Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture est l’occasion de jouer avec les mots, de faire entendre sa voix, d’écouter celle des autres, de se découvrir. C’est avant tout une expérience ludique, le plaisir de réaliser quelque chose et de le partager. À chaque séance l’animatrice propose de nouvelles consignes, qui servent de point de départ à l’écriture. Cette règle du jeu, par son aspect contraignant, permet de libérer l’imagination. On n’est plus devant une inquiétante page blanche, mais devant une proposition d’écriture, qu’on pourra à son gré suivre de près ou subvertir discrètement. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture des textes : on se rend compte que chaque participant a traité la consigne de façon personnelle, provoquant la surprise, le rire ou l’émotion. Les échanges, qui se font dans un esprit curieux et bienveillant, permettent à chacun de prendre du recul sur son propre texte.

Atelier n°7


Proposition n°1 : Inventaire


Mes petits plaisirs quotidiens


Proposition n°2 : Exercices de style 


Comme dans le livre éponyme de Raymond Queneau, on part d'un texte court et factuel, et on le réécrit dans des styles variés.


 Proposition n°3 : Sur un thème


« Demain j’arrête… »

Quelques textes du 7e lundi

Exercices de style


Texte de départ


Un homme en pyjama ouvre la porte au facteur qui lui tend un colis. Il l’ouvre, en sort une paire de chaussures et constate qu’elles ne sont pas à sa taille. Un peu plus tard il prend une douche, s’habille, et se rend à la poste pour renvoyer son colis. Il ne l’a pas bien fermé, alors la postière lui tend un rouleau de scotch. L’homme répare son paquet et raconte l’erreur de livraison. La postière répond qu’elle n’a jamais eu ce genre de problème, peut-être parce qu’elle est du métier. L’homme profite de son passage à la poste pour acheter un carnet de timbres.


Joyeux


Charles-Hubert vêtu d’un magnifique pyjama rose accueille le facteur d’un large sourire. Celui-ci, charmant, lui remet un joli colis. Il l’en remercie vivement. Il essaie avec entrain les chaussures du colis. Tiens, se dit-il, je n’ai pas pu commander ces élégantes chaussures d’enfant. Bon, qu’à cela ne tienne, je vais les rapporter à la Poste, cela me promènera. Au bureau de poste, la délicieuse préposée l’aide à bien refermer le colis. Elle dit que son métier est formidable parce que voilà un incident qui ne lui est jamais arrivé et que cela rompt la routine. Sur le côté de son guichet sont proposés à la vente de très beaux timbres sur les régions de France. Charles-Hubert en achète deux planches.

Jacques-André

Déprimé


Que la vie est triste... Regardez ce pauvre homme condamné à livrer lettres et paquets jours après jour... Et cet autre homme, tiré de son lit à pas d'heure, les yeux cerclés de noir, pour recevoir quelque inutile colis. Et ne parlons pas de la poste, avec ses agents harassés et ses clients qui font la queue comme à l'entrée des enfers, poste où nous retrouvons le même homme aux yeux cernés avec son paquet, son rouleau de scotch, et ses déprimantes considérations sur notre société de consommation. Même la dame du guichet, qui se vante de ne jamais renvoyer un paquet, ne fait que souligner par ces mots la vacuité de sa vie et l'absurdité de celle de son client. Oh! que la vie des humains est triste!

Vanessa


Subjectif : le facteur


Paul est facteur depuis vingt ans. Ce métier commence vraiment à l’ennuyer.
Il en a assez de n’avoir comme interlocuteurs que les innombrables boites aux lettres. Il a donc demandé à ses supérieurs hiérarchiques s’il y avait une possibilité de rencontrer des êtres humains. On lui a donc proposé de livrer des colis, proposition qu’il a acceptée avec enthousiasme. Le premier jour de son nouveau boulot, il se rend dans un immeuble sans ascenseur et monte le colis au 6ème étage. Il sonne à la porte indiquée. Un vieux monsieur en pyjama lui ouvre et prend le paquet sans le remercier.
Il redescend à vive allure et continue son travail jusqu’à 14h, heure à laquelle se termine son service. Il mange rapidement un sandwich pour le déjeuner et retourne rapidement à la poste pour aller voir Eléonore qui travaille à la réception des clients. Paul en est amoureux. Platonique certes mais amoureux quand même. Il bavarde un peu avec elle, profitant de l’absence de clients. Soudain il voit arriver le monsieur qui était en pyjama ce matin avec le colis qu’il lui avait livré.
Ce monsieur veut renvoyer le colis car, dit-il, les chaussures qui lui ont été livrées aujourd’hui ne sont pas à sa taille. Il remet le paquet à Eléonore qui lui dit alors : « Monsieur, vous avez mal refermé le paquet» en lui tendant un rouleau de scotch. Elle parait très étonnée de cet incident qui ne lui est jamais arrivé.
Le monsieur du 6ème, porteur de pyjama, refait alors le paquet avec maladresse mais finit quand même par réussir. Paul et Eléonore le regardent avec étonnement.
Après avoir remis me paquet, M. Pyjama demande un carnet de timbres. Paul pousse alors un soupir de soulagement. Il va pouvoir enfin continuer à bavarder avec Eléonore.

