème avec ces rimes imposées. 

Proposition n°3 :  À partir d’un inducteur


Le vent l’a emporté(e)...

Quelques textes du 9e atelier


Jeu du verbe à l'infinitif


Dormir sus ses deux oreilles 
C'est tire béatement 
C'est aussi décorer son salon 
C'est encore sauter à cloche-pied C'est enfin tapisser un mur.

Manger sans appétit 
C'est reconstruire le monde 
C'est aussi planter des clous 
C'est encore sauter dans les flaques d'eau
C'est enfin ruminer béatement. 

Dormir sur le canapé 
C'est déchiffrer un papyrus 
C'est aussi bailler bruyamment 
C'est encore détruire une maison
C'est enfin se lancer des fleurs.

 

Inducteur : "Le vent l'a emporté(e)"


Le vent l'a emporté contre un arbre. Inconscient, l'homme avait donc perdu connaissance mais il a repris connaissance grâce à un chien errant. Au fil des jours, le chien venait lui donner à manger. Ensuite, le chien s'absenta, un loup arriva par surprise puis dévora l'homme impuissant.

Anne-Prisilla

Il était mince, il était beau, il ne sentait pas le sable chaud mais l'eau de cologne Armani; il m'a séduite en un regard. Notre amour était pur comme le cristal et impur comme le péché, j'étais ravie, en extase, libérée de toute contrainte, je flottais dans un ciel de bonheur.
Et puis il m'a quittée, d'un mot griffonné sur un morceau de papier laissé sur la table. Je suis restée seule, le corps immobilisé comme après un coup, mon cerveau à l'arrêt. Seule, regardant s'envoler comme des confettis les mots d'amour, les promesses, les espoirs. J'ai ouvert la fenêtre, le vent s'est engouffré dans ma chambre et son image aussi s'est envolée ; son corps, son visage, sa voix, toute sa personne a disparu dans le morceau de ciel entre les immeubles. Alors j'ai lâché le papier qui portait ses mots, et lui aussi, le vent l'a emporté. 

Vanessa

Atelier n°8


Proposition n°1 : Cadavre exquis avec un mot visible


- Le premier participant écrit une phrase et laisse visible le dernier mot.
- Le deuxième poursuit à partir de ce mot.
- Etc.

Proposition n°2 : Mode d’emploi


Écrire un texte sous la forme d’un mode d’emploi ou d’une recette. Chacun choisit son sujet, qui peut être quotidien, philosophique… Lui donner un titre. 
Exemple : comment demander une augmentation à son patron (cf Georges Perec).

Proposition n°3 : À partir d’un objet


Hérisson en peluche.

Quelques textes du 8e atelier


Cadavre exquis avec un mot visible


La vie est pleine de surprises, comme le dit toujours ma concierge.
Cette concierge était la star du quartier,
beau quartier plutôt, le 7e arrondissement en somme!
Rends-moi toute ma somme d'argent, sale voleur...
Ce voleur m'a prise en photo et a volé mon âme. 
L'âme de Lucie flottait au-dessus de son corps, 
corps à corps, encore et encore.
J'ai encore fait pipi dans la baignoire.

Elle mangeait une délicieuse mangue.
Mangue, que j'aimais son goût et sa texture!
J'adore ce type de texture brillante,
brillante comme une étoile dans le ciel, une larme au bord d'un oeil, un éclat de verre dans le caniveau.
Le caniveau réfléchissait la lumière de la pleine lune.
Lune, pleine comme la courbe parfaite de tes fesses.
Ce body a mis mes fesses en valeur. 
"La valeur n'attend point le nombre des années", mais bon, certains jeunes sont assez médiocres... 

La vie est belle mais elle peut être aussi moche.
Moche, beau ou quelconque, au fond nous sommes tous de la peau sur un squelette.
Le squelette de Lucie ne dépassait pas la taille d'un enfant.
Enfant de choeur, JP aimait particulièrement l'encens. 
J'ai acheté des encens à l'aloe vera,
aloe vera dont je me tartine le corps depuis mes vacances aux îles Canaries, 
les Canaries, ces magnifiques îles volcaniques brillaient au milieu de la nuit. 
Nuit, tu sais, celle où il m'emmène jusqu'au bout!

