Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture est l’occasion de jouer avec les mots, de faire entendre sa voix, d’écouter celle des autres, de se découvrir. C’est avant tout une expérience ludique, le plaisir de réaliser quelque chose et de le partager. À chaque séance l’animatrice propose de nouvelles consignes, qui servent de point de départ à l’écriture. Cette règle du jeu, par son aspect contraignant, permet de libérer l’imagination. On n’est plus devant une inquiétante page blanche, mais devant une proposition d’écriture, qu’on pourra à son gré suivre de près ou subvertir discrètement. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture des textes : on se rend compte que chaque participant a traité la consigne de façon personnelle, provoquant la surprise, le rire ou l’émotion. Les échanges, qui se font dans un esprit curieux et bienveillant, permettent à chacun de prendre du recul sur son propre texte.

Quelques textes du 1er lundi


Cadavres exquis


La fée verte détruit une assiette en porcelaine en plein extase.
Le petit chaperon rouge/vert pratique une glace à la main sous le soleil l'automne.
L'oiseau s'emmêle les crayons les pavés de la rue nonobstant.
La cour d'école amuse le bruit des travaux merveilleux avec une cruauté impressionnante.
Le nouveau sujet de Charles III se reposait tranquillement dans le parc municipal dans le manoir.
Je m'ennuie de bon matin un sport inavouable de façon irrémédiable.
Mon père coud un piano dans le pré.
Le Pape François braillait l'envers du décor en fin de compte.
Un homme ronronne la balle avec acrimonie.


Bouteilles à la mer


Recherche Patrick né en 1954 (53 ou 55)

Cher Patrick,
Tout d’abord, un grand merci d’avoir jeté cette bouteille à la mer. 
Je suis Roland, le chanteur d’opéra. Tu vois, des cadavres, pas toujours exquis, que nous disséquions, je suis passé au rideau frangé d’or, à la scène, aux envolées lyriques.
Je suis heureux de renouer avec, au moins, un membre de cette fameuse équipe que nous formions à la fac de médecine. Plus exactement, avec un nouveau membre, car j’ai épousé Mireille, la « grande timide ». Il faut croire qu’un blues plus profond que les autres l’a émue et que moi-même, je n’ai plus voulu quitter ma consolatrice, notre consolatrice. Tout cela fait remonter bien des souvenirs…
As-tu des nouvelles des autres ? Ce serait merveilleux de se réunir un jour pour les évoquer.
Sache que tu es le bienvenu.
À te relire ou te revoir bientôt.

Roland (alias Nicole)

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Recherche Annick

Bonjour
La personne que vous recherchez a eu deux vies complètement différentes.
En effet, elle est bien née entre 1946 et 1954, plus précisément en 1949.
Je l’ai connue en 1980 mais elle ne travaillait pas aux PTT. Elle avait décidé de changer complètement d’orientation et avait commencé des études d’anglais à Paris en 1974. En 1978 elle avait été reçue au CAPES et avait commencé à enseigner l’anglais dans un collège de la banlieue parisienne.
C’est dans ce collège que j’ai fait sa connaissance et que nous sommes tombés amoureux. Nous avons décidé de vivre ensemble en 1980.
Nous avons vécu trois ans d’amour mais, malheureusement, en 1983 nous nous sommes séparés. Nous avons gardé d’excellentes relations pendant une vingtaine d’années puis nous nous sommes perdus de vue.
Manifestement elle était retournée dans sa région d’origine, à la Ferté Bernard près du Mans.
J’étais justement dans cette région en août dernier et y ai rencontré un ancien collègue. Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’il connaissait Annick. Malheureusement il m’apprit une mauvaise nouvelle : elle était décédée en août 2022 d’un arrêt cardiaque à l’âge de 73 ans.
J’en suis très triste et espère que cette mauvaise nouvelle n’affectera pas trop votre moral.
Désolé.

Patrice

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Réponse à Sandrine qui recherche Félix

Sandrine, 
Le Lion d'Or ! Ah le Lion d'Or ! Quelle ambiance il y avait. La période disco tenait encore la route, John Travolta, les Bee Gees, Patrick Hernandez, tout ça. 
Ah oui je me présente, je suis Raoul, l'ancien grand copain de ton Félix Curtil, pas Curty ou Curtis. Et toi, c'était Sandrine Poisson à l'époque. Ah ! Ce nom, ce que tu as pu en entendre avec ton nom. Poisson de Poissy, etc. Mais bon. 
J'ai vu Félix jusqu'en 2010. Après les années disco, les années Covid. Pas la même ambiance. Félix avait bourlingué toute sa vie. Moi j'étais resté vendeur au BHV, rayon articles de pêche, jusqu'à la rénovation du magasin, devenu tendance, ce qui m'a conduit à une retraite anticipée. Félix s'était engagé dans la Marine nationale. Étonnant, non ? 
Malgré la distance, nous avions toujours correspondu de loin en loin. Et régulièrement, il m'évoquait Poissy, la Cité Ronsard, le bar le Lion d'Or, bien sûr. Et une certaine Sandrine... 
C'est ainsi que j'ai compris l'idylle qui s'était nouée entre vous. Je ne l'ai compris qu'en 2020. Il m'avait toujours assuré du contraire. Moi qui n'avais jamais osé te dire l'attrait que je te portais. Lui avait osé. Il ne me l'a dit qu'il y a trois ans : après trente ans d'amitié profonde et entière.
Du coup j'ai rompu notre relation épistolaire et je ne saurais te dire sous quelles latitudes il navigue peut-être encore mais que m'importe ! Peut-être Félix lit-il les petites annonces de la Gazette des Vosges, lui aussi.