Patrice


Roman noir


Quelqu’un frappe à la porte. Joe saisit son Mauser armé et, après un instant, ouvre violemment la porte.
— Qu’est-ce que c’est?
— Votre colis, Monsieur, répond le préposé.
— Ouais. Salut !
Il pose son revolver et ouvre précautionneusement le paquet. Encore un colis piégé ? se demande Joe. Non, des chaussures! De ville ! Moi qui ne porte que des Santiags. J’vais leur rendre ça fissa.
— Madame, faites pas suer, vous refermez votre colis vous-même ou sinon - et il fait mine de lui tirer dessus avec son index et son majeur pointés vers elle. Elle ravale ses réflexions et sa salive.
En partant, il chourave des planches de timbres, posées sur le côté du guichet et s’arrache vite fait.

Jacques-André


Quatrième de couverture


L'homme aux chaussures trop grandes (roman) par Leslie Pompadour
Éditions Mercure de France

Ce premier roman commence par un bouleversement dans la vie du personnage principal, qui n'est jamais nommé, lorsqu'il reçoit une parie de chaussures en taille 45 alors qu'il fait du 42. À partir de cet événement inattendu, les péripéties s'enchaînent, dans un style sobre qui contraste avec la profondeur du sujet, jusqu'à un dénouement bouleversant.
"Un chef-d'oeuvre d'observation" (le Monde des livres).
Ce roman a reçu le prix "envoyé par la Poste".

Vanessa

Tanka


Un facteur avec des chaussures
Un rouleau de scotch
C’est le métier
Un carnet de timbres.
Erreur.

Jacques-André

Romantique


Julien, tiré de son sommeil par le carillon délicat de la sonnette, ouvre la porte et se trouve face à une véritable apparition: un jeune homme au sourire enjôleur, qui lui tend un paquet comme on offre un cadeau. Encore sous le coup de cette rencontre, Julien ouvre son paquet et constate que sa commande n'est pas la bonne. Il en conçoit une joie profonde: il va avoir l'occasion de revoir Jessica la postière, et enfin, peut-être, de lui parler.
Julien est un grand romantique. Pour garder le souvenir de cette deuxième rencontre de la journée, il s'offre un carnet de timbres. Il les gardera toute sa vie dans son portefeuille.

Vanessa


Interrogatoire


— Papa, pourquoi n’as-tu pas mis tes nouvelles chaussures ? 
— Ils m’ont livré une paire qui n’était pas à ma taille ! 
— Avais-tu indiqué la bonne taille en commandant sur internet ? — Ben oui, j’avais bien indiqué la taille 48 ! 
— Mais papa, es-tu sûr que ta taille est bien le 48 ?
— En fait je ne sais plus quelle est ma vraie taille.
— Et alors, qu’as-tu fait ?
— J’ai rapporté le paquet à la poste !
— Et quelle taille as-tu commandé ?
— Ben, le 49… !
— Comment veux-tu pouvoir commander des chaussures sur internet si tu ne connais même pas ta vraie taille ? Papa, là, je trouve que tu exagères quand même ! Tu ferais mieux d’aller chez un vrai marchand de chaussures ! Là au moins, tu pourrais vérifier quelle est ta vraie taille. À mon avis, il vaudrait mieux que tu abandonnes les commandes sur internet, ou au moins pour les vêtements et les chaussures !
— Ouais, t’as p’têt raison ma fille.

