Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture est l’occasion de jouer avec les mots, de faire entendre sa voix, d’écouter celle des autres, de se découvrir. C’est avant tout une expérience ludique, le plaisir de réaliser quelque chose et de le partager. À chaque séance l’animatrice propose de nouvelles consignes, qui servent de point de départ à l’écriture. Cette règle du jeu, par son aspect contraignant, permet de libérer l’imagination. On n’est plus devant une inquiétante page blanche, mais devant une proposition d’écriture, qu’on pourra à son gré suivre de près ou subvertir discrètement. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture des textes : on se rend compte que chaque participant a traité la consigne de façon personnelle, provoquant la surprise, le rire ou l’émotion. Les échanges, qui se font dans un esprit curieux et bienveillant, permettent à chacun de prendre du recul sur son propre texte.

Quelques textes du 1er lundi


Cadavre exquis semi-caché


Oups, voilà Noémie la tortue qui est tombée par la fenêtre sur cour royale où le roi des lapins s'ennuyait, ce qui se traduisait par des soupirs, les yeux levés au ciel. Ciel mon mari! s'écria-t-elle en entendant une voix essoufflée qui montait quatre à quatre les escaliers de service. Le service était lent. Les serveurs attendaient que la cuisine leur délivre les plats à base d'herbe tendre, pour végétariens aux convictions dures.

L'arbre est vieux. Vieux qui était un homme des bois. Car oui, je bois, d'autres fument du cannabis, chacun ses plaisirs. Plaisirs démodés chantait-il dans une de ses chansons, mais il ne parvenait pas à se souvenir des paroles. Des paroles sans queue ni tête étaient échangées entre les membres du groupe pour meubler le temps de sablier ou d'horloge, il passe toujours. Toujours, jamais, impossible... Des mots fourre-tout, ou plutôt qui remplissent toujours des phrases sans beaucoup d'intérêt.

Et aujourd'hui la parution de ce livre tant attendu me déçut d'emblée. D'emblée il apparût sûr de lui; presque condescendant, condescendant est ce qu'il prétend. Prétend quoi au juste? Le lapin, un mignon petit lapin qui frétillait de oreilles en grignotant une carotte. Carotte, chou, genou, trouvez lequel de ces mots en prend pas un X au pluriel? dit-il d'un air mystérieux. Le personnage mystérieux qui étaient nouvellement arrivé dans le quartier intriguait tous ses voisins.

Olivier collectionnait les mégots de cigarettes, qu'il classait par marques et par années de consommation, dans les tiroirs d'un meuble ironiquement ignifugé. Ignifugé, voilà un mot qui en refroidirait plus d'un... D'un air lubrique presque gênant, gênant est sa raison d'être. Or le capitaine Nemo s'ennuyait ferme lorsqu'il était à jeun. Mais j'ai faim, moi! Moi, c'est mon sujet préféré... mais non, je plaisante.

Il était une fois un beau lapin rose, ou vert, ou même anthracite, bref, du joli. C'est du joli! s'écria-t-il en voyant l'état dans lequel on lui avait laissé l'appartement. L'appartement était très lumineux. Dès l'aube, le jour éclairait toutes les pièces. Pièces détachées à vendre, pour voiture six places, de marque allemande. C'est la langue de goethe, voilà pourquoi elle est inspirante. C'était sa muse.

L'ours polaire était assis devant son bassin, pensif. Pensif il l'était, certes, car il ne comprenait pas l'objectif poursuivi par l'organisateur. L'organisateur de la soirée avait le souci de ne pas ennuyer son public — public nombreux, applaudissements rares. Plus jamais je ne ferai de conférences dans un congrès de manchots. Faire la manche en étant manchot, voilà un concept intéressant. Non, on évoquant seulement ceux du pôle sud! Sud ou nord, c'est au moussaillon de décider. Au nom de quoi?  