Raoul (alias Jacques-André)

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Réponse à Raoul

Quelle surprise, ta lettre ! Je me souviens très bien de toi, bien sûr. Raoul, le grand brun timide, toujours dans le sillage du flamboyant Félix. Vos discussions passionnées sur les mérites respectifs des groupes des années 1960 et 1970. Je peux te le dire, maintenant que notre adolescence est loin, que les adolescents ce sont mes fils à présent, un autre style que notre jeunesse ! La vérité, c'est que tu me plaisais aussi. Vous n'étiez d'ailleurs pas les seuls. J'hésitais entre vous et Michel Berteaud. Selon les jours, l'ambiance au bar, la musique, mon cœur balançait. J'ai fini par croquer Félix, parce qu'il a fait le premier pas, du pied sous la table par-ci, un effleurement de main par-là, un regard appuyé... Et puis une franche invitation au Rex, sans toi pour lui coller aux basques. Mais après, je suis sortie avec Michel, j'ai perdu de vue Félix qui m'en voulait beaucoup. Il aura noyé son chagrin d'amour dans la Marine, tu me l'apprends. Ta lettre m'a donné envie de le revoir aussi. Ce serait sympa, des retrouvailles entre copains de jeunesse. Ça fait peur aussi. On va se trouver changé, vieilli, l'image qu'on a gardée de chacun sera floutée. 
J'habite à Rouen à présent, en famille, et si cela se fait, nous pourrons tous nous retrouver dans notre jardin.

Sandrine (alias Muriel)

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Perdue de vue Sylvie

Chère Madame,
Je fais suite à votre petite annonce parue dans le quotidien…, sous la rubrique « Bouteilles à la mer ».
Non pas que je sois, hélas ! la personne que vous recherchez, mais au début des années quatre-vingt, je me suis liée d’amitié avec sa petite sœur Catherine. Nous étions, à l’époque, jeunes filles et travaillions toutes les deux dans la même société de roulements à billes, elle au service comptable, moi au secrétariat. Sa grande gentillesse, une presque timidité m’ont très vite attirée vers elle. Nous avons assez rapidement passé du temps ensemble, nous livrant à des confidences, échangeant des anecdotes sur nos familles respectives. Elle se référait souvent à son grand frère Guy qu’elle admirait. « Il est si beau », disait-elle, « et pilote des avions, des avions à réaction ». 
Plus tardivement, elle m’a parlé de leur sœur Sylvie. J’avais d’ailleurs trouvé curieux qu’elle n’évoque pas la fratrie entière au même moment. Elle finit par m’avouer, si on peut parler d’aveu, que cette sœur de cinq années son aînée avait disparu la veille de ses trente-et-un ans. Ce fut un drame et un chagrin immense, partagés par toute la famille. Trois ans après ce jour fatal une lettre est arrivée, l’enveloppe était à l’en-tête du Ministère des Affaires étrangères du Guatemala et annonçait sa mort dans un accident d’avion.
Croyez que suis sincèrement et profondément désolée de mettre un terme si brutal à votre recherche.
Bien sûr, vous pouvez m’écrire et même, si vous le souhaitez, pourrions-nous nous rencontrer pour parler de votre chère soeur.
Bien à vous.

Nicole

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Réponse à la disparition de Sylvie

Bonjour madame.
Je vous remercie pour votre réponse qui, certes a provoqué en moi un grand désespoir mais qui m’a permis de stopper mes recherches.
J’en suis arrivé à me demander s’il n’est finalement pas plus sain pour l’esprit de ne pas trop fouiller dans le passé. Quelquefois cela peut en effet raviver des souvenirs heureux mais aussi, malheureusement, réveiller des phases de grande souffrance.
C’est pourquoi je ne pourrai pas vous rencontrer pour évoquer la perte de Sylvie. Je vais essayer de classer cette belle et heureuse période de ma vie dans les souvenirs heureux en gommant la triste réalité que vous m’avez apprise.
Je me demande d’ailleurs si je n’aurais pas mieux fait de ne pas publier cette annonce de recherche de Sylvie.
Je vous remercie quand même

Patrice

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Réponse à Louis qui recherche un ami italien

