Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture est l’occasion de jouer avec les mots, de faire entendre sa voix, d’écouter celle des autres, de se découvrir. C’est avant tout une expérience ludique, le plaisir de réaliser quelque chose et de le partager. À chaque séance l’animatrice propose de nouvelles consignes, qui servent de point de départ à l’écriture. Cette règle du jeu, par son aspect contraignant, permet de libérer l’imagination. On n’est plus devant une inquiétante page blanche, mais devant une proposition d’écriture, qu’on pourra à son gré suivre de près ou subvertir discrètement. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture des textes : on se rend compte que chaque participant a traité la consigne de façon personnelle, provoquant la surprise, le rire ou l’émotion. Les échanges, qui se font dans un esprit curieux et bienveillant, permettent à chacun de prendre du recul sur son propre texte.

Quelques textes du 4e lundi


Acronymes revisités


SNCF
Savoir Nager Comme Fernand
Société Non Conforme Française
Science & Nature Contre Football
Sirop Noir Contre la Fatigue
RATP
Rien à Taper 
Ruines Antiques Typiquement Parisiennes
Rongeur Amusant Très Poète
CGT
Ca Goutte Tellement
Contre les Gens Tranquilles 
Contrôle de Grammaire Turque
Carambolage Grave de Testostérone
IRM
Intelligent Rare Merveilleux
Interprétation Rationnelle des Mathématiques 
Incident Ridicule Mortifère
Irrémédiablement Ringard Mec
EDF
Entrée De Ferme
Emblème de la France
Esthétique Déficiente en Fanfreluche
Espérance De Fraternité  
OVNI
Onomatopée Volontaire Nom Intrépide
Omission Volontaire des Négociations Nationales 
Ouvrage Violent sur le Nicaragua Intérieur
Opération de Vente de Noisettes Industrielles
ONU
Ondée Nettement Utile
Organisation Non Utile 
Ossature & Neutrons Unis
Overdose Naturelle d'Urticaire
URSS
Une Rose Sans Souci
Union Régalienne des Soucis Syndicaux 
Urticaire, Rubéole, Siphylis & Stigmates
Ustensile Robotisé Sous Surveillance
FIFA
Formation Infra Forces Armées
Fonction Immédiate Figée de l’Argent 
Finesse Idéale, Fantaisie arboricole
Facilement Identifiable, Forcément Américain
OTAN
Ô Toi Animal Néandertalien
Ordure de Trump à Nettoyer
Otarie Très Antipathique Néanmoins
Ouverture Tragique Avec Nitroglycérine


À partir d’un fait divers


"Ariège: Ax-les-Termes a connu sa première naissance depuis 35 ans, et c'est dans un restaurant" 

La mère :
Bonjour à tous les téléspectateurs, bonjour Maman, j'espère que tu es bien branchée sur France 3 Ariège!
Ce qui m'est arrivé? Eh bien voilà, j'étais enceinte jusqu'aux dents, mais Didier, Didier c'est mon mari, il m'a dit: 
– Lucille, on est un peu serrés ce mois-ci à cause du nouveau congélateur, franchement ce serait mieux si tu continuais à travailler tant que tu peux. 
Alors moi j'ai dit d'accord, parce que j'aime bien mon boulot de toutes façons, je suis serveuse au Sapin Joyeux, et Didier, mon mari, il est à la cuisine. Mais quand même, je commençais à grossir, grossir, et j'ai dit à Didier: 
– Mais comment on fera si j'ai les contractions pendant le boulot? 
Et Didier a dit:
– T'inquiète pas, j'appellerai une ambulance. 
Alors j'ai dit d'accord. Et après? Ben après, un jour, mercredi précisément, j'ai senti les contractions, je l'avais bien dit que ça allait arriver mais il a pas voulu m'écouter, alors j'ai dit: 
– Vite Didier! Bouge ton gros cul, je suis en train d'accoucher! 
Et il a téléphoné, mais bien sûr c'était trop tard parce que j'avais déjà perdu les eaux. Je gueulais, je gueulais, et puis la tête est sortie; Didier a tiré, il avait apporté des torchons propres, et le bébé est sorti très vite et on l'a mis sur un torchon et Didier a coupé le cordon avec le couteau pour le roti. Et après l'ambulance est arrivée.
Oui, comme vous dîtes, une bien belle histoire!

Vanessa

*****

Le père :
En place depuis 18 h, je suis prêt. Il est 20 h et c'est le coup de feu. Comme chaque vendredi, 90 couverts au 1er service, 40 au second. 
Véronique, la chef de rang, m'appelle au moment où j'installe sur le piano mes premières côtes de bœuf. Ma femme est en train d'accoucher et l'ambulance n'arrive pas... 
Je la rassure comme je peux mais cela ne suffit plus, il va falloir mettre la main à la pâte. Je me souviens, petit je regardais mon grand-père aider les vaches à vêler. Ca doit sûrement ressembler un peu.
– Courage Thierry, que j'me dis, rappelle-toi les gestes. 
J'appuie sur le ventre légèrement, insiste sur la respiration (la mienne et celle de ma femme) et de temps en temps je crie : Pousse ! 
Au bout de ¾ d'heure, je suis en nage mais le bébé sort.
– Vite, Véro un couteau bien aiguisé ! 
Je retourne à mes fourneaux, les côtes de bœuf sont brûlées. Personne dans la cuisine n'a osé les retirer. Mais la tolérance est de mise en cette soirée du 17 novembre.  

