Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture est l’occasion de jouer avec les mots, de faire entendre sa voix, d’écouter celle des autres, de se découvrir. C’est avant tout une expérience ludique, le plaisir de réaliser quelque chose et de le partager. À chaque séance l’animatrice propose de nouvelles consignes, qui servent de point de départ à l’écriture. Cette règle du jeu, par son aspect contraignant, permet de libérer l’imagination. On n’est plus devant une inquiétante page blanche, mais devant une proposition d’écriture, qu’on pourra à son gré suivre de près ou subvertir discrètement. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture des textes : on se rend compte que chaque participant a traité la consigne de façon personnelle, provoquant la surprise, le rire ou l’émotion. Les échanges, qui se font dans un esprit curieux et bienveillant, permettent à chacun de prendre du recul sur son propre texte.

Quelques textes du