Cher Louis,

Un grand merci pour la réponse à mon annonce. 
Vous évoquez le mariage et le divorce de notre ami commun. Il se trouve que j'avais assisté à son mariage avec mon amie Anne-Laure. Cette évocation me fait venir le sourire aux lèvres. Ce jour-là, le maire de la commune de Milan avait inversé les noms respectifs de famille et les dates de naissance des futurs mariés. Ayant voulu rectifier, la confusion était telle que la cérémonie avait failli être écourtée. Enfin, l'union avait pu être déclarée. 
Finalement, cela ressemble assez bien à notre ami Paolo. Les vacances avec lui ne pouvaient être banales. À côté de sa gentillesse et de son côté coureur italien, et je sais de quoi je parle, il faisait des bourde – peut-être vous en souvenez-vous? – parfois assez lourdes. 
Aviez-vous appris qu'il s'était rendu à Banyuls au lieu de Bayonne, par homophonie, pour se rendre à une réunion à laquelle j'avais participé ? Cela avait eu pour conséquence l'éloignement d'une partie de son cercle d'amis. Et un peu tout à l'avenant.
Votre lettre malheureusement ne m'aide guère pour retrouver notre Paolo. Aussi et si vous en convenez, nous pourrions décider de faire des recherches poussées en commun. Qu'en pensez-vous ? Je vous laisse mes coordonnées. Amicalement.

? (Jacques-André)

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Réponse à l'annonce de Viviane


Toulon, août 2023

Viviane, tu te démasques enfin, après tant d'années ! Tu crois que je ne soupçonnais pas tes manigances, à l'époque où tu te prétendais « ma meilleure amie » ? Que je ne voyais pas tes coups d'oeil furtifs, tes regards énamourés sur Jean-Marie ? Et ta manière de remettre vite fait du rouge à lèvres, quand on avait le dos tourné ? Il te plaisait bien, mon beau capitaine, surtout quand il venait en uniforme pimpant ! Oui, mais c'est moi qu'il avait choisie, au bal du 14 juillet, malgré tout le gringue que tu lui avais fait ! Et je vais te dire une bonne chose : laisse tomber ! Jean-Marie, ce n'est pas pour toi. Non, mais franchement, tu ne t'es jamais rendu compte qu'il te tolérait tout juste, par égard pour moi ? Il te trouvait ridicule, ma pauvre amie, avec tes mimiques de coquette, tes rires de complaisance à la moindre de ses blagues, tes cris d'admiration surjouée pour ses petites prouesses militaires de pas grand-chose. Parce qu'enfin, dans les bureaux de la caserne d'Épinal, un capitaine instructeur, ça ne risquait pas grand-chose. Vous auriez fait un beau couple, tiens. Et ça m'aurait évité de perdre dix ans de ma vie avec un homme que je ne n'aimais plus au bout de deux ans. Mais le plaisir de t'en priver, ça c'était réjouissant, « ma meilleure amie ».

Gervaise (alias Muriel)


Écrire à toute vitesse



perceuse, lune, peigne, lumière, pouvoir, bateau, cadre, œuf.

Mon voisin a acheté une perceuse. Elle est black et d'équerre. Il l'utilise jour et nuit. J'en perds ma contemplation de la lune. Ce voisin est déplaisant en plus du fait qu'il a toujours un peigne à la main. J'ai envie de couper la lumière de l'immeuble : au moins j'en ai le pouvoir. Il a voulu nous réunir afin de se disculper : il nous a menés en bateau. Cela cadre bien avec le personnage. J'ai proposé aux membres de la copropriété de lui balancer un oeuf à la figure.

Jacques-André


Je n'en peux plus de ce bruit de perceuse chez la voisine ! Ça fait des heures que ça dure, que fiche-t-elle ? Je suis obligé de peigner ma chienne tous les quarts d'heure pour la calmer, ce bruit la fait trembler. Si je coupais l'électricité de l'immeuble, elle n'aurait plus de courant. Oui mais moi, je n'aurais plus de lumière. Ah si j'avais le pouvoir d'arrêter ce maudit tintamarre ! Je te ficherais bien la voisine sur un bateau pour l'envoyer au diable ! Il faudra demander au syndic de fixer un cadre pour les horaires de travaux. Bon, je vais me faire cuire un œuf, ça me calme toujours les nerfs.

Muriel


- Perceuse ! J’eusse préféré « Berceuse », à une lettre près, que de douceur … 
- Lune, tu te lèves au-dessus de la mer et m’émerveilles. 
- Peigne tes longs cheveux et ravis-moi de ce spectacle. 
- Cette lumière m’éblouit et me fait mal. Elle me force à fermer les yeux et me plonge dans les ténèbres. - Mon pouvoir d’achat a diminué. 
- Tu me mènes en bateau mon brave Marius. Aucune sardine n’a bouché le Port de Marseille ! 
- Et surtout respectez le cadre ! Sinon, il vous en cuira. 
- Qui est le premier de l’œuf ou de la poule ?

Nicole qui a mangé la moitié de la consigne