Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture est l’occasion de jouer avec les mots, de faire entendre sa voix, d’écouter celle des autres, de se découvrir. C’est avant tout une expérience ludique, le plaisir de réaliser quelque chose et de le partager. À chaque séance l’animatrice propose de nouvelles consignes, qui servent de point de départ à l’écriture. Cette règle du jeu, par son aspect contraignant, permet de libérer l’imagination. On n’est plus devant une inquiétante page blanche, mais devant une proposition d’écriture, qu’on pourra à son gré suivre de près ou subvertir discrètement. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture des textes : on se rend compte que chaque participant a traité la consigne de façon personnelle, provoquant la surprise, le rire ou l’émotion. Les échanges, qui se font dans un esprit curieux et bienveillant, permettent à chacun de prendre du recul sur son propre texte.

Atelier n°2


Proposition n°1 :  Inventaire


Cinq à dix objets que j’emporterais sur une île déserte, et pourquoi.


Proposition n°2 : Logo-rallye 


Chacun choisit un mot. Ça nous donne une liste, à utiliser dans un texte.


Proposition n°3 : À partir d’une première phrase


« Depuis cet héritage, ma vie a basculé. »
          (Régis Jauffret, Microfictions p.329)

Quelques textes du 2e lundi


Ce que j’emporterais sur une île déserte 


  • Un poète mort (pour le manger)
  • De la cire à cacheter (parce que vous le valez bien, et votre courrier aussi)
  • Un yoyo (parce qu’il faut bien s’amuser un peu)
  • Un pack de bouteilles vides (pour glisser vos messages cachetés dedans)
  • Un collier de perles (pour offrir, on ne sait jamais)
  • L’intégrale de Victor Hugo (sauf les pièces de théâtre, à moins que vous ne soyez masochiste)
  • Un couteau à huître (la culture, c’est bien, mais ça ne se mange pas en sandwich – et puis si vous trouvez une perle, ça peut toujours servir le jour ou votre collier cassera, ayez l’esprit pratique !)
  • Des skis nautiques (pour se cultiver le corps, en plus de l’esprit, en promouvant, qui plus est, les ressources touristiques renouvelables du lieu)
  • Un sarcophage (parce que tout a une fin).


Eric
  • Vendredi ou les limbes du Pacifique
  • Une canne à pêche
  • Une dizaine de clés USB avec mes musiques préférées (à condition, bien sûr, de trouver l’appareil qui marchera sans électricité….)
  • A la recherche du temps perdu (que je n’ai pas encore réussi à lire)
Patrice


Logo-rallye



Livre ; rhinocéros ; amour ; petits suisses ; esperluette ; tronçonneuse ; caméléon

L'agent de police s'ennuyait ferme au croisement. Il s'est mis alors sur le trottoir près de l'école et a sorti un livre de sa poche. « Les aventures de Robinson en milieu urbain », c'est le titre.

Il a repris la page 52 dont il se délecte toujours tant on y croise d'animaux, amis ou non de Robinson. Son préféré reste le rhinocéros auquel il s'identifie souvent, allez savoir pourquoi. Il le vénère, ce rhinocéros, certains diraient même qu'il lui porte un amour coupable pour ses formes et sa corne. Chacun ses goûts. D'autres préfèrent les petits-suisses mais lui, c'est le rhinocéros, d'un amour féroce.

L'agent de police lève les yeux, cherche une idée nouvelle et dans son esprit, au lieu d'un Eurêka vient une esperluette de la plus belle espèce. Esperluette, esperluette, qu'est-ce-que c'est que cette bête? Qu'importe! L'agent de police reste perplexe par rapport à cette idée de tronçonneuse qui lui est venue en tête. Il lève encore les yeux de son livre et regarde songeusement le beau troène à proximité: Et si je...? Ah, non, impossible, perché sur une branche moyenne, un magnifique caméléon passe du vert à l'orange puis au rouge, au vert, à l'orange....

Jacques-André

*****

Julien était traducteur de métier. Comme il avait peu de commandes, il occupait son temps libre en rêvant et finissait toujours par s'endormir allongé sur le tapis un livre posé sur le ventre . Très routinier, il avait en horreur tout événement qui venait perturber sa vie quotidienne. Il sortait peu, n'acceptait pas d'invitation et ne voulait pas que quelqu'un vienne chez lui. En somme il vivait comme un ours dans sa tanière.
C'est peut-être pour cela que son éditeur lui proposa de le rencontrer au zoo... Habituellement il recevait ses offres de travail par mail.

Surpris et un peu furieux, il ne répondit pas. L'autre insista tant et tant qu'il finit par accepter d'y aller un jeudi, jour de nocturne, pensant qu'à cette heure les visiteurs seraient moins nombreux. Mieux valait le zoo qu'un café Place de l'Opéra.
Il s'y rendit à pied et arriva si tôt qu'il décida de visiter le lieu. Il tomba en arrêt devant l'enclos du rhinocéros. Ils se fixèrent l'un l'autre dans bouger. Son éditeur le trouva ainsi immobile. Il le sortit de son état de torpeur en l'interpellant très fort.
Il entra dans le vif du sujet.
— Je voudrais que tu traduises un livre hongrois sur l'amour. Tu auras du temps. Je te ferai expédier une caisse de petits-suisses ; je sais que c'est ton péché mignon. 
Julien resta sans voix. Un livre entier à traduire, quel bonheur ! 
Il détacha son regard du rhinocéros et leva les yeux au ciel. Des flamants roses prenaient leur envol et Julien pensa à des esperluettes dans un texte.
Le son d'une tronçonneuse le ramena à la réalité. Son éditeur avait disparu. Julien se demandait encore si ce qu'il venait de vivre était réel. 
Hagard, il marcha au hasard et s'arrêta net devant une branche morte sur laquelle était perché un caméléon. Il était si différent de cet animal ; celui-ci s'adaptait à son environnement alors que lui-même ressemblait à un fossile. 
Ce fut le gardien du zoo et son sifflet qui le tirèrent de ses réflexions, Il regagna son domicile toujours aussi perplexe quant à la proposition de son éditeur. 

Anne-Marie

*****

La semaine dernière, j’étais à Londres pour visiter une dernière fois cette belle ville avant le Brexit. Il ne me restait qu’une livre en liquide et il fallait absolument que je la dépense, afin d’oublier la monnaie anglaise.

Je décidai donc d’aller au zoo de Londres passer une partie de la journée.

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’aperçus un petit garçon nommé Léon, collé contre une grille et regardant un rhinocéros mâle nommé Amygdal qui courait derrière sa femelle nommée Luette et qui ne parvenait pas à la rejoindre malgré tous les efforts déployés.

Manifestement, le gamin, s’étant pris d’amitié pour le rhinocéros mâle, entreprit de l’aider dans sa recherche d’amour. Il utilisa un subterfuge que ni la ville ni le zoo n’avaient coutume de voir en leur sein : il sortit de sa poche un petit-suisse et tenta d’attirer la femelle. Celle-ci, qui avait une faim de loup, s’approcha de la grille pour happer le petit-suisse tendu par l’enfant. Dans un suprême effort, Amygdal arriva le premier sur le petit-suisse et le vola au nez et à la barbe de la femelle et, triomphant, lui lança d’une voix ironique et triomphante : « espère Luette ! »

Celle-ci, furieuse et frustrée, arriva en trombe sur Amygdal et, d’un coup de corne digne d’une tronçonneuse, elle lui trancha la gorge.

La maman du petit garçon, horrifiée par cet extrême acte de violence, cria à son fils : « il faut te calmer Léon ».

Patrice

À partir d'une première phrase



Depuis cet héritage, ma vie a basculé. Je menais une vie rangée sans histoire, genre métro, boulot, dodo. D'un esprit plutôt rationnel, je m'accrochais aux faits réels. Je ne croyais que ce que je voyais et cherchais toujours à expliquer, comprendre ce qui était dit.

Un beau jour, je fus convoqué par un notaire, Maître Oscar Laudelas qui m'annonça que je venais d'hériter d'une propriété en Écosse et d'un titre. Sans vouloir me donner davantage d'explications, il insista pour m'accompagner là-bas. 
Découvrir un lieu inconnu avec un parfait inconnu pouvait être amusant. De plus il semblait connaître l'endroit.
En arrivant, derrière la haute grille, s'étalait un immense parc planté d'arbres séculaires et au loin une grosse maison qui me parut assez austère. 
Nous entrâmes dans la demeure en poussant le lourde porte qui se referma d'elle-même en claquant. Sur les murs, pas de papier peint mais des signes calligraphiés qui semblaient bouger lorsque je progressais dans les pièces. Aucun meuble en dehors d'une horloge à balancier qui fonctionnait. Un bruit de voix venait de l'étage. Maître Laudelas me rassura. Je ferais connaissance plus tard. Deux heures déjà que nous parcourions les différentes pièces quand je fixai la pendule. Les aiguilles avaient avancé de six heures ! Je décidai que finalement elle ne fonctionnait pas. 

À 18h à ma montre, une procession descendit l'escalier et l'ensemble des personnes de tous âges se prosternèrent devant moi. Maître Laudelas fit de même.
Intrigué, j'observais sans comprendre cette foule silencieuse. Pris d'une inspiration soudaine je levais les mains au-dessus de ma tête. Les chants commencèrent. 
C'est ainsi que je devins gourou d'une société secrète et perdis tout lien avec la réalité dans laquelle je vivais auparavant.

Anne-Marie


*****

Je ne sais pas comment cela a pu arriver.

C’est une histoire qu’on ne peut rencontrer que dans l’imagination d’un écrivain qui n’est guidé que par son inspiration et sa volonté d’inventer toujours quelque chose de nouveau.

Il y a trois jours, j’ai été contacté par une sorte de notaire spécialisé dans la recherche d’héritiers improbables à travers le monde. Sa rémunération consiste à obtenir un pourcentage du bien concerné à négocier avec l’héritier.

Cette personne donc me contacte par téléphone et m’apprend que je suis l’unique héritier d’une personne qui s’est éteinte il y a environ deux ans. Si je suis intéressé et que je souhaite connaitre la nature de cet héritage, elle me propose une rencontre sous quinze jours devant le Brandenburger Tor à Berlin. Nous fixons donc un rendez-vous dans dix jours, le 24 octobre 2019 à 14 heures. Le notaire m’informe qu’il portera une veste violette. 