Anne-Marie 

 *****

Je suis le bébé.
Papa (enfin, je ne devrais pas encore dire « papa ») était épuisé après une journée du 15 mars où il avait dû cuisiner sans interruption depuis 10h du matin jusqu’à 22h. Tout seul, car son aide cuisinier était tombé malade.
Heureusement, maman (enfin, je ne devrais pas encore dire « maman ») qui servait les convives dans le restaurant était aussi une bonne cuisinière et put l’aider à l’épluchage des légumes et notamment les pommes de terre pour servir les multitudes de steak/frites, burger/frites, saucisses/frites et autres joyeusetés accompagnées de frites.
Lorsque la journée fut finie, épuisés, ils montèrent dans l’appartement situé au dessus du restaurant pour prendre une douche rapide et tomber dans les bras de Morphée afin d’être en état de recommencer une journée qui devait être difficile le lendemain. 
Maman prit la douche en premier et courut au lit. Papa prit sa suite dans la douche et alla se coucher quelques minutes après.
Je serais incapable de raconter ce qu’il se passa ensuite. La seule chose que je peux dire : le 17 novembre, quand je sortis du ventre de maman, je poussai un hurlement dont nul ne sait si c’était de la joie ou de la colère…. 

Patrice

*****


Le Directeur de cinéma :
Bonsoir Mesdames, Messieurs, Je suis heureux de vous présenter le programme de la nouvelle saison de votre cinéma Horizons. Tout d'abord, la projection d'un grand classique du cinéma comique français : Le petit baigneur, où l'on retrouve la verve de Robert Dhéry et ses acteurs qui ont déjà fait rire trois générations. Oui, Monsieur, dans le fond ? Vous désirez apporter une information à l'auditoire ?
Le quidam :
Oui, voilà. Je m'appelle Fabrice. J'habite Ax depuis ma tendre enfance et je voyais la ville se dépeupler – en dehors de la période de cure – au point de noter, comme l'a rapporté La Dépêche, qu'il n'y a plus eu de naissances depuis 35 ans ; voilà !
Le Directeur : Merci Fabrice ; et ?
Fabrice : Et voilà qu'une petite Alycia est née hier à la clinique des Carmes...
(dans la salle) :
Oui, je l'ai entendu aussi à la radio.
C'est vrai ? Mais on ne m'a rien dit...
Fabrice :
Oui oui c'est vrai, ma fille Jeanne et mon beau-fils Adrien ont eu cette petite Alycia et j'en suis tout ému.
(la salle) :
Bravo ! Vive les parents ! Vive les grands-parents ! Hourra Alycia !
Le Directeur :
Mesdames, Messieurs... Mesdames, Messieurs, s'il vous plaît, j'aimerais pouvoir...
(la salle) :
Bravo ! Bravo !
Fabrice :
J'offre la tournée générale au Au point du jour !
(la salle) : 
Au point du jour ! Au point de jour !

Et la salle se vide en trente secondes, laissant seul le Directeur de cinéma dans la salle.

Jacques-André

Un véhicule…


À l'approche de Noël, le Père Noël révise son traîneau. Il a huilé les essieux, réparé les arceaux, écarté les chiots, soigné les rennes. Douze rennes, ce n'est pas rien.
Cette année, le Père Noël a décidé d'agrémenter son traîneau en installant une enseigne lumineuse, clignotante en alternance. Cela excite les rennes, plus habitués à la longue nuit polaire.
Le traîneau a été aménagé de façon à ce que le Père Noël puisse s'y tenir debout, assis et même allongé. Dans ce dernier cas, le système de pilotage automatique l'autorise à pousser de petits sommes en chemin.
Le traîneau est en kevlar sur lequel sont plaquées des lattes de sapin vernissées. Il faut respecter les traditions ! Et puis trop de modernisme perturberait les rennes.
Avant le grand départ, la Mère Noël a organisé une ample collation avec force steaks d'ours sauce Baltique et stollen façon nordique. Les rennes ont droit à un supplément de fourrage. La maisonnette est tout illuminée, le Père Noël et la Mère Noël dansent une valse polaire cependant que les rennes les admirent, assis sur leur arrière-train.
L'heure du départ approche. Le Père Noël consulte une dernière fois Laponie-Météo. Le temps promet d'être beau. La Mère Noël vient embrasser son mari et caresser les rennes tant l'excitation est vive.
Ce n'est peut-être pas tant une saine excitation qu'une réelle appréhension, ayant flairé un mouvement à peine dicible du permafrost... C'est le départ.