Échange de lettres


Madame

Cela fait déjà plusieurs mois que la porte de votre appartement que vous avez quitté et mis en Airbnb grince de manière bruyante à des heures indues. Ainsi, la nuit dernière, un locataire est arrivé vers 2h du matin, a tenté d’ouvrir la porte, n’y est pas parvenu du premier coup et a donné un violent coup d’épaule qui a dû résonner jusqu’au sixième. Pour fermer la porte, il a dû claquer la porte à plusieurs reprises avant de réussir.

Madame, cela ne peut plus durer ! Chaque fois que j’essaie de m’endormir, votre porte claque. Vous avez voulu gagner beaucoup d’argent en utilisant ce système, mais sachez que je ne peux plus rester sans réagir. Si dans une semaine, votre porte n’est pas réparée, je ferai en sorte que plus personne ne puisse entrer dans votre appartement et vous en subirez les conséquences.

Je suis le seul voisin à réagir sans doute, puisque les deux autres appartements de l’étage sont occupés, l’un par une vieille personne complètement sourde et l’autre… est aussi en airbnb.

Bien sûr, vous pourrez utiliser ce courrier comme une preuve de ma culpabilité si votre appartement n’est plus accessible mais, franchement, je m’en fiche. Ce que je veux obtenir, c’est que cette foutue porte arrête enfin de claquer à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Non cordialement !

Votre voisin qui vous déteste (Patrice)


*

Monsieur,

J’ai fait parvenir votre lettre à mon propriétaire afin qu’il change ma porte dans les meilleurs délais. Croyez bien que j’ai horreur de faire du bruit, de déranger, d’attirer l’attention sur moi. Mon métier m’oblige à travailler de nuit, et à recevoir beaucoup de monde.
Mon propriétaire, qui est aussi mon employeur, est hélas d’une avarice sordide : si vous saviez le pourcentage qu’il prend sur mes activités, vous n’en reviendriez pas ! Toutes les filles dont il s’occupe s’en plaignent. Il y a donc peu de chance pour qu’il prenne votre demande en compte.

Le bonhomme est par ailleurs d’une susceptibilité maladive : si vous récidivez, il y a de grandes chances pour qu’il vous rende visite avec ses hommes de main. Je précise qu’il est inutile de contacter le commissaire : je le connais depuis des années.

Je suis sincèrement désolée de vos désagréments, et que je souhaite de tout cœur garder de bons rapports avec mes voisins, qui sont toujours des clients potentiels.

Je joins à la présente une boîte de boules quies : un de mes clients, VRP de son métier, a toujours des échantillons de ce produit en quantité. N’hésitez d’ailleurs pas à me contacter si vous en désirez d’autre : le sommeil n’a pas de prix.

Votre voisine, qui ne veut que votre bien. (Eric)


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Cher voisin,

Depuis des années je te vois, derrière les barreaux de ta cage accrochée au plafond, et j’ai pitié de toi.

J’ai souvent tenté de te joindre, afin de soulager ta souffrance solitaire, mais je n’y suis jamais parvenu. La cruelle vieille dame à lorgnons qui te maintient prisonnier a ruiné toutes mes tentatives : elle a fait tomber mes échelles, crevé mes ballons gonflés à l’hélium, brisé mes échasses, avant de me tabasser à coups de balai.

Aujourd’hui, cloué au sol par mes rhumatismes, et mes douleurs d’ancien cascadeur involontaire, je ne tente plus de t’atteindre. J’ai cependant la joie de t’annoncer que ta douloureuse solitude prendra bientôt fin : j’ai versé de l’arsenic dans le tilleul-menthe de ton geôlier cacochyme, qui ne quittera plus jamais son lit à baldaquin.

Avec mes pattes griffues de félin, ce fut un vrai tour de force, crois-moi ! De même pour rédiger cette lettre ; mais enfin, j’en ai vu d’autres, et la charité est un puissant moteur…
Tu vas donc crever de faim, faute de graines, tandis que j’irai finir mes jour chez un autre voisin, fanatique de chats et de dessins animés, qui me gavera de boulettes et de caresses jusqu’à la fin de mon existence.