Je réserve donc un billet d’avion low cost pour Berlin. Le jour dit, il me faut me lever tôt car l’avion est prévu pour 6 h 50 à Orly. Comme d’habitude, je m’endors jusqu’à l’arrivée à Berlin-Schönefeld 1h45 plus tard. Le trajet en taxi entre l’aéroport et la Porte de Brandenburg dure une heure et demie.

Il me reste trois heures avant le rendez-vous. Je rentre dans un restaurant et me commande une saucisse frites et une bière. A 14h je suis devant le lieu de rendez-vous et je remarque tout de suite l’homme à la veste violette. Après avoir fait connaissance, il m’invite à le suivre jusqu’à son cabinet qui se trouve sur l’avenue Unter den Linden.

Après les salamalecs habituels, il me lit le texte suivant : « Ayant décidé de terminer ma vie sur cette île déserte proche des Iles Fidji dans le Pacifique et ayant constaté pendant les 30 dernières années de ma vie que personne n’avait revendiqué la propriété de ce paradis sur terre, j’estime en être l’unique propriétaire et lègue donc cette ile à mon ou mes héritiers. Etant fille unique d’un couple décédé, n’ayant jamais été mariée et n’ayant eu aucun enfant, je ne sais pas à qui reviendra cette île. Comment serai-je retrouvée quand je mourrai, je ne sais pas…Comment les démarches seront-elles organisées, je ne le sais pas non plus. Et bonne chance à l’heureux héritier. »

Le ciel me tomba sur la tête en entendant ces paroles. Il ne me fallut pas plus de cinq minutes pour décider que je terminerais ma vie sur cette île isolée. Seule concession : un cinquième de l’ile sera offerte au notaire pour payer ses recherches de l’héritier que je suis.

Oui, depuis cet héritage ma vie a basculé. Adieu veau, vache cochon, couvée... Vive la vie en pleine nature et en pleine solitude – le notaire, je l’espère, ne viendra jamais y vivre et n’aura pas l’idée saugrenue de vendre sa partie de l’île… 

Demain je commence à écrire mon testament car on ne sait jamais de quoi demain sera fait, n’est ce pas ?

Patrice

*****


À l’encre rouge


Depuis cet héritage, ma vie avait changé.
En fait, il se résumait à simple stylo-plume d’antan, à la plume en or, et au corps en bakélite. 
Cet objet, des plus anodins à priori, avait en fait une grande valeur symbolique. Tenez-vous bien : il appartenait à mon oncle, le célèbre écrivain d’horreur Jean Pâle !
Tenir entre mes doigts l’outil de travail de ce puissant génie regonflait mon inspiration, qui ressemblait depuis trop longtemps à un ballon crevé.
J’en écrivais, des pages et des pages ! C’est à peine si je prenais le temps de manger et de dormir. Les récits se succédaient, tous passionnants, mouvementés, sanglants à souhait, et spontanément bien construits, ce qui m’épatait.
Mais qui me surprenait le plus, c’était la couleur de l’encre, qui sortait rouge de la plume en or, même quand la cartouche était remplie d’encre noire ou bleue… 
Je n’eus jamais l’occasion d’enquêter sur ce mystère : un soir, particulièrement épuisé, je tombai exsangue, la tempe sur le papier, après avoir rédigé une courte nouvelle qui donnait la clef de l’énigme. 
Le stylo était en fait une entité maléfique qui nous avait utilisés, mon oncle et moi, comme autant de crayons humains, dont l’encre était le sang, pour mettre rouge sur blanc le fruit de son inspiration monstrueuse. 
Qu’on en juge : le titre de la nouvelle était « Un vampire nommé Waterman »…

Eric

Quelques textes du 2e mercredi


Logo-rallye


enfant ; planète ; oreille ; aborigène ; pizza hawaïenne ; cavale ; matadore

Un jour l’enfant en cavale arriva tout droit de sa planète. Il fuyait de peur qu’on lui coupa les oreilles car il avait la fâcheuse habitude d’écouter aux portes, et là où il habitait cela déplaisait beaucoup. Il arriva dans un pays peuplé d'aborigènes où il n’avait plus besoin d’écouter aux portes pour entendre ce qu’il se disait, car les voix faisaient echo.  Là il grandit et vécut heureux car il entendait tout. Bien sûr il n’était plus question de manger des pizzas hawaïennes mais peu importe il s’en accommodait, ses oreilles ne risquaient plus rien ; mais un jour il eut un doute.  Loin, très loin de l’autre coté de son village, il vit, caché là, un personnage vêtu d’une drôle de façon. Curieux, il demanda:
- Qui es-tu ? je ne t’ai jamais vu.
- Je suis un matador, le plus fort, le plus grand de tous les matadors, dit l’homme.
- Et c’est quoi un matador ?
L'homme vêtu d’une drôle de façon lui expliqua le déroulement d’une corrida, il y mettait tant de passion que le petit qui avait grandi, grandi, grandi, redevint tout petit, tout petit, tout petit. Soudain une question lui vint : que faisait donc ce matador si bien caché ? Qu’avait-il fait lui, sur sa planète ? En tout cas il se cacha les oreilles et repartit à toutes jambes.
Fin.

 Sylvia

Atelier n°1

Proposition n°1 :  Cadavre exquis


- Le premier participant écrit une phrase et ne laisse visible que le dernier mot.
- Le deuxième poursuit à partir de ce mot, etc.

Proposition n°2 : Échange de lettres


1er texte :

Chaque participant invente un personnage et une situation de voisinage. Le personnage écrit une lettre à son voisin ou sa voisine : lettre de plainte, d’amour, d’invitation, de demande d’argent ou service…

2e texte :

Chacun reçoit une des lettres et rédige la réponse du voisin ou de la voisine.


Proposition n°3 : À partir d’une photo




Quelques textes du 1er lundi


Cadavre exquis semi-caché


Oups, voilà Noémie la tortue qui est tombée par la fenêtre sur cour royale où le roi des lapins s'ennuyait, ce qui se traduisait par des soupirs, les yeux levés au ciel. Ciel mon mari! s'écria-t-elle en entendant une voix essoufflée qui montait quatre à quatre les escaliers de service. Le service était lent. Les serveurs attendaient que la cuisine leur délivre les plats à base d'herbe tendre, pour végétariens aux convictions dures.

L'arbre est vieux. Vieux qui était un homme des bois. Car oui, je bois, d'autres fument du cannabis, chacun ses plaisirs. Plaisirs démodés chantait-il dans une de ses chansons, mais il ne parvenait pas à se souvenir des paroles. Des paroles sans queue ni tête étaient échangées entre les membres du groupe pour meubler le temps de sablier ou d'horloge, il passe toujours. Toujours, jamais, impossible... Des mots fourre-tout, ou plutôt qui remplissent toujours des phrases sans beaucoup d'intérêt.

Et aujourd'hui la parution de ce livre tant attendu me déçut d'emblée. D'emblée il apparût sûr de lui; presque condescendant, condescendant est ce qu'il prétend. Prétend quoi au juste? Le lapin, un mignon petit lapin qui frétillait de oreilles en grignotant une carotte. Carotte, chou, genou, trouvez lequel de ces mots en prend pas un X au pluriel? dit-il d'un air mystérieux. Le personnage mystérieux qui étaient nouvellement arrivé dans le quartier intriguait tous ses voisins.

Olivier collectionnait les mégots de cigarettes, qu'il classait par marques et par années de consommation, dans les tiroirs d'un meuble ironiquement ignifugé. Ignifugé, voilà un mot qui en refroidirait plus d'un... D'un air lubrique presque gênant, gênant est sa raison d'être. Or le capitaine Nemo s'ennuyait ferme lorsqu'il était à jeun. Mais j'ai faim, moi! Moi, c'est mon sujet préféré... mais non, je plaisante.

Il était une fois un beau lapin rose, ou vert, ou même anthracite, bref, du joli. C'est du joli! s'écria-t-il en voyant l'état dans lequel on lui avait laissé l'appartement. L'appartement était très lumineux. Dès l'aube, le jour éclairait toutes les pièces. Pièces détachées à vendre, pour voiture six places, de marque allemande. C'est la langue de goethe, voilà pourquoi elle est inspirante. C'était sa muse.

L'ours polaire était assis devant son bassin, pensif. Pensif il l'était, certes, car il ne comprenait pas l'objectif poursuivi par l'organisateur. L'organisateur de la soirée avait le souci de ne pas ennuyer son public — public nombreux, applaudissements rares. Plus jamais je ne ferai de conférences dans un congrès de manchots. Faire la manche en étant manchot, voilà un concept intéressant. Non, on évoquant seulement ceux du pôle sud! Sud ou nord, c'est au moussaillon de décider. Au nom de quoi?  

Échange de lettres


Madame

Cela fait déjà plusieurs mois que la porte de votre appartement que vous avez quitté et mis en Airbnb grince de manière bruyante à des heures indues. Ainsi, la nuit dernière, un locataire est arrivé vers 2h du matin, a tenté d’ouvrir la porte, n’y est pas parvenu du premier coup et a donné un violent coup d’épaule qui a dû résonner jusqu’au sixième. Pour fermer la porte, il a dû claquer la porte à plusieurs reprises avant de réussir.

Madame, cela ne peut plus durer ! Chaque fois que j’essaie de m’endormir, votre porte claque. Vous avez voulu gagner beaucoup d’argent en utilisant ce système, mais sachez que je ne peux plus rester sans réagir. Si dans une semaine, votre porte n’est pas réparée, je ferai en sorte que plus personne ne puisse entrer dans votre appartement et vous en subirez les conséquences.

Je suis le seul voisin à réagir sans doute, puisque les deux autres appartements de l’étage sont occupés, l’un par une vieille personne complètement sourde et l’autre… est aussi en airbnb.

Bien sûr, vous pourrez utiliser ce courrier comme une preuve de ma culpabilité si votre appartement n’est plus accessible mais, franchement, je m’en fiche. Ce que je veux obtenir, c’est que cette foutue porte arrête enfin de claquer à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Non cordialement !