Jacques-André

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Durant mes vacances, cet été là, je retournai chez mes parents et il fallut aller saluer les voisins que je n'avais pas vu depuis plusieurs années. Ils nous invitèrent à entrer. Très vite, saucissons, vache qui rit, chips et autres cochonailles apparurent sur la table.
⁃ Au fait Corinne, tu n'as jamais vu le musée de Christian ! Viens, je te montre des pièces rares.
Nous voilà dans la chambre de ce jeune : une vraie jeep en état de marche trônait à côté du lit et de l'autre côté, grandeur nature, un soldat de la seconde guerre habillé de pied en cape avec tout l'attirail. Au mur des grenades, dans des vitrines, des balles et des armes exposées.
Tout un matériel que j'ai en horreur, mais je me devais de saluer aimablement ces objets ainsi que la disposition des lieux.
Il avait aussi deux motos rangées dans la pièce attenante.
Sur ces entrefaites, arriva leur fils Christian (un peu simplet et très branché guerre). Là, il me fixa pendant un long moment qui me mit très mal à l'aise. Il se lança alors dans la description de son prochain achat. Un tank dont les références du modèle m'échappèrent. Il se lança dans le détail de la tourelle, des angles de tir, de sa résistance aux tirs d'obus, au fait qu'il était amphibie. C'était ennuyeux au possible et je perdis au passage au moins les ¾ des informations qu'il donnait.
Enfin nous quittâmes l'endroit et ce garçon qui continuait à me fixer... J'attendais impatiemment que nous partions.
Mais au moment du départ, ce fada m'attrapa par les épaules, me fit au moins quatre bises et me déclara très solennellement qu'aux prochaines vacances il m'emmenait en Amérique avec son tank !
Les bras m'en tombèrent.

Anne-Marie

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Depuis le temps qu’on nous parle de ces véhicules de l’avenir qui n’auraient pas besoin de conducteur ! 
Le véhicule se conduirait tout seul, tournerait à gauche, à droite, doublerait un véhicule plus lent, ne dépasserait pas la vitesse limite et ne recevrait donc pas de contravention pour excès de vitesse. La seule obligation serait, je le suppose, de programmer sa destination et le reste, il le ferait tout seul.
Mais alors, quel intérêt ? Autant prendre les transports en commun ! Mais vous m’objecterez, oui, mais en cas de grève ? Oui, d’accord, en cas de grève, très bien, mais alors à quoi sert d’avoir un véhicule sans conducteur ? Si c’est pour être dans les embouteillages et attendre que ça se passe, on serait aussi fatigué ! Autant conduire pour au moins s’occuper ! 
Vous me direz, oui mais, si vous ne conduisez pas, vous pouvez téléphoner, écrire, chanter ou parles avec les personnes qui sont avec vous. Ce à quoi je répondrais : oui, mais ça je peux le faire aussi en conduisant. Si, on peut si on ne touche pas le téléphone. Dans ce cas, on ne peut pas non plus parler à une personne qui est assise à côté de vous dans la voiture ! Oui, vous avez raison, c’est n’importe quoi ! 
Malgré cette discussion préliminaire, j’ai eu l’occasion de monter dans un véhicule qui se conduisait tout seul. 
Conclusion : je confirme mon désintérêt total pour ce véhicule soi-disant du futur ! 
Nous étions quatre dans l’automobile et nous regardions ébahis la voiture se diriger toute seule.
Subitement, une voiture débouchant de la gauche ne respecta pas la priorité de notre voiture et, n’en croyant pas nos oreilles nous entendîmes une voix venue de je ne sais où traiter le conducteur de l’autre voiture de « connard ». Or, nous constatâmes alors que l’autre voiture n’avait pas de conducteur non plus et… une voix s’éleva et nous entendîmes : « toi-même » ! 
Moralité : une voiture avec ou sans conducteur, c’est kif kif bourricot…

Patrice

Scriptoclip


Il se leva et prit ses jambes à son cou. Il se précipita vers la clairière au milieu de la forêt et y découvrit un hélicoptère. Il y monta rapidement et s’assit à côté du pilote, sortit sa bouteille de grand cru bordelais. Malheureusement il se rendit alors compte qu’il avait oublié son tire-bouchon. Il sut alors qu’il allait devoir briser le goulot de la bouteille de Château Laffite. Qu’à cela ne tienne ! Il coucha la bouteille sur le sol et lui asséna un énorme coup de poing qui la coupa en deux au niveau du goulot. Malheureusement le pilote n’avait que du chou-fleur pour accompagner le vin. 

Patrice

Avant les hommes s'habillaient avec soin, on valorisait chez eux les jambes galbées. ils ne portaient pas de pantalons, l'hélicoptère n'ayant pas encore été inventé. En revanche, les jambes en tire-bouchon étaient considérées comme laides, voire vulgaires. Quant aux culs-de-jattes on les considérait avec stupéfaction. on leur jetais des choux-fleurs car ils n'étaient pas symétriques.

Vanessa

Elle a des jambes de star et lors des défilés on ne voit que celles-ci, surtout lorsqu'elle rejoint l'hélicoptère pour repartir chez elle. Dans sa maison, elle s'allonge sur le canapé et avec un tire-bouchon ouvre un Château Pétrus des années 80. Stupéfaction ! c'est la première fois qu'un tel vin a un goût de bouchon et même une légère odeur de chou-fleur. Décidément la journée est fichue. 

Anne-Marie