J’attache cette lettre à un nouveau ballon gonflé à l’hélium, en espérant que je ne le crèverai pas d’un coup de griffe malencontreux au dernier moment, car j’aimerais beaucoup que tu la lises : tu deviendras encore plus jaune que tu ne l’es déjà !

Ne me remercie pas : la charité authentique contient sa propre récompense.

Sylvestre le chat. (Eric)

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Cher Sylvestre,

Je dépose cette missive sur ta tombe pour te rendre un dernier hommage et te remercier. Grâce à toi, je suis un oiseau libre. J’ai appris que tu étais tombé du sixième étage, et que, si la plupart des chats retombent sur leurs pattes, toi, tu t’es écrasé comme une crêpe. Au moins, tu n’as pas souffert.

La vieille bique qui me gardait enfermée a bien bu son tilleul menthe bourré d’arsenic, mais elle n’est pas morte paisiblement dans son lit. Elle s’est relevée, se cognant partout dans l’appartement : elle convulsait et vomissait, c’était horrible à voir. Mais en heurtant une étagère de livres, elle l’a faite tomber sur ma cage, qui s’est alors ouverte : j’ai pu m’envoler par la fenêtre.

Adieu donc,
Ursula le moineau (Mathilde)


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Cher voisin de cellule,

Je t’ai entendu arriver hier, et j’en ai été ravi. En effet, même si nous ne pouvons pas nous parler, je me sens tout de même moins seul, sachant qu’un autre être humain respire à quelques mètres seulement. L’isolement peut sembler très long. j’y suis pour plusieurs mois, car j’ai tué un des gardiens. C’était entièrement de sa faute : il est arrivé en retard avec mon plateau repas, et j’avais très faim.

Mais bon, tu sais qu’on ne peut pas faire confiance à la justice : je suis enfermé pour au moins quinze ans, alors que je me suis contenté de me défendre. Un homme m’a marché sur le pied dans le métro, j’ai du l’éliminer. Ils m’ont traité de brute épaisse, alors que je suis juste un homme à qui l’ont doit le respect, comme tout un chacun.

Je suis certain que tu me comprends, j’ai entendu dire que tu avais tué toute ta famille, tu avais sûrement de bonnes raisons, et toi non plus, tu n’as pas été compris.

Je m’arrête là, car je n’ai presque plus de papier toilette. J’espère te lire bientôt, afin d’égayer un peu ma solitude.

Le prisonnier de la cellule 117 (Mathilde)

*

Cher 117,

Nous sommes faits pour nous entendre. Moi aussi on me fait des misères alors que je suis un homme courtois, poli, qui ne demande qu'à vivre en paix. Mais les gens sont méchants.

Mon père ne voulait pas me laisser traîner avec mes potes, il me prenait la tête pour que je passe mon bac. Un jour il m'a mal parlé, alors j'ai pris un pot de fleurs et je l'ai assommé; je n'y peux rien s'il avait le crâne fragile. Ma mère s'est mise à hurler, j'ai pris un deuxième pot de fleurs pour la faire taire. Après, tu sais comment c'est, on se prend au jeu Mon petit frère était chiant, ma soeur un peu conne, je les ai tués aussi avec les pots qui restaient. Il y avait des morceaux de poterie et de la terre partout. On m'a surnommé le tueur aux pots de fleurs.

Comme tu le vois, il ne faut pas me chercher, donc sois toujours poli avec moi STP. Moi aussi j'écris sur du papier-toilette, mais contrairement à toi j'ai un vrai stylo-bille que j'ai réussi à introduire dans ma cellule (tu m'a compris). Nous poursuivrons la discussion au prochain rouleau.