Votre voisin qui vous déteste (Patrice)


*

Monsieur,

J’ai fait parvenir votre lettre à mon propriétaire afin qu’il change ma porte dans les meilleurs délais. Croyez bien que j’ai horreur de faire du bruit, de déranger, d’attirer l’attention sur moi. Mon métier m’oblige à travailler de nuit, et à recevoir beaucoup de monde.
Mon propriétaire, qui est aussi mon employeur, est hélas d’une avarice sordide : si vous saviez le pourcentage qu’il prend sur mes activités, vous n’en reviendriez pas ! Toutes les filles dont il s’occupe s’en plaignent. Il y a donc peu de chance pour qu’il prenne votre demande en compte.

Le bonhomme est par ailleurs d’une susceptibilité maladive : si vous récidivez, il y a de grandes chances pour qu’il vous rende visite avec ses hommes de main. Je précise qu’il est inutile de contacter le commissaire : je le connais depuis des années.

Je suis sincèrement désolée de vos désagréments, et que je souhaite de tout cœur garder de bons rapports avec mes voisins, qui sont toujours des clients potentiels.

Je joins à la présente une boîte de boules quies : un de mes clients, VRP de son métier, a toujours des échantillons de ce produit en quantité. N’hésitez d’ailleurs pas à me contacter si vous en désirez d’autre : le sommeil n’a pas de prix.

Votre voisine, qui ne veut que votre bien. (Eric)


*******


Cher voisin,

Depuis des années je te vois, derrière les barreaux de ta cage accrochée au plafond, et j’ai pitié de toi.

J’ai souvent tenté de te joindre, afin de soulager ta souffrance solitaire, mais je n’y suis jamais parvenu. La cruelle vieille dame à lorgnons qui te maintient prisonnier a ruiné toutes mes tentatives : elle a fait tomber mes échelles, crevé mes ballons gonflés à l’hélium, brisé mes échasses, avant de me tabasser à coups de balai.

Aujourd’hui, cloué au sol par mes rhumatismes, et mes douleurs d’ancien cascadeur involontaire, je ne tente plus de t’atteindre. J’ai cependant la joie de t’annoncer que ta douloureuse solitude prendra bientôt fin : j’ai versé de l’arsenic dans le tilleul-menthe de ton geôlier cacochyme, qui ne quittera plus jamais son lit à baldaquin.

Avec mes pattes griffues de félin, ce fut un vrai tour de force, crois-moi ! De même pour rédiger cette lettre ; mais enfin, j’en ai vu d’autres, et la charité est un puissant moteur…
Tu vas donc crever de faim, faute de graines, tandis que j’irai finir mes jour chez un autre voisin, fanatique de chats et de dessins animés, qui me gavera de boulettes et de caresses jusqu’à la fin de mon existence.

J’attache cette lettre à un nouveau ballon gonflé à l’hélium, en espérant que je ne le crèverai pas d’un coup de griffe malencontreux au dernier moment, car j’aimerais beaucoup que tu la lises : tu deviendras encore plus jaune que tu ne l’es déjà !

Ne me remercie pas : la charité authentique contient sa propre récompense.

Sylvestre le chat. (Eric)

*

Cher Sylvestre,

Je dépose cette missive sur ta tombe pour te rendre un dernier hommage et te remercier. Grâce à toi, je suis un oiseau libre. J’ai appris que tu étais tombé du sixième étage, et que, si la plupart des chats retombent sur leurs pattes, toi, tu t’es écrasé comme une crêpe. Au moins, tu n’as pas souffert.

La vieille bique qui me gardait enfermée a bien bu son tilleul menthe bourré d’arsenic, mais elle n’est pas morte paisiblement dans son lit. Elle s’est relevée, se cognant partout dans l’appartement : elle convulsait et vomissait, c’était horrible à voir. Mais en heurtant une étagère de livres, elle l’a faite tomber sur ma cage, qui s’est alors ouverte : j’ai pu m’envoler par la fenêtre.

Adieu donc,
Ursula le moineau (Mathilde)


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Cher voisin de cellule,

Je t’ai entendu arriver hier, et j’en ai été ravi. En effet, même si nous ne pouvons pas nous parler, je me sens tout de même moins seul, sachant qu’un autre être humain respire à quelques mètres seulement. L’isolement peut sembler très long. j’y suis pour plusieurs mois, car j’ai tué un des gardiens. C’était entièrement de sa faute : il est arrivé en retard avec mon plateau repas, et j’avais très faim.

Mais bon, tu sais qu’on ne peut pas faire confiance à la justice : je suis enfermé pour au moins quinze ans, alors que je me suis contenté de me défendre. Un homme m’a marché sur le pied dans le métro, j’ai du l’éliminer. Ils m’ont traité de brute épaisse, alors que je suis juste un homme à qui l’ont doit le respect, comme tout un chacun.

Je suis certain que tu me comprends, j’ai entendu dire que tu avais tué toute ta famille, tu avais sûrement de bonnes raisons, et toi non plus, tu n’as pas été compris.

Je m’arrête là, car je n’ai presque plus de papier toilette. J’espère te lire bientôt, afin d’égayer un peu ma solitude.

Le prisonnier de la cellule 117 (Mathilde)

*

Cher 117,

Nous sommes faits pour nous entendre. Moi aussi on me fait des misères alors que je suis un homme courtois, poli, qui ne demande qu'à vivre en paix. Mais les gens sont méchants.

Mon père ne voulait pas me laisser traîner avec mes potes, il me prenait la tête pour que je passe mon bac. Un jour il m'a mal parlé, alors j'ai pris un pot de fleurs et je l'ai assommé; je n'y peux rien s'il avait le crâne fragile. Ma mère s'est mise à hurler, j'ai pris un deuxième pot de fleurs pour la faire taire. Après, tu sais comment c'est, on se prend au jeu Mon petit frère était chiant, ma soeur un peu conne, je les ai tués aussi avec les pots qui restaient. Il y avait des morceaux de poterie et de la terre partout. On m'a surnommé le tueur aux pots de fleurs.

Comme tu le vois, il ne faut pas me chercher, donc sois toujours poli avec moi STP. Moi aussi j'écris sur du papier-toilette, mais contrairement à toi j'ai un vrai stylo-bille que j'ai réussi à introduire dans ma cellule (tu m'a compris). Nous poursuivrons la discussion au prochain rouleau.

A bientôt,

116 (Vanessa)

*******

Janine COLBERT
7e étage porte B

Cher Monsieur Longjumeau,
ou plutôt, cher Docteur,

J'ai vu avec plaisir votre plaque apparaître sur notre immeuble,et je tenais à vous souhaiter la bienvenue. C'est un honneur pour nous d'accueillir un professionnel de votre niveau; c'est quand même autre chose que le réparateur de téléphones d'à côté, sans parler du vendeur de chaussettes et caleçons. Vous avez fait de belles études et vous avez un métier passionnant, et de plus, fort utile.

A ce propos, quand vous aurez un moment, ce serait très gentil à vous de passer me voir pour vérifier ma tension, mon rythme cardiaque, mon état de santé général, et me prescrire mes anti-douleurs habituels. Je vous ferai un café, ou je vous offrirai un coca si vous préférez. Pourriez-vous au passage examiner mes cinq enfants, âgés respectivement de 2, 3, 7, 9 et 12 ans? Je trouve le petit un peu pâlichon, l'aîné a des boutons sur le visage, et pour les autres, ça ne mange pas de pain de vérifier.

Nous sommes comme je vous l'ai indiqué au 7e étage, porte B, à droite en sortant de l'ascenseur Ce samedi nous serons tous présents à la maison, sauf mon mari qui sera à un séminaire d'entreprise, mais il n'est jamais malade...

Dans l'attente de vous rencontrer, bien amicalement,

Madame Colbert (Vanessa)

PS: Je vous ferai un gâteau au citron pour vous remercier!


*
                                                                                                                                                                  Dr Longjumeau
          A l’attention de Madame J. Colbert

Madame,

J’ai bien reçu votre courrier de ce jour.

En réponse, je constate avec plaisir que votre sens de l’accueil est très chaleureux et désintéressé.

Je comprends d’autre part que le voisinage d’un médecin puisse vous paraître plus souhaitable que celui d’un réparateur de téléphone ou d’un vendeur de chaussettes ou de caleçons. Pourtant, ces professions ont, vous le reconnaîtrez sans doute, une grande utilité. Que feriez-vous si votre smartphone tombait en panne tous les quatre matins ou si vous étiez obligée d’envoyer vos enfants sans culotte à l’école ?

Il faut savoir reconnaître l’utilité de tous les métiers. Certains sont plus appropriés que d’autres en fonction des circonstances mais il faut savoir prendre du recul.

D’autre part, je voulais vous informer que, contrairement à ce que vous avez compris, je ne m’installe pas du tout dans l’immeuble. En effet, deux jours après avoir fixé ma plaque à l’entrée de l’immeuble, le Ministère de la Santé m’a affecté en Afrique où j’ai obtenu une mission de cinq ans pour essayer d’aider à résoudre l’épidémie d’Ebola.

Dans cinq ans, à mon retour, je prendrai alors ma retraite puisque j’aurai atteint l’âge de 65 ans.

Bien à vous.

Dr Longjumeau (Patrice)

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            Cher voisin et Monsieur Dupont,

          Je vous sais gré de l'attention que vous me portez. Pour tout dire, c'est le premier contact que j'ai pu avoir depuis mon emménagement ici voici 15 jours. C'est incroyable cet anonymat qui sévit à Paris. Je puis vous dire qu'à Saint Roch-les-Chartreux, l'ambiance est tout autre. Connaissez-vous Saint Roch-les-Chartreux ? Puisque vous me signalez une proche « fête des voisins » - une spécificité parisienne, semble-t-il- je vous apporterai la brochure éditée par le syndicat d'initiative, pardon, l'Office de tourisme local.

          Mais votre brève missive me signale une fuite qui semble vous importuner. Il est vrai qu'Hector – il s'agit de mon bébé alligator – a tendance à faire des siennes dans la baignoire. Particulièrement lorsque je lui savonne le ventre : ça le rend comme fou et lui fait claquer sa queue dans l'eau. Vous n'imaginez pas son bonheur ! Je vais lui apprendre à se réfréner, il est jeune, il apprendra vite !

          Vous avez aussi la gentillesse de me signaler un désagrément sonore. J'avoue bien humblement que lorsque je me mets à la musique, je ne sais plus me retenir et ne vois pas le temps passer . Quelle joie de me perfectionner à la batterie ! C'est enivrant. Je vous invite à venir essayer vous-même à une heure qui vous conviendra. Que diriez-vous après minuit trente, un de ces soirs ?