Patrice

Rêve


Peut-être étais-je en pyjama, il me semble que oui. Un facteur me livre un pli recommandé. Ah non un colis, oui c’est bien un colis. Des chaussures de luxe à l’intérieur. Mais pas à ma taille.
Plus tard oui c’est ça je me retrouve à la Poste pour rendre ce paquet qui ne m’était pas destiné. Après je ne sais plus et je passe dans un autre milieu mais je ne me souviens plus bien. Entretemps je crois m’être réveillé, la queue du chat m’a chatouillé.

Jacques-André


Lettre officielle


Pour faire valoir ce que de droit

Monsieur,
Je souhaite porter à votre attention les événements suivants qui se sont déroulés de jour, lundi 13 mars, à 8h12 du matin. Un dénommé Julien S, résidant de notre immeuble depuis peu, a reçu un colis livré par la poste. Détail non négligeable, il a ouvert la porte vêtu d'un simple pyjama. Une heure plus tard environ, le susdit a de nouveau ouvert la porte, parfaitement habillé cette fois, le même colis sous le bras. Par souci de précision je me suis permis de le suivre, et je peux attester qu'il s'est rendu au bureau de poste de la rue du Rendez-Vous. Là je l'ai vu réparer son paquet avec du scotch et discuter avec l'employée. Je peux également attester qu'il a acheté un carnet de timbres.
Je me tiens à votre dispositions pour répondre à vos questions et vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.

Signé: Monsieur X (Vanessa)


Glamour


Délicatement je me détourne du corps alangui d’Amanda pour aller ouvrir. La factrice me regarde de la tête aux pieds. Je m’aperçois avoir omis de me vêtir! 
— Oh, excusez-moi. 
— Non, non, tout le plaisir est… voici un colis pour vous.
Et elle tourne les talons après un regard langoureux. C’était une erreur. Dommage. J’aurais voulu que ces escarpins léopard fussent de la taille des pieds d’Amanda. Ah, les pieds d’Amanda 
J’enfile rapidement quelque chose et vais rapporter le colis au bureau de Poste. La postière, un parfum d’ambre musqué dans les cheveux, m’aide à refaire le paquet… Nos doigts s’emmêlent quelque peu, ce qui la fait rosir un brin.
— À la prochaine erreur de colis, me glisse-t-elle.

Jacques-André



Thème : "Demain j'arrête..."


Je suis tueur professionnel. Je pratique ce métier depuis 40 ans sans jamais avoir été inquiété. J’ai assassiné 500 personnes en France et à l’étranger.
Afin de ne pas éveiller les soupçons de la police, mon activité quotidienne est la mendicité.
Vous allez me demander : « Mais comment faites-vous pour obtenir vos missions ? »
En fait, en un endroit précis de Paris que je ne peux dévoiler et que je visite tous les jours, je reçois régulièrement un petit papier sur lequel figurent le nom et l’adresse de la personne à abattre dans un délai maximal d’une semaine.
Je ne connais pas la raison de ces meurtres à commettre. Simplement, j’ai besoin d’une semaine pour localiser et identifier la personne concernée, choisir le moment et le lieu pour faire disparaitre la personne désignée.
Pour réaliser ces actions je peux me servir d’une arme blanche, d’un poison, d’un véhicule mais jamais d’une arme à feu.
Quand j’utilise un véhicule que je vole au préalable, il m’est nécessaire de commettre mon meurtre la nuit dans un lieu désert pour ne pas risquer d’être vu par un témoin. Ensuite il me revient de nettoyer le véhicule à l’intérieur et à l’extérieur pour effacer toute trace de mon acte. Ensuite je l’abandonne dans un lieu éloigné de l’exécution.
Pour le poison, il suffit d’être dans un restaurant au même moment que la cible et profiter de la seconde où elle s’absente pour agir, tout ça, bien sûr sans être vu par le personnel du restaurant. Hier, j’ai failli me faire surprendre par le serveur au moment où je jetais la pilule empoisonnée dans le verre de vin de la future victime.
Heureusement j’ai réussi à m’éclipser discrètement, ayant déjà payé mon repas depuis quelques minutes.
Ah oui, j’oubliais : je suis payé en liquide avant chaque assassinat. Je n’ai pas de compte en banque et mes millions sont planqués dans un pays étranger dans un lieu que je suis le seul à connaitre.
Étant riche, très riche, demain j’arrête.

Patrice