Vanessa donnait des consignes confuses. 
Mes idées sont noires et confuses. 
Confuse je suis, après cette impardonnable faute de goût... 
Le goût du coing était rafraichissant, 
rafraichissant comme un bon verre de coca-cola bien frais. 
J'adore le poisson frais du marché.
Marché de dupes: il ne me reste que mes yeux pour pleurer. 
Pleurer de joie!


Atelier n°7


Proposition n°1 : Tautogramme en L


Def : Un tautogramme est un texte dont tous les mots commencent par la même lettre.


Proposition n°2 Une rencontre


À partir de bans publiés dans une commune, imaginer comment se sont rencontrés les mariés.


Proposition n°3 À partir d’une photo


Reproductions de tableaux, un par participant.

Atelier n°6


Proposition n°1 : Acrostiches


- Chacun choisit un objet et l’inscrit verticalement sur sa feuille ; 
- Puis écrit un texte décrivant cet objet, chaque ligne commençant par la lettre du mot choisi.

Thème commun choisi par le groupe: la géographie


Proposition n°2 : L’anecdote


Le jour où j’ai pris un coup de vieux
           Ou :
Le jour où j’ai pris un coup de jeune!


Proposition n°3 : À partir d’une situation


Une femme / un homme descend du train, cherche quelqu’un du regard. Elle/Il attend…

Quelques textes du 6e atelier


Acrostiches


Couronnée de gratte-ciels
Hauts comme des tours de Babel 
Incontournable au centre du pays 
Cette ville belle, violente et musicale 
A le privilège agaçant d'être toujours la deuxième... 
Grande mais pas capitale
On la préfère pourtant grâce à son lac Michigan.
Vanessa


Le jour où j'ai pris un coup de vieux


Je commençais à m'ennuyer, toute seule dans mon grand bureau. Marie-Michèle était partie à la retraite six mois auparavant; elle avait eu droit à un pot de départ mirifique, et puis elle avait quitté la boite, emportant son ficus et ses chatons en rotin. J'avais d'abord apprécié a liberté nouvelle, je mettais de la musique très fort sans gêner personne, je faisais du stretching postural sur la moquette, mais au bout d'une moment on se lasse. Il me manquait quelqu'un à qui parler.
Et puis Kevina est arrivée, et on s'est tout de suite bien entendues. Elle avait 26 ans, moi 47; mais nous aimions les mêmes séries, nous parlions de nos lectures, des garçons de la boite, nous prenions ensemble le petit café de onze heures... Je lui ai montré les dossiers, elle a dû s'y mettre tout de suite car on n'est pas trop de deux à la DRH. Et puis un jour elle a pris le temps de ranger entièrement son meuble de bureau, où Marie-Michèle avait laissé des kilos de documents. Elle en a beaucoup jeté. J'étais occupée sur mon ordinateur quand elle m'a interpelée: "Qu'est-ce que c'est, ça?"
Elle tenait à la main une disquette. J'ai cru qu'elle était ironique, mais son visage exprimait une réelle incompréhension. Purée! Kevina était née dans un cloud. Je me suis rappelé ma découverte de l'informatique pendant mes études. Les premiers mails. La merveille de voir son mémoire magnifié par le traitement de texte. Et oui, pour le transporter de la fac à la maison, le carré de plastique noir sur lequel on collait une étiquette où on écrivait DEA de Lettre Modernes. La disquette.
J'ai donc raconté à Kevina l'aventure de la disquette. Comme une vieille dame raconte aux enfants ce qu'était le MLF quand elle criait des slogans féministes sous les lacrymos des CRS. J'ai raconté mon combat. Telle un coryphée, j'ai chanté la disquette de mon DEA. Puis j'ai ajouté un couplet pour préciser ce qu'était un DEA.
On est toujours le vieux de quelqu'un.

Vanessa

Atelier n°5


Proposition n°1 : Inventaire


Quelques objets que j’emporterais sur une île déserte, et pourquoi. 

Proposition n°2 : Le sac


1er texte

Vous avez trouvé un sac (une sacoche, un attaché-case, un sac à dos…). Décrivez ce sac et son contenu. 

2e texte

On prend le texte du voisin. À partir de la description de ce sac, imaginez à qui il appartient.

Proposition n°3 À partir d’une photo