          Croyez bien que je serai enchanté de reparler avec vous de tout cela lors de la prochaine « fête des voisins » pour laquelle je tiens à proposer mes services d'animation musicale.

          Je vous claque la bise, pardon, je vous adresse mes très vives salutations.

Alex Blitz (Jacques-André)

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Marcq-en-Baroeul , 23 septembre 2019

          Chers voisins, voisines,

Eléonore Basket a encore frappé cette semaine.

A son actif : 4 pneus crevés, 3 bouteilles de lait jetées sur les passants, agression verbale de jeunes ados qui riaient en la regardant, enfin agression physique d'une promeneuse de chien, le sport favori d'EB étant de suspendre ces petits animaux dans les arbres.

Des plaintes ont été déposées auprès du commissariat sans aucune suite donnée à ce jour.
Là se pose la question : que devons-nous faire en tant que voisins, ou plutôt que pouvons-nous faire ? Quelques propositions recueillies ça et là vous sont livrées ici:

  • taguer sa porte,
  • lui envoyer une lettre de menaces,
  • la tabasser discrètement lors d'une de ses sorties,
  • la faire interner pour quelques temps afin qu'elle soit soignée ou définitivement enfermée pour que le quartier retrouve la tranquillité.

Je propose une réunion de quartier mardi prochain au café «Chez Pierrot». Nous pourrons alors ensemble essayer de trouver une solution acceptable (pour elle, pour le quartier? À voir..)

Solidairement vôtre,

Elisabeth Baskerville (Anne-Marie)

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Hypollite Dumerle

          Chère voisine, Henriette si je puis me permettre,

          Vous êtes comme moi résidente de l'immeuble depuis bientôt 15 ans. Comme le temps passe ; comme c'est long en même temps.

          J'ignore si vous êtes atteinte de surdité profonde mais jamais vous n'avez daigné ouvrir votre porte lorsque je suis monté frapper chez vous ni décroché votre téléphone lorsque je vous ai appelée. Vous êtes pour la paix du voisinage et pour cela je vous loue.

          Toutefois et j'espère que vous lirez cette requête, je me dois de vous signaler que, nuitamment, j'entends vos pas aller aux toilettes – ce qui en soi est bien naturel – mais à un rythme qui donne le tournis. La nuit dernière par exemple, j'ai compté 15 allers-retours avec force chasse d'eau (que je vous suggère de faire réparer au plus vite tant elle est longue à s'arrêter, environ 4 minutes 30 en moyenne). J'en fais des cauchemars pleins de noyades et autres tsunamis. A toutes fins utiles, je vous communique en annexe les coordonnées d'un urologue réputé (et y ajoute celles de mon plombier). Faites-en bon usage.

          Je profite de la présente pour vous demander de cesser de considérer votre balcon comme une ménagerie. Pourriez-vous, s'il vous plaît, confier vos perruches et aras – dont j'admire les couleurs chatoyantes – au parc zoologique à proximité de notre immeuble ? De la même façon, pourriez-vous vous débarrasser de votre python qui vient musarder dans mes plates-bandes ? Enfin sachez que tout propriétaire de chien et chats, tel que vous, devrait les sortir faire leurs besoins ailleurs que sur le balcon dont l'odeur n'a rien à envier à une cage aux fauves.

          N'y voyez là aucune attaque personnelle car je me fais ici le porte-parole de l'immeuble tout entier.

          Recevez, chère Henriette, mes salutations empressées.

Hyppolite Dumerle (Jacques-André)

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Voisin Yves, Bonjour,

Votre demande est curieuse, saugrenue et inhabituelle. Je pense qu'avant d'arriver ici vous viviez dans un village à la campagne. Bref....
Mon premier réflexe à la lecture de votre lettre fut de la réticence. Vous savez tout et je ne sais rien !

En ville, l'anonymat a du bon, mais les relations de voisinage aussi.
Je suis donc partagée, ayant l'impression désagréable d'être observée et en même temps le sentiment flatteur d'avoir été remarquée.

Toutefois, la curiosité l'emportant , je vais me mettre à mon judas et vous propose pour Halloween, dans un mois exactement, de glisser un mot sous votre porte puisque vous avez eu l'obligeance de me l'indiquer très précisément.

Bien à vous

Zoé Anonymous (Anne-Marie)

À partir d'une image


Cette photo a manifestement été prise par un plongeur en vacances sur la Côte Cantabrique(t), là où les Zippos campent. (Désolé, je n’ai pas pu résister à l’envie de faire cet affreux jeu de mots en voyant la photo).

Malheureusement cette photo n’engendre pas d’humour mais plutôt la tristesse de voir où la vie moderne, hyper consommatrice et depuis longtemps peu respectueuse de notre environnement nous a mené et continue de nous mener.

Le fait de voir un hippocampe enroulant de sa queue un coton tige est le symbole fort de ce que nous vivons aujourd’hui : une espèce disparue ou en cours de disparition et un petit objet apparemment sans danger qui envahit notre environnement, ne se recycle pas, a une durée de vie presque éternelle et qui, de plus est très déconseillé pour les oreilles puisqu’il ne fait qu’enfoncer le cérumen dans l’oreille alors que son prétendu rôle est de la nettoyer.

Halte aux cotons tiges !!!
Patrice


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À la Galerie Leduc, nous sommes heureux de pouvoir dévoiler aujourd'hui les œuvres de l'artiste conceptuel Spoon Horse que nous suivons depuis ses débuts. 

Je vous présente maintenant la pièce maîtresse de cet accrochage. Elle s'intitule Cornet à l'oreille.

Selon sa démarche habituelle, l'artiste est allé recueillir in situ les éléments composant son œuvre. Il s'agit d'un hippocampe pêché dans la Mer des Sargasses, puis momifié et recouvert d'or fin 24 carats. Quant au coton-tige, le créateur de l'oeuvre nous a confié qu'il l'avait récupéré dans une poubelle du 24 rue des Envierges.
Le fond est une photo découpée dans un magazine de voyages édité par Thomas Cook.

Cette œuvre prend une dimension toute particulière en ce jour de dépôt de bilan de la plus vieille entreprise de voyages.

Anne-Marie

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Extraits du Journal d'un hippocampe (pp. 47-48)

Mardi
Temps calme, eau claire. 
Petite ballade dans les environs. Rencontré Hector le poulpe, toujours aussi tentaculaire. Parlé ensemble du temps et de l'eau.
Mercredi
Temps agité, eau brouillée.
Mangé une salade d'algues à midi. Reçu la visite d'un cousin hippo. Parlé du mauvais temps.
Jeudi
Temps calme, eau mitigée.
Lors de ma ballade, trouvé un joli lampadaire où m'accrocher. Envisage déménagement.
Vendredi
Temps calme, eau pure. 
Emporté bouquet d'algues vers nouveau logement. Croisé Hector qui a critiqué mon lampadaire, disant que ce n'est pas vraiment un lampadaire. Décidé de ne pas tenir compte de critiques, fais ce que je veux.
Samedi
Temps calme, eau claire.
Pendaison de crémaillère avec famille hippo, anciens voisins et poulpe Hector malgré remarques désobligeantes. Lampadaire très admiré.

Vanessa

Quelques textes du 1er mercredi


À partir d'une image


LE MESSAGER

Flamand rose
Ou bien canne de vieillesse pour animal fragile
Naufragé en péril
Ou bien sceptre royal
Mais peut-être simplement
Pourquoi chercher plus loin,
Coton tige rose tendre jeté à la mer
En vacances,
Envie de trop de soleil
Pas le temps de trouver une poubelle
Témoignage photographique de l’unique survivant
D’une nature souillée,
Accroché par la queue
Il s’en va.
Sylvia

Atelier n°10


Proposition n°1 : Inventaire


Liste de phrases commençant par « Je ne suis pas du genre à… »


Proposition n°2 : Écrire une histoire à plusieurs


Trois étapes : 
- le 1er participant écrit le début d’une histoire ; 
- le 2e écrit le milieu ; 
- le 3e écrit la fin.
On respecte ce qui a été apporté par le(s) précédent(s), et on conserve une cohérence au récit. 


Bonus


Haikus

Quelques textes du 10e lundi


Inventaire : "je ne suis pas du genre à..."


Je ne suis pas du genre à bricoler le dimanche, c'est bien embêtant, il y a toujours quelque chose qui se déglingue et c'est aussitôt le casse-tête.
Je ne suis pas du genre à me précipiter dans les boutiques le premier jour des soldes. Ni le deuxième. Ni les suivants. Après c'est trop tard. 
Je ne suis pas du genre à acheter des vêtements ou des accessoires de marques. C'est fascinant, cette obsession de la mode qu'on lit dans certains magazines chez le coiffeur. Unetelle avec un sac Chose, hou là là, elle est en retard d'un train ! Unetelle avec des chaussures bidules, précipitez-vous pour acheter les mêmes ! Untel avec un polo Machin, quel ringard ! Et ainsi de suite... Quelles vies palpitantes avec ces préoccupations ! Tout de même mieux que celles des quidams qui se gèlent aux ronds-points depuis des mois, tous vêtus des mêmes gilets jaunes même pas griffés !
Je ne suis pas du genre à me mettre en maillot de bain sur la pelouse de Reuilly ou celles du lac Daumesnil. Tant pis pour le bronzage. 
Je ne suis pas du genre à manger des MacDo-frites. Rien que leurs photos publicitaires de hamburgers géants dégoulinants me coupent l'appétit. Et la seule fois où j'y ai emmené ma fille, ravie, elle a vomi ensuite. 
Je ne suis pas du genre à envoyer un roman aux éditeurs. Écrire fatigue.

Muriel


Je ne suis pas du genre à jouer avec mon smartphone dans le métro ou le bus. Au contraire, je regarde avec dédain les 90% de ceux qui s’y adonnent. D’ailleurs je n’ai pas de smartphone… 
Je ne suis pas du genre à utiliser les caisses automatiques dans les grandes surfaces, même quand mon chariot n’est pas très rempli. Aux personnes qui me suggèrent d’y aller je réponds : et que va-t-il se passer lorsque des postes seront supprimés ? 
Je ne suis pas du genre à à utiliser les services d’Amazon qui terre les gens chez eux à attendre le livreur. Je me déplace le plus possible. 
Je ne suis pas du genre à acheter de l’agneau de Nouvelle Zélande ou des cerises en hiver. Consommons local et des produits de saison dans la mesure du possible.