A bientôt,

116 (Vanessa)

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Janine COLBERT
7e étage porte B

Cher Monsieur Longjumeau,
ou plutôt, cher Docteur,

J'ai vu avec plaisir votre plaque apparaître sur notre immeuble,et je tenais à vous souhaiter la bienvenue. C'est un honneur pour nous d'accueillir un professionnel de votre niveau; c'est quand même autre chose que le réparateur de téléphones d'à côté, sans parler du vendeur de chaussettes et caleçons. Vous avez fait de belles études et vous avez un métier passionnant, et de plus, fort utile.

A ce propos, quand vous aurez un moment, ce serait très gentil à vous de passer me voir pour vérifier ma tension, mon rythme cardiaque, mon état de santé général, et me prescrire mes anti-douleurs habituels. Je vous ferai un café, ou je vous offrirai un coca si vous préférez. Pourriez-vous au passage examiner mes cinq enfants, âgés respectivement de 2, 3, 7, 9 et 12 ans? Je trouve le petit un peu pâlichon, l'aîné a des boutons sur le visage, et pour les autres, ça ne mange pas de pain de vérifier.

Nous sommes comme je vous l'ai indiqué au 7e étage, porte B, à droite en sortant de l'ascenseur Ce samedi nous serons tous présents à la maison, sauf mon mari qui sera à un séminaire d'entreprise, mais il n'est jamais malade...

Dans l'attente de vous rencontrer, bien amicalement,

Madame Colbert (Vanessa)

PS: Je vous ferai un gâteau au citron pour vous remercier!


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                                                                                                                                                                  Dr Longjumeau
          A l’attention de Madame J. Colbert

Madame,

J’ai bien reçu votre courrier de ce jour.

En réponse, je constate avec plaisir que votre sens de l’accueil est très chaleureux et désintéressé.

Je comprends d’autre part que le voisinage d’un médecin puisse vous paraître plus souhaitable que celui d’un réparateur de téléphone ou d’un vendeur de chaussettes ou de caleçons. Pourtant, ces professions ont, vous le reconnaîtrez sans doute, une grande utilité. Que feriez-vous si votre smartphone tombait en panne tous les quatre matins ou si vous étiez obligée d’envoyer vos enfants sans culotte à l’école ?

Il faut savoir reconnaître l’utilité de tous les métiers. Certains sont plus appropriés que d’autres en fonction des circonstances mais il faut savoir prendre du recul.

D’autre part, je voulais vous informer que, contrairement à ce que vous avez compris, je ne m’installe pas du tout dans l’immeuble. En effet, deux jours après avoir fixé ma plaque à l’entrée de l’immeuble, le Ministère de la Santé m’a affecté en Afrique où j’ai obtenu une mission de cinq ans pour essayer d’aider à résoudre l’épidémie d’Ebola.

Dans cinq ans, à mon retour, je prendrai alors ma retraite puisque j’aurai atteint l’âge de 65 ans.

Bien à vous.

Dr Longjumeau (Patrice)

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            Cher voisin et Monsieur Dupont,

          Je vous sais gré de l'attention que vous me portez. Pour tout dire, c'est le premier contact que j'ai pu avoir depuis mon emménagement ici voici 15 jours. C'est incroyable cet anonymat qui sévit à Paris. Je puis vous dire qu'à Saint Roch-les-Chartreux, l'ambiance est tout autre. Connaissez-vous Saint Roch-les-Chartreux ? Puisque vous me signalez une proche « fête des voisins » - une spécificité parisienne, semble-t-il- je vous apporterai la brochure éditée par le syndicat d'initiative, pardon, l'Office de tourisme local.

          Mais votre brève missive me signale une fuite qui semble vous importuner. Il est vrai qu'Hector – il s'agit de mon bébé alligator – a tendance à faire des siennes dans la baignoire. Particulièrement lorsque je lui savonne le ventre : ça le rend comme fou et lui fait claquer sa queue dans l'eau. Vous n'imaginez pas son bonheur ! Je vais lui apprendre à se réfréner, il est jeune, il apprendra vite !

