Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture est l’occasion de jouer avec les mots, de faire entendre sa voix, d’écouter celle des autres, de se découvrir. C’est avant tout une expérience ludique, le plaisir de réaliser quelque chose et de le partager. À chaque séance l’animatrice propose de nouvelles consignes, qui servent de point de départ à l’écriture. Cette règle du jeu, par son aspect contraignant, permet de libérer l’imagination. On n’est plus devant une inquiétante page blanche, mais devant une proposition d’écriture, qu’on pourra à son gré suivre de près ou subvertir discrètement. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture des textes : on se rend compte que chaque participant a traité la consigne de façon personnelle, provoquant la surprise, le rire ou l’émotion. Les échanges, qui se font dans un esprit curieux et bienveillant, permettent à chacun de prendre du recul sur son propre texte.

Quelques textes du 8e mercredi

Texte avec morale


Jean-Eudes avait un faible pour les œufs. Il les aimait très frais, sans aucune cuisson ; aussi avait-il pris l’habitude d’en prélever un chaque matin au cul de la poule, comme on dit, pour le gober tout cru. Et comme il n’avait pas de poule, il se servait chez sa voisine Alberta, qu’on surnommait affectueusement la grosse Bertha dans le village.
Alberta avait vingt-cinq poules, mais chaque matin, quand elle faisait le tour du poulailler avec son panier, elle ne ramassait que vingt-quatre œufs. Ce c’est pas rien vingt-quatre œufs, mais enfin ça ne coïncidait pas, et ça lui faisait quand même sept œufs en moins chaque semaine à vendre au marché. À la longue, ça représentait une perte, et la grosse Bertha n’appréciait pas de perdre de l’argent. Elle avait l’esprit un peu lent, mais quand elle eut enfin compris qu’il se passait quelque chose de pas net dans son poulailler, elle décida de redresser la situation. 
Elle se rappelait vaguement un adage à propos d’un œuf et d’un bœuf, selon lequel un voleur se faisait coincer à cause du bœuf, à moins que ce ne soit l’œuf qui attrapait le bœuf, à moins que le voleur ne les mange tous les deux à la fin de l’histoire, elle ne savait plus très bien. Quoi qu’il en soit, il lui fallait un bœuf. Elle alla donc voir sa voisine Mme Fourmi, qui lui expliqua en long et en large la nécessité de faire des économies pour être parée à toute éventualité, ce qui n’avait rien à voir avec la question, mais c’était son sujet de conversation favori. Quand elle eut fini de lui faire la morale, Mme Fourmi accepta enfin de lui prêter son bœuf, en échange de trois matinées de ménage, car elle ne prêtait jamais rien gratuitement. Alberta repartir avec l’animal et le plaça dans le poulailler. Les poules ne furent pas très heureuses de voir cet intrus, mais le bœuf les regarda placidement et s’endormit ; et au bout d’un moment elles l’oublièrent.
Le lendemain matin, Jean-Eudes, en venant voler son œuf quotidien, découvrit un bœuf au milieu du poulailler.
— Tiens, se dit-il, ça tombe bien, je commence à me lasser des œufs, et à force je risque de développer du cholestérol. La grosse Bertha a sans doute laissé ce bœuf à mon intention. Mais quand même, ça me gêne de repartir comme ça sans remercier.
Il attendit donc la venue d’Alberta avec son panier.
— Ha ha, cria-t-elle, je t'y prends à me voler mes œufs ! C’était donc vrai qu’on attrape les voleurs avec un bœuf.
— Mais non, je suis resté exprès pour vous remercier, autant pour le bœuf que pour les œufs, ils étaient vraiment très bons.
Elle dut lui expliquer qu’il ne pouvait pas repartir avec le bœuf, à cause de Madame Fourmi qui n’était pas prêteuse et encore moins donneuse ; mais ils continuèrent à parler, et de fil en aiguille ils sentirent une complicité se nouer entre eux. Ce fut le début d’une belle aventure, sans grand rapport avec le fait que « qui vole un œuf vole un bœuf », mais un peu quand même.

Vanessa

Scriptoclip


sapin, photo, souris, lumière, rideau

 Ça sent le sapin, dit Julien.
Et tout le monde baissa la tête, car en effet c'était mal parti. Même l'ancêtre, sur la photo en noir et blanc accrochée au mur faisait la gueule. 
 On va bientôt nourrir les souris, dit Loriane.
 Tu veux dire les asticots, répliqua Julien.
Bref, c'était la fin, on n'en reviendrait pas. On allait voir la lumière au bout du tunnel. Et ce serait la fin des haricots. Rideau!

Vanessa