Patrice


Ecrire à plusieurs 



Il adorait prendre sa pause en plein milieu de la matinée. Il adorait écrire ce qu'il ressentait au moment où il le ressentait. Il n'aimait pas qu'on le prenne pour un idiot. Il aimait parler de lui-même à la troisième personne. Il n'aimait pas les interviews. Il adorait vivre à la campagne. Elle adorait vivre à Paris. Elle adorait passer ses vacances au Maroc. Ils n'étaient pas en couple et heureusement parce qu'elle n'aimait pas la campagne. Elle aimait regarder la télévision. 

Sylvie 

Malgré leurs personnalités foncièrement différentes, ces deux personnes se rencontrèrent un jour par le plus grand des hasards. Lui, qui habitait la campagne, à 250 kilomètres de Paris, se rendait en train dans la capitale pour se rendre à l'hôpital Lariboisière où il avait rendez-vous avec un cardiologue. Il était arrivé quatre heures en avance et s'était assis à la terrasse d'un café sur le boulevard Magenta pour manger un sandwich et boire une bière. Il sortit tout de suite son cahier pour se raconter sa petite histoire quotidienne truffée de non-événements en parlant de lui-même comme le faisait Alain Delon, c'est-à-dire à la troisième personne. Une dame s'approcha alors de lui et lui demanda poliment : « Puis-je vous interviewer ? Je suis journaliste à France 2 et je fais une enquête sur les personnes qui écrivent dans les cafés. » Il la rabroua d'une manière sympathique mais ferme. Elle ne s'éloigna pas pour autant, s'assit à une table voisine et commanda un café. Elle avait un dépliant touristique sur le Maroc. Quand il vit le dépliant, il lui demanda : « Vous aimez le Maroc ? ». « Oui », dit-elle. Et il lui répondit, souriant : « C'est drôle, je suis du Maroc. Toute ma famille y vit encore. Si vous voulez, je peux demander à ma soeur de vous recevoir chez elle à Marrakech. Et ils partirent dans une longue discussion. 

Patrice

Lui, se livra plus facilement que ce qu'il ne l'aurait voulu, elle l'écoutait et ponctuait son discours d'interventions qui ne révélaient rien sur elle, mais l'encourageaient, lui, à parler. Le séjour chez la soeur de cet homme lui plaisait, mais elle faisait semblant de ne pas y tenir. Le temps passa, vite ; et lorsqu'il jeta un coup d'oeil à sa montre, il était tout juste temps de se rendre à son rendez-vous médical. Il se leva, s'excusant et prononça un vague au revoir. Elle le laissa partir. Elle n'irait pas dans la famille de cet homme puisqu'elle n'avait aucune coordonnée, mais elle tenait son interview. Elle l'avait su le mener où elle voulait. Lui, en attendant le cardiologue, était heureux de cette rencontre, mais regrettait déjà de n'avoir pas eu l'idée d'échanger les coordonnées. A bien y repenser, il s'était épanché, elle avait obtenu son interview, mais il s'en fichait, et pour la première fois s'étonna que d'avoir été pris pour un idiot ne le gênait pas. Il faudrait qu'il consigne cela dans son cahier. 

Anne-Marie 


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Cette journée commence bizarrement, songea Gontran. Sa cafetière avait rendu l'âme dans un triste sifflement avant qu'il ait eu le temps de se faire un café, la radio ne passait que des chansons françaises au lieu des informations habituelles (encore une grève...) et toutes ses chaussettes étaient au sale. Quand il sortit dans la rue, chaussé d'espadrilles, il crut voir un grizzli sur le trottoir d'en face; mais c'était juste une vieille dame en manteau de fourrure. En plein mois de juin. Au bureau, ce fut pire. Il ne vit pas Jean-Mi et Joséphine, ses collègues habituels, mais deux hommes en costard-cravate qui ne répondirent pas à son bonjour. Sur sa table, son agrafeuse avait disparu et ses stylo-billes mâchouillés avaient été remplacés par un bic quatre couleurs. Gontran regarda autour de lui avec angoisse.

Vanessa

Quand la vieille dame qu'il avait déjà aperçue se présenta devant lui avec un sourire inquiétant,la panique se laissa introduire dans son cerveau telle un animal affolé, et il se dit qu'il était en train de perdre pied avec la réalité. Rien d'étonnant ensuite quand ses nouveaux collègues vinrent se poster à côté de la vieille dame en ouvrant leur parapluie et la mettant à l'abri d'une pluie de confettis. Et que penser de cette eau qui se déversa en trop-plein de ses chaussettes dépareillées et qui commença à inonder le bureau sous les regards impassibles de tous...

Francis 

Pas possible! Il allait se réveiller et tout recommencer comme une vraie matinée. Quel cauchemar! Allez, réveille-toi, Gontran! Ton train-train quotidien va reprendre. Ouvre les yeux! Rien à faire. La vieille femme avait un sourire de plus en plus sardonique sur ses dents grises, et les deux mastards en costard-cravate, au contraire, affichaient un air de plus en plus impassible. Les confettis ne faisaient rire personne, ce n'était pas la fête. Il se sentit très mal. Alors, Gontran, grinça la voix de crécelle qui sortit du gosier de la vieille, on croyait que ça allait durer jusqu'à la retraite, bien peinardement, cette vie de fonctionnaire, à gratter du papier avec ses stylo-billes? Eh bien, maintenant, il va falloir aller rendre des comptes au Grand Horloger sous terre. Eh oui, tout a une fin, et pour toi, c'est ce matin. Trop tard, pour les regrets... Le parapluie s'éleva, entraînant les deux costards-cravates et la vieille à fourrure mitée dans les airs. Gontran sentit le lino s'affaisser, fondre, et le sol se dérober, s'ouvrir sur un gouffre noir et glacial.

Muriel

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Elle était en prison depuis quinze jours, et déjà elle imposait le respect à ses co-détenues et à quelques gardiens admiratifs de son passé, voire de son présent. En effet, elle avait fréquenté des mafieux et s'était associée à quelques-uns plutôt pour des détournements de fonds et usages de faux que pour des braquages. Plus tard, elle avait continué cette activité mais avec des gens bien placés et "sans reproche", ce qui les mettait a priori à l'abri des poursuites. Et là, elle avait été arrêtée bêtement pour un vol à l'étalage chez H&M, alors qu'elle s'habillait toujours chez Chanel.

Anne-Marie

Lui était en liberté. il aimait les jardins, s'y promener des heures. Il adorait parler de lui. Il adorait écrire et c'est ainsi qu'ils se sont connus. Elle aimait beaucoup parler d'elle mais elle n'évoquait jamais ce qu'elle faisait de repréhensible, ce qui limitait beaucoup ses écrits. Il avait une famille, un femme et plusieurs enfants. Le dernier était encore un bébé. Il s'investissait énormément pour ses enfants. C'était un bon mari. Il adorait se promener à la campagne avec sa femme et ses enfants. 

Sylvie

La petite association qui encourageait cette activité de correspondance afin de maintenir un lien entre les détenus et le monde extérieur permettait aussi la rencontre et les discussions. Et c'est de cette façon qu'allait s'engager une relation qui allait détruire la vie de cet homme tranquille et bien rangé. La femme, par calcul ou par inconscience, on ne saura jamais, se mit à lui raconter des anecdotes sur ses activités passées tout en lui disant qu'il ne pourrait jamais les répéter tellement c'était invraisemblable. C'est ainsi que le pauvre homme découvrit que les politiques manipulaient complètement les gens d'une façon tellement originale qu'il en devint fou. 

Francis

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Cette fille me plaît beaucoup, plus je la croise avec son fox-terrier, plus je la trouve jolie. Grande, mince, les cheveux châtains relevés, jean, talons hauts, un air hautain. Pour croiser son regard, rien à faire. Incroyable, sa capacité à ne pas voir les autres! J'ai beau essayer, impossible. Tout un art, son truc. Pas d'autre solution que de prendre aussi un fox-terrier, ou de trouver un copain qui me confie le sien à promener. Elle n'a tout de même pas entraîné aussi son clebs à ne pas voir ses congénères? Je n'aurai qu'à laisser le mien tirer sa laisse vers le sien, et hop, bonjour, la demoiselle sera bien obligée de réagir. Même si elle ne dit rien, au pire, je m'excuserai, puis je la complimenterai sur son chien, et ceci et cela, quel âge a-t-il? Et il s'appelle comment? Et vogue la galère.

Muriel

Aussitôt dit, aussitôt fait. Je ne suis pas du genre à procrastiner quand j'ai une idée en tête. Me voilà donc dans le chenil "Tous les Toutous du Monde", à la recherche d'un fox-terrier. Ca va me coûter bonbon, cette histoire, mais il faut savoir ce qu'on veut. Après avoir gratouillé les têtes des chiens et parlementé avec l'éleveur, je choisis un fox-terrier déjà âgé de six mois; il sera moins fou-fou qu'un chiot, je pourrai le promener dès aujourd'hui sur le chemin de ma belle. Tout se passe comme prévu... ou presque. Je n'avait pas anticipé que mon Bobby se jetterait sur l'autre chien, qui se révèle être une femelle, et tente aussitôt de repeupler Paris en fox-terriers.

Vanessa

On pourrait peut-être tirer une moralité de ce qui précède: ne fais pas faire à ton chien ce que tu voudrais faire toi-même. Sinon tu risques de vivre une grande déception. Quand on y réfléchit, ne pas procrastiner c'est bien, mais il faut tout de même réfléchir avant d'agir.
1° Il eut fallu se renseigner sur le sexe du fox-terrier de la dame. Par exemple, la suivre pendant quelques minutes et percevoir comment le chien (ou la chienne) fait pipi. Cela donne déjà un renseignement déterminant. 
2° Si on décide que l'angle d'attaque est de trouver un chien de la même race, il faut décider si on choisit le même sexe ou le sexe opposé. Le cas le plus risqué est, bien sûr, de créer de l'agressivité entre chiens. Par exemple, dans le cas de deux mâles non castrés. 
3° Créer une histoire d'amour entre un mâle et une femelle chien peut être profitable mais aussi dangereux, car on ne sait pas d'avance comment l'autre réagira. 
4° Pour finir, le mieux eut été de draguer soi-même sans chien. On n'est jamais sûr de réussir, certes, mais il faut aussi envisager un succès, ce qui serait, bien sûr, le plus motivant et le plus sympathique.