          Vous avez aussi la gentillesse de me signaler un désagrément sonore. J'avoue bien humblement que lorsque je me mets à la musique, je ne sais plus me retenir et ne vois pas le temps passer . Quelle joie de me perfectionner à la batterie ! C'est enivrant. Je vous invite à venir essayer vous-même à une heure qui vous conviendra. Que diriez-vous après minuit trente, un de ces soirs ?

          Croyez bien que je serai enchanté de reparler avec vous de tout cela lors de la prochaine « fête des voisins » pour laquelle je tiens à proposer mes services d'animation musicale.

          Je vous claque la bise, pardon, je vous adresse mes très vives salutations.

Alex Blitz (Jacques-André)

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Marcq-en-Baroeul , 23 septembre 2019

          Chers voisins, voisines,

Eléonore Basket a encore frappé cette semaine.

A son actif : 4 pneus crevés, 3 bouteilles de lait jetées sur les passants, agression verbale de jeunes ados qui riaient en la regardant, enfin agression physique d'une promeneuse de chien, le sport favori d'EB étant de suspendre ces petits animaux dans les arbres.

Des plaintes ont été déposées auprès du commissariat sans aucune suite donnée à ce jour.
Là se pose la question : que devons-nous faire en tant que voisins, ou plutôt que pouvons-nous faire ? Quelques propositions recueillies ça et là vous sont livrées ici:

  • taguer sa porte,
  • lui envoyer une lettre de menaces,
  • la tabasser discrètement lors d'une de ses sorties,
  • la faire interner pour quelques temps afin qu'elle soit soignée ou définitivement enfermée pour que le quartier retrouve la tranquillité.

Je propose une réunion de quartier mardi prochain au café «Chez Pierrot». Nous pourrons alors ensemble essayer de trouver une solution acceptable (pour elle, pour le quartier? À voir..)

Solidairement vôtre,

Elisabeth Baskerville (Anne-Marie)

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Hypollite Dumerle

          Chère voisine, Henriette si je puis me permettre,

          Vous êtes comme moi résidente de l'immeuble depuis bientôt 15 ans. Comme le temps passe ; comme c'est long en même temps.

          J'ignore si vous êtes atteinte de surdité profonde mais jamais vous n'avez daigné ouvrir votre porte lorsque je suis monté frapper chez vous ni décroché votre téléphone lorsque je vous ai appelée. Vous êtes pour la paix du voisinage et pour cela je vous loue.

          Toutefois et j'espère que vous lirez cette requête, je me dois de vous signaler que, nuitamment, j'entends vos pas aller aux toilettes – ce qui en soi est bien naturel – mais à un rythme qui donne le tournis. La nuit dernière par exemple, j'ai compté 15 allers-retours avec force chasse d'eau (que je vous suggère de faire réparer au plus vite tant elle est longue à s'arrêter, environ 4 minutes 30 en moyenne). J'en fais des cauchemars pleins de noyades et autres tsunamis. A toutes fins utiles, je vous communique en annexe les coordonnées d'un urologue réputé (et y ajoute celles de mon plombier). Faites-en bon usage.

          Je profite de la présente pour vous demander de cesser de considérer votre balcon comme une ménagerie. Pourriez-vous, s'il vous plaît, confier vos perruches et aras – dont j'admire les couleurs chatoyantes – au parc zoologique à proximité de notre immeuble ? De la même façon, pourriez-vous vous débarrasser de votre python qui vient musarder dans mes plates-bandes ? Enfin sachez que tout propriétaire de chien et chats, tel que vous, devrait les sortir faire leurs besoins ailleurs que sur le balcon dont l'odeur n'a rien à envier à une cage aux fauves.

          N'y voyez là aucune attaque personnelle car je me fais ici le porte-parole de l'immeuble tout entier.