Patrice

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Pourquoi fallait-il que je tombe sur cet idiot de fromager dans ce bistrot désert alors que je venais de me procurer chez le libraire le livre intitulé Les Fromages vous empoisonnent ? En le voyant, je n'ai pas pu m'empêcher de me dire qu'effectivement il allait empoisonner la journée! Déjà qu'avec sa femme ça ne sa passait pas bien du tout, voilà bien ma chance de le rencontrer avec suffisamment d'alcool dans le sans pour faire fuir même les gendarmes courageux!

Francis 

- Mais c'est ce cher monsieur Duraton! J'vous paye un coup, c'est ma tournée, patron, c'est pas tous les jours qu'on rencontre son sauveur!
Qu'est-ce qu'il racontait là, cet abruti aviné au nez d'alcoolique, aussi écoeurant qu'un de ses fromages à croûte bourgeonnante? Et il m'enlace l'épaule, en plus! 
- Euh, bonjour Monsieur, quel hasard de vous rencontrer si loin de la rue Taine, c'est votre jour de fermeture? 
- Mais oui, tu l'sais bien, fais pas ton innocent. 
Ouh la la. Qu'est-ce qui lui prend, il en tient une bonne, pour me tutoyer. 
- Euh, oui, bien sûr, vous savez, je perds un peu la notion des jours, avec ce début de retraire. 
- Ah oui, retraite, bien pratique, hein! Ca laisse du temps pour s'occuper des femmes des autres, hein, mon cochon! 
- Hum, euh, mais... comment cela, pas du tout... 
- Allez, patron, encore une tournée. Faut que j'vous présente mon sauveur. Si si, ne rougissez pas. Je suis ravi que vous vous occupiez de la Josette. Depuis qu'elle en a un autre à faire tourner en bourrique, j'ai une paix royale. Quand je pense que j'étais jaloux! 

Muriel 

- Je vous assure que je ne fais rien avec votre femme, et par conséquent vous n'avec aucune raison d'être jaloux.
- Tu penses, je voix bien comment tu la regards, la Josette. Et je vois bien comment elle te regarde. Ne me prends pas pour un con! 
- Je ne vous prendrai jamais pour un con! Voyez-vous, je suis marié et j'aime ma femme. Excusez-moi mais je vais m'occuper de ma femme. Au revoir! 

Sylvie 

***** 

Toutes les familles se pressaient devant l’embarcadère. Il y a avait une infinité de valises à déplacer afin de parvenir au poste de contrôle où les documents étaient vérifiés par un policier sévère et sans souplesse. Les enfants piaillaient et couraient dans tous les sens, inconscients de la gravité de la situation. Les parents étaient stressés, partagés entre l’angoisse du contrôle et la peur de perdre l’un de leurs enfants.
L’atmosphère était tendue. 
Quand ils avaient franchi le contrôle, les visages se détendaient un peu mais la situation n’était pas stabilisée pour autant. Il fallait franchir la mer et arriver sur un nouveau continent.

Patrice

Une fois à bord, chacun essayait de trouver un petit coin pour s’installer au mieux durant la traversée. Au bout de quelques jours, les hommes surtout s’interpellaient par leur prénom, blaguaient et semblaient oublier les aléas de leur vie future. Les femmes, en revanche, restaient près de leur progéniture et parlaient peu entre elles, plus conscientes sans doute des dangers et des risques qu’ils avaient pris en décidant de ce départ.
Au bout de cinq jours, la situation se dégrada ; six personnes étaient atteintes de dysenterie, une autre hurlait tout le jour et toute la nuit, prophétisant un naufrage prochain. Puis quelques rats firent leur apparition, terrorisant les mères et les enfants.
Au vingtième jour l’eau douce fut rationnée, c’est à ce moment que l’on découvrit que le capitaine n’avait jamais navigué au-delà des limites côtières.
Un soir la houle se fit de plus en plus forte et le bâtiment craqua à plusieurs reprises de façon sinistre. Là, plus personne ne fanfaronnait, chacun restait prostré près de sa famille. La sirène hurla, le commandant annonça que les canots de sauvetage allaient être mis à la mer. La pagaille qui suivit cette annonce fut indescriptible ; des bousculades, des cris à terroriser les plus courageux. Y aurait-il assez de place pour tous ? Attendrait-on tout le monde ? Qui coordonnait cette fuite ? Comment tout cela allait-il finir ?

Anne-Marie

Comme les naufragés se serraient les uns contre les autres dans le canot de sauvetage et que le jour commençait à baisser, l’angoisse monta d’un cran. Certains se mirent à prier, d’autres chantaient pour se donner du courage, d’autres restaient prostrés. Les enfants avaient cessé de pleurer et se taisaient. Soudain, quelqu’un se mit à crier en agitant les bras, faisant tanguer le canot où il se trouvait ; les autres le forcèrent à se rasseoir, mais bientôt tout le monde vit ce que l’homme avait vu en premier. Un paquebot fendait les eaux dans leur direction. Allait-il fendre les flots à l'aveugle et les faire chavirer comme des coquilles de noix, ou les avait il repérés ? Le suspense fut horrible mais ne dura pas. Le capitaine du bateau avait donné l’ordre de sauver les malheureux sur leurs fragiles canots, et c’est ce que firent ses marins. Tous les naufragés furent mis en sécurité sur le paquebot.
Quant à ce qui leur arriva après cela, c’est une autre histoire.

Vanessa

Quelques textes du 10e mercredi


Écrire à plusieurs 


Il était assis à la table de la cuisine, dos à la fenêtre, quand elle est rentrée. 
Une fois qu’elle eut déposé ses clés dans le vide-poche, pendu son manteau et déposé son sac, elle sursauta en entendant la voix d’Alain lui lancer laconiquement : « vient t’asseoir ». 
« Bonjour » dit-elle en entrant dans la cuisine. « Je ne te savais pas à la maison aujourd’hui. Tu vas bien ? » 
Une théière fumante et une tasse étaient posées devant lui. Il avait l’air grave. Elle s’assit face à lui et redemanda : « Tu vas bien ? » 
Il prit la théière et se versa du thé, lentement et bruyamment comme au Maroc…

Laurine


Alain prit une profonde inspiration, expira lentement comme on lui avait appris dans son groupe de méditation, la regarda, sentit les larmes arriver et couler sur ses joues dans des pleurs silencieux. 
Il porta à ses lèvres sa tasse à l’effigie du PSG, huma l’odeur mentholée du thé, en but une gorgée, reposa posément sa tasse, et enfin regarda Julie dans les yeux, dans la mesure où ses larmes le lui permettaient, d’un air tendu ému et triste. 
Il répondit simplement : « Non »… 

Solène

C’est avec cette scène insipide que se termine « Alain et Julie », le premier long métrage que Godard tourna en super 8 en 1952. 
Bien entendu, aucun producteur de cinéma ne voulut financer à l’époque un tel film dont la banalité du scénario aurait mécontenté quelconque spectateur qui aurait décidé de fréquenter la salle de cinéma, uniquement pour profiter de la climatisation par temps de canicule. 
Cet essai, relégué pendant trente ans dans les cartons d’un brocanteur puis remisé pendant vingt-cinq ans au fond du grenier d’un amateur anonyme de cinéma, vient d’être acquis par la cinémathèque française. 
Une version restaurée et colorisée devrait sortir pour la rentrée. 
Le Journal du Cinéma du 19 juin 2019.

Eric

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Jean-Noah, un jeune homme de dix-neuf ans, décida de partir de la maison de ses parents qui résident au Mesnil Amelot. Il ne se souciait plus de son avenir, même pas de s'il obtiendrait son baccalauréat. Il marche jusqu'à la limite entre le Val d'Oise et l'Aisne et trouve un vélo à hydrogène. A ce moment-là il abandonne tout document et papier officiel ainsi que les cartes magnétiques et son blackberry. Il ne conserve que des espèces et commence son périple sur ce vélo.

Tristan

Jean-Noah n'avait jamais parcouru de très longues distances à vélo. Il en avait eu un quand il était petit, bien sûr, mais n'aimait pas les ballades que lui imposaient ses parents tous les dimanches en forêt de Compiègne. Adolescent, il avait donc superbement ignoré ce moyen de transport. Mais aujourd'hui, c'était différent. Il voyait en ce vélo le signe d'une liberté qu'il n'avait jamais eue. Il l'enfourcha donc et prit la direction du Nord. Cependant, arrivé à Amiens il se dit que ce serait dommage de ne pas voir la mer, et prit la direction de la baie de Somme. Ce vélo exerçait décidément un étrange pouvoir sur lui... 

Hélène 

Il allait falloir dompter la bête. La route de la mer était encore longue. Mais quel était ce bruit curieux? Fladage fladaga... D'où cela venait-il? Jean-Noah s'arrête et examine sa monture. Un papier était coincé dans une roue. Il le retira délicatement. Un prospectus pour Lidl. Aucun intérêt. Il se remit en selle, en silence roula quelques kilomètres et à nouveau un bruit: pff... Puis le vélo devint tout mou; en fait, surtout la roue arrière qui venait de crever. Il ne se découragea pas. Il fit la réparation tant bien que mal. La mer était encore loin et il fallait rouler. Du jarret, jeune cycliste, s'encourageait-il! Et bing, une ornière de trop, et c'est le déraillage de chaîne. Ce vélo était maudit. Et il faisait presque nuit. Il répara, les mains pleines de cambouis, et se remit en route. La forêt était sombre, bruissait de sons étranges.... 
La peur le prit, il tomba... et se réveilla dans son lit. Quel cauchemar!

Laurence

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Décembre 1987 
Prague est triste les nuits d'hiver. Les nuits commencent tôt. Les rues sont sombres et vides. C'est pourquoi Frantz avait choisi d'y passer les fêtes de fin d'année. Rien de tel qu'un lieu sinistre pour digérer un chagrin d'amour new-yorkais. Si ses pensées restaient accrochées à Manhattan, son corps le ramenait ici. Il finirait bien par l'emporter sur les souvenirs douloureux. Une façon de se laisser couler dans l'instant présent. Impossible de profiter de quoi que ce soit. Mais cet avenir inimaginable allait s'imposer à lui.

Roselyne

24 décembre 
Il faisait nuit déjà et Frantz errait seul sur le Pont Charles, un peu éméché mais lucide, quand il entendit des sanglots derrière lui. Dans la pénombre il distinguait une silhouette assise sur le rebord du pont, un peu trop penchée vers la Vltava. Ne sachant que faire il bredouilla quelques mots en tchèque. Pas de réaction.

Elisa 


Toute cette histoire rend Frantz encore plus sédentaire. Il ne voulait ni rentrer chez lui ni faire beaucoup plus de pas. Il s'allonge sur les bords de la Vltava. Soudain des sirènes retentissent. Ce sont les services de police. Il est réveillé à l'instant où ils le saisissent et leur donne des coups de poing et de pied. Il se met à s'assoupir dans le car de police. Il échange son blouson avec celui d'une policière. Celle-ce se réveillera à l'aube et la seule dans cette intervention à être vivante. Elle l'accompagne au commissariat où il passera une nuit puis toute sa vie. Ce lieu, il y demeurera toute sa vie. Malgré le manque de preuves sur le fait que Frantz ait abattu quatre gardiens de la paix, il décide d'y rester tellement il s'y sent bien. Breye, la policière qui l'a emmené et interrogé, lui rend visite chaque jour à 7h41. Ils apprennent à se connaître et il reprend goût à la vie. Ils demandent à touts les Tchèques de financer un nouveau commissariat dans lequel tout le personnel déménagera. Le commissariat actuel deviendra une auberge rien que pour Breye et Frantz. Ils y passent tout leur temps libre à faire de l'escalade, du billard, jouer du piano... et ils seront plus heureux que jamais. 

Tristan


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Denise et Mireille se donnent rendez-vous toues les après-midis à la pâtisserie Gourmandine pour prendre le thé et manger un petit gâteau. Elles sont gourmandes et adorent colporter tous les potins du quartier et commenter tout événement, même insignifiant, à condition qu'il soit l'occasion de critiquer. Et cela tombe bien, parce que ce jour-là Denise annonce une grande nouvelle à son amie Mireille...

Eric


"Devine qui j'ai vu hier soir en rentrant de mon atelier 'Epanouissement personnel'? La fille du pâtissier Tom Petitbeurre dans les bras du boucher Léon Côtelette!" Mireille en frémit, tout le monde sait au village que les Petitbeurre et les Côtelette se haïssent suite à une indivision d'héritage non réglée depuis quatre-vingt-six ans. Les deux amies sont ravies. Ça promet, Roméo et Juliette à BonAppétit sur Sauldre. Le rêve!

Laurence


Tout à coup, la porte de la pâtisserie s'ouvre et Josette, le troisième larron, arrive. Vite, vite, Mireille lui fait signe de venir s'asseoir avec elle, toute excitée de partager le drame shakespearien de Bon Appétit sur Sauldre. "Josette, tu sais quoi? Léa et Ryan, Denis les a vus s'embrasser, c'est incroyable, non?" Et la Josette de s'exclamer: "Mais enfin, mes bichettes, tout le monde le sait, leurs parents sont furieux, mais les deux amoureux s'en fichent, il paraît même que la petite a un rôti au four!" Ah ah ah, et les trois amies de rire en coeur!

Solène

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Pierre n'aimait pas le jus d'orange. Ça lui donnait des aigreurs d'estomac épouvantables qui ne passaient qu'avec l'aide d'un médicament. Or Pierre voulait être en forme - et en appétit - pour ce soir. Il avait rendez-vous avec une délicieuse jeune femme, Céline, de vingt ans sa cadette, mais l'âge est-il réellement si important? Ils devaient dîner dans un petit restaurant italien, rue des Fossés-Saint-Jacques, et Pierre espérait fortement que la soirée ne prendrait pas fin avec le verre de limoncello que le patron avait l'habitude d'offrir à ses clients les plus fidèles. Ah oui, il faut vous dire que Pierre a pour habitude d'inviter toutes ses conquêtes dans ce restaurant... 

Hélène

La douleur étant plus atroce que jamais, Pierre prend deux cachets. Une heure plus tard son abdomen va mieux mais il souffre du mal du siècle. L'urgence de la situation le rend tellement fou qu'il entre dans un hôpital en forçant toutes les portes et les systèmes de sécurité. Il fait Heian Sandan à toute personne qui voudrait lui mettre des sangles ou des psychotropes. Il entre dans le bureau d'un ostéopathe qui résout tous ses problèmes médico-psychiques en une heure. Il a juste le temps de se rendre au restaurant italien. Il arrive après Céline. Une fois installés à une table proche d'un aquarium, ils commandent des pâtes bolognaises pour Pierre et une regina pour Céline. 

Tristan

Pierre se sent incroyablement détendu. Un effet de la manipulation, sans aucun doute. Il est heureux. Quelle sensation délicieuse, jusqu'alors inconnue! Le bonheur rend beau. Céline est séduite, même si elle le trouve peu attentionné, un peu absent. Elle le découvre différent de sa première rencontre. Moins bavard, plus rassurant physiquement. À la fin du repas, elle lui propose de venir boire un jus d'orange chez elle. Il s'empresse d'accepter.

Roselyne

Atelier n°9


Proposition n°1 : Tautogramme


Texte dont tous les mots commencent par la même lettre.


Proposition n°2 : Le personnage par un narrateur omniscient


À partir d’une photo, faire le portrait d'un personnage: apparence physique, personnalité, histoire de vie... Texte à la troisième personne, par un narrateur omniscient.


Proposition n°3 : Le personnage prend la plume 


Le personnage décrit précédemment s'exprime à la première personne.

Quelques textes du 9e lundi

Tautogrammes


1) Tautogramme en M 


Ma Mie, mouvons, ma Maîtresse, migrons. Madagascar ! Merveille ! Me mèneront mes mots ! Marées, mers, Méditerranée !... Mince ! Ma mie meurt !
Muriel

Merci ma maman. Maintenant, mes menottes mauves malaxent mon menton méticuleusement. Morbide moi ? Mon moral monte merveilleusement Mummy ! Moi manger mon melon mariné. 

Patrice

Mince, mon mouflon me mange mes moufles! Méchant mammifère! Meurt, mouflon meurt! Mais mince, mince, mince! Mon manteauu me moule maladroitement. Maudit mirage mirobolant...

Vanessa

2) Tautogramme en D


Dès dimanche, détecte des débiles dans des déserts démoralisants ! Déterre, découpe, détruis. Dors dorénavant dans des débarras dégoûtants. Digérons des donuts dévorés dans des donjons détruits. Didon dina du dos dodu du dindon.

Patrice 

Débutons, diable, dérivons dans diverses directions ! Dérivons, Derviches dépossédés ! Des damiers diaboliques drainent doucereusement des déraisons dissimulées.
Muriel

Didier disserte doctement du devenir des dindons dans des documents démesurés. Décidément, dur dur de deviser délicatement de dindons! Depuis des décennies, des docteurs délibèrent, dissertent, dissèquent des difficultés dindonesques. Distinguons Dr Didier Durand, dominant décidément des décennies de débats.

Vanessa


Le personnage : 

narrateur omniscient ; narrateur subjectif




Jessica ne rayonne jamais plus que dans sa cuisine, parfaite épouse tout occupée à récurer et à cuisiner jour après jour, l'incarnation même de la femme idéale de notre temps. Sa chevelure auburn lissée, crantée, domptée par un serre-tête, son front dégagé, ses joues aux pommettes rondes, ses lèvres rouge incarnat s'ouvrant sur un discret sourire aux dents blanches, ses grands yeux noisette discrètement soulignés d'un trait d'eye-liner précis, la ligne auburn de ses sourcils épilés dessinant une courbe nette, sa poitrine moulée d'un chemisier blanc repassé de frais, elle virevolte dans sa cuisine où tout brille, tout étincelle, tout se détache impeccablement en couleurs vives. Elle n'est préoccupée que de plaire à son parfait époux, Peter, lorsqu'il rentre de son bureau de la City, et d'élever leur petit Jimmy. Seul point noir de sa vie, ses voisins négligés qui vivent dans un déplorable laisser-aller. Elle a horreur de les croiser. Ils lui rappellent trop son enfance misérable dans l'East End d'avant-guerre.
Depuis son mariage, elle n'a de cesse de repousser le spectre de la saleté et de la pauvreté à coups d'aspirateur, de serpillère, de plumeau, de chamoisine, de cire à linoleum, de patins à frotter. Le petit Jimmy ne peut tacher ses vêtements, ou avoir une mèche de cheveux qui s'écarte de la raie maternellement tracée chaque matin au peigne trempé dans l'eau, sans qu'elle ne se précipite pour le nettoyer, changer ses habits, le peigner et le gronder pour sa négligence. C'est un enfant timoré qui ose à peine respirer et refuse de jouer avec les autres enfants, de peur de se salir. Elle en est ravie et s'extasie de sa sagesse. Dès qu'un jouet est utilisé, il doit être rangé. Il a appris à s'exécuter. Il sait déjà que partout doivent régner l'ordre et la propreté. C'est à ce prix que Jessica surmonte la terreur enfantine de la violence et de la crasse de l'East End des années quarante. Son mariage en 1950 lui a permis de s'échapper vers un nouvel horizon qu'elle chérit, où elle s'épanouit entre les meubles en formica impeccables et inusables de sa cuisine , et ceux en acajou vernis du salon et des chambres.
Jour après jour, la même joie la suffoque au réveil dans ce monde parfait de leur trois pièces-cuisine, au rez-de -chaussée d'une résidence moderne.