          Recevez, chère Henriette, mes salutations empressées.

Hyppolite Dumerle (Jacques-André)

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Voisin Yves, Bonjour,

Votre demande est curieuse, saugrenue et inhabituelle. Je pense qu'avant d'arriver ici vous viviez dans un village à la campagne. Bref....
Mon premier réflexe à la lecture de votre lettre fut de la réticence. Vous savez tout et je ne sais rien !

En ville, l'anonymat a du bon, mais les relations de voisinage aussi.
Je suis donc partagée, ayant l'impression désagréable d'être observée et en même temps le sentiment flatteur d'avoir été remarquée.

Toutefois, la curiosité l'emportant , je vais me mettre à mon judas et vous propose pour Halloween, dans un mois exactement, de glisser un mot sous votre porte puisque vous avez eu l'obligeance de me l'indiquer très précisément.

Bien à vous

Zoé Anonymous (Anne-Marie)

À partir d'une image


Cette photo a manifestement été prise par un plongeur en vacances sur la Côte Cantabrique(t), là où les Zippos campent. (Désolé, je n’ai pas pu résister à l’envie de faire cet affreux jeu de mots en voyant la photo).

Malheureusement cette photo n’engendre pas d’humour mais plutôt la tristesse de voir où la vie moderne, hyper consommatrice et depuis longtemps peu respectueuse de notre environnement nous a mené et continue de nous mener.

Le fait de voir un hippocampe enroulant de sa queue un coton tige est le symbole fort de ce que nous vivons aujourd’hui : une espèce disparue ou en cours de disparition et un petit objet apparemment sans danger qui envahit notre environnement, ne se recycle pas, a une durée de vie presque éternelle et qui, de plus est très déconseillé pour les oreilles puisqu’il ne fait qu’enfoncer le cérumen dans l’oreille alors que son prétendu rôle est de la nettoyer.

Halte aux cotons tiges !!!
Patrice


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À la Galerie Leduc, nous sommes heureux de pouvoir dévoiler aujourd'hui les œuvres de l'artiste conceptuel Spoon Horse que nous suivons depuis ses débuts. 

Je vous présente maintenant la pièce maîtresse de cet accrochage. Elle s'intitule Cornet à l'oreille.

Selon sa démarche habituelle, l'artiste est allé recueillir in situ les éléments composant son œuvre. Il s'agit d'un hippocampe pêché dans la Mer des Sargasses, puis momifié et recouvert d'or fin 24 carats. Quant au coton-tige, le créateur de l'oeuvre nous a confié qu'il l'avait récupéré dans une poubelle du 24 rue des Envierges.
Le fond est une photo découpée dans un magazine de voyages édité par Thomas Cook.

Cette œuvre prend une dimension toute particulière en ce jour de dépôt de bilan de la plus vieille entreprise de voyages.

Anne-Marie

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Extraits du Journal d'un hippocampe (pp. 47-48)

Mardi
Temps calme, eau claire. 
Petite ballade dans les environs. Rencontré Hector le poulpe, toujours aussi tentaculaire. Parlé ensemble du temps et de l'eau.
Mercredi
Temps agité, eau brouillée.
Mangé une salade d'algues à midi. Reçu la visite d'un cousin hippo. Parlé du mauvais temps.
Jeudi
Temps calme, eau mitigée.
Lors de ma ballade, trouvé un joli lampadaire où m'accrocher. Envisage déménagement.
Vendredi
Temps calme, eau pure. 
Emporté bouquet d'algues vers nouveau logement. Croisé Hector qui a critiqué mon lampadaire, disant que ce n'est pas vraiment un lampadaire. Décidé de ne pas tenir compte de critiques, fais ce que je veux.
Samedi
Temps calme, eau claire.
Pendaison de crémaillère avec famille hippo, anciens voisins et poulpe Hector malgré remarques désobligeantes. Lampadaire très admiré.

Vanessa