Muriel

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Faut que ça brille. Je frotte, je brique, je vous nettoie tout ça aux petits oignons. Faut du brillant, faut du clinquant! Quand je manie la chamoisine, souvent j'imagine que je la passe sur la tête de mon Jimmy. Je lui ébouriffe sa petite tête de premier de la classe, je lui fais un shampoing sec dont il se souviendra. Jimmy, l'enfant trop parfait... Je passe mon temps à le rhabiller, à le peigner, à lui faire dire "bonjour monsieur, merci madame" - en réalité il m'exaspère, il est trop propre, je te le mettrai dans le lave-linge pour lui apprendre la vie! 800 tous par minute!
Mais je l'aime, bien sûr. Je suis une bonne mère. Plus tard il fera Harvard, comme son père. Son connard de père. Oh, j'ai dit connard! Va te laver la bouche au savon, Jessica. Connard, connard, connard. Peter le connard, qui m'a collé un enfant tout propret qui finira à Harvard. Si je pouvais le passer à la machine, lui aussi, mais il est trop grand, il ne rentrerait pas. Quoique... découpé en morceaux... J'ai de beaux couteaux, dans cette cuisine rutilante. De la lame qui brille, ça étincelle de mille feux, oh oui, le feu aussi ça serait bien un peu d'essence renversée malencontreusement, une allumette, et hop! Finie la maison, finie la cuisine qui brille et la salle de bains qui scintille, fini le salon avec ses fauteuils assortis, finie la Jessica proprette, je serai noire de suie, et je respirerai enfin! Je respirerai la bonne odeur de brûlé, et j'imagine déjà la tête de Peter, ce connard, quand il rentrera le soir dans sa maison en ruine, accueilli par sa femme sale et échevelée! 
Frotte, Jessica, frotte, faut que ça brille. Faut que ça sente le propre et le frais, faut pas laisser le brûlé prendre le dessus. Pas encore. Tiens, la porte.. Bonsoir mon chéri!

Vanessa


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Jean-Claude n'a pas eu la vie facile. Son visage émacié garde la trace des épreuves qu'il a traversée depuis l'enfance. Né peu après la guerre, dans une famille déjà nombreuse, il a été envoyé aux champs, comme on disait Il a suivi l'école de loin en loin, dans l'indifférence générale ; à onze ans il s'est retrouvé orphelin et sa soeur la plus âgée, 'la pris chez elle. Après avoir échoué au certificat d'études, il a continué à aider à la ferme familiale pendant quelques années puis a décidé de tenter sa chance ailleurs. C'est ainsi qu'il est devenu vagabond. Pendant des années il a traversé la France, au gré des petits boulots saisonniers: coupe du bois, vendanges, cueillette des fruits... IL faisait aussi de menus travaux selon les besoins. Parfois on le laissait dormir dans la maison ; le plus souvent il se débrouillait dehors avec son sac à dos et son sac de couchage. Jean-Claude se méfie des humains ; il leur préfère la compagnie des chiens. Il a d'abord eu sa fidèle Titoune, puis Brillant ; aujourd'hui son meilleur ami est un sympathique bâtard nommé Pistache. Pistache ne fait pas de remarques désobligeantes sur les habits élimés de son maître, sur son hygiène douteuse, sur ses choix de vie. Il le suit dans ses pérégrinations, partageant les périodes fastes est les moins bonnes. Jean-Claude a maintenant soixante-cinq ans ; il est moins fort qu'avant, mais continue à travailler car il n'aime pas faire la manche. Il en a assez de bouger sans cesse ; il s'est fixé en bordure d'un village dans la Creuse, où on le laisse tranquille. Un habitant lui a offert une petite tente Queshua, un autre une couverture pour lui et une pour Pistache. On aime bien Jean-Claude, malgré ses airs taciturnes. On ne lui poser pas de questions, maison veille à ce qu'il ne soit pas trop mal installé. Jean-Claude de dit rien, mais il apprécie. Il trouve que les gens sont plus doux avec lui maintenant qu'il vieillit. Sans doute fait-il moins peur, avec ses rides et sa moustache grisonnante.

Vanessa

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Ce coin de la scierie, j'aime bien, c'est tranquille. Personne pour me zyeuter, ou me dire Dégage, c'est privé ici, tu sais pas lire ? Ben non, je sais pas, Ducon ! J'ai oublié. Hein, Pistache, bon chien, tu t'en fiches, toi, que je sache plus lire?... Ici fait chaud, et ça sent bon le bois coupé, ça me rappelle chez Mémé. C'est loin, tout ça...Qu'est-ce que je serais devenu si Mémé n'était pas morte trop tôt ?... ça sert à rien de ruminer...c'est fait, c'est fait ! On peut pas rembobiner le film... J'aimais bien ça, quand ils rembobinaient le film à l'envers, qu'on voyait courir à reculons, la voiture à toute allure en marche arrière, les chevaux galoper à l'envers, c'était marrant ! Dommage qu'y a pu ça maint'nant, le cinéma ambulant. C'est tout c'qui m'manque, au fond... mais faut pas s'plaindre ! Jean-Claude, t'as de la chance, t'as fait ton trou au fond du village, y t'ont même donné une tente, deux couvrantes, une chaise, un matelas, un réchaud, une casserole, de quoi c'est-y que tu t'plaindrais ? Rien à sert de rouspéter, qu'a disait Mémé. Elle me manque bien. Quand je r'garde les nuages, j'me d'mande si je la retrouverai là-haut. J'ai bientôt l'âge qu'elle avait quand elle est partie. Est-ce qu'elle est là-haut, comme y disait le curé ? Et toi, mon p'tit Pistache, tu pourras t'y être , avec nous zautres ? Tu l'mérites bien, c'est sûr, bien plus que beaucoup que j'connais ! Un chien, jamais de reproches, toujours à vous regarder de ses bons yeux, toujours fidèle, toujours là, sous la pluie, la neige, dans le cagnard, qu'il y ait à croûter ou pas. Brave Pistache, bon chien va !

Muriel


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Mourad Ben Salah, 37 ans, a décidé d’arrêter sa carrière de footballeur professionnel qu’il avait commencée à 18 ans lorsque, citoyen égyptien, il avait été transféré dans le club anglais de Manchester United.
Il était resté 5 ans dans le club mancunien où il s’était rapidement révélé comme un joueur indispensable au poste d’avant centre. Dès la première année, il avait marqué 35 buts, ce qui, pour un joueur de son âge est un fait rarissime. 
Il avait, de plus, montré un caractère et une attitude rares dans le milieu du football. En effet, jamais il ne se plaignit de la faute d’un adversaire sur sa personne ou d’une décision douteuse de l’arbitre. Il fut d’une droiture et d’une politesse exceptionnelles dans ce monde généralement considéré comme « trop populaire ». 
Après 5 ans à Manchester, les clubs les plus huppés d’Europe cassèrent leur tirelire pour le faire venir. C’est ainsi que le club de Liverpool offrit la somme faramineuse de 100 millions d’euros pour son transfert. Il y resta 4 ans jusqu’à l’âge de 27 ans. L’impact qu’il y eut fut encore plus remarquable. Du fait de son extrême correction et de son bon esprit devenu légendaire, il eut une influence décisive sur l’image du football. 
Les statistiques notèrent qu’en sa présence, les violences et les incivilités des joueurs et du public en général diminuèrent de 40% : beaucoup moins de fautes, moins de penalties sifflés, une baisse sensible de l’hostilité du public vis-à-vis contre l’équipe adverse, contre les noirs, les arabes ou les homosexuels. 
Après ses 2 expériences anglaises, le Real Madrid parvint à le faire venir en Espagne pour la somme de 150 millions d’euros. Il y resta 5 ans et les influences positives qu’il eut en Espagne sur le monde du football non seulement se confirmèrent mais augmentèrent même sensiblement. Le football en devenait même presque ennuyeux tant la politesse, la correction et l’amabilité devenaient monnaie courante. 
Après 5 ans au Real, il choisit de terminer sa carrière en France, à Marseille où, à lui seul, il permit aux marseillais, non seulement d’être champions de France mais aussi de gagner la champions’s league. Avec, bien sûr, toujours autant de buts et d’effets positifs sur l’attitude générale. 
Après 5 ans à Marseille, à 37 ans donc, il décida d’arrêter le football. 
Cet arrêt n’est pas seulement dû à son âge mais aussi et surtout à une proposition qui lui fut faite de tourner dans un film de Steven Spielberg. Son physique avantageux et sa personnalité pleine de charisme expliquent sans doute ce choix du réalisateur américain.

Patrice


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Ceci est mon journal.
Jamais je n’aurais pensé que ma vie publique serait ce qu’elle fut jusqu’ici.
Alors qu’à 18 ans je vivais encore chez mes parents au Caire et jouais dans l’équipe junior du club de la capitale, mon entraineur vint me voir un matin et me dit : « Mourad, sais-tu qu’un grand club anglais te veut ? » Abasourdi, je l’entendis prononcer le nom de Manchester United. J’en fus complètement affolé et même un peu déçu. Moi qui ne jouais au football que parce que mon père, amoureux de ce sport, m’avait inscrit dès l’âge de 11 an dans le club de la ville, je me voyais propulsé vers le devant de la scène, appelé à devenir peut être une vedette internationale, car Manchester était un des clubs les plus réputés au monde.
J’eus le sentiment de ne plus être maitre de mon avenir, d’autant plus que, je l’appris le jour même de la bouche de mon père, il avait signé un contrat à ma place, la majorité en Egypte n’étant qu’à 21 ans. Ainsi, j’allais devoir quitter ma famille, ma ville, mon lycée, mes amis pour jouer au foot, alors que mon rêve était de continuer le théâtre et d’en faire peut-être mon futur métier.
15 jours plus tard je débarquai à Manchester, accompagné de mon père. On m’attribua un appartement de 4 pièces à proximité du stade d’entrainement, à moi, à un gamin de 18 ans.
A partir de là, chaque jour, entrainement de foot, le samedi ou le dimanche, match à Manchester ou dans une autre ville. Ne faire que du foot, ne parler que de foot, n’assister qu’à des matchs de foot. J’en eus rapidement tellement marre que je devins quasiment schizophrène. Certes, je jouais et marquais beaucoup de buts, mais je décidai de rompre avec l’esprit de « footeux » : j’allais montrer à tous que ce qui m’importait dans la vie était le contact humain, le respect de l’autre.
Petit à petit je remarquais les effets de mon attitude. Un nouvel état d’esprit sembla s’instaurer sur les terrains où je jouais, une sorte de sérénité, de respect, d’honnêteté vis-à-vis des l’arbitre, des adversaires, du public.
De plus, last but not least, je parvins à m’intéresser de nouveau à la littérature. Puisque j’étais en Angleterre, je me plongeai dans Shakespeare quand le foot me laissait un peu de répit. Par la suite mes séjours en Espagne, puis en France me donnèrent l’occasion de découvrir des auteurs comme Garcia Lorca ou Molière.
Récemment j’ai été contacté par Steven Spielberg qui me propose de tourner un film. Je n’en connais ni le sujet ni la date mais j’en bous déjà d’impatience. Vivement demain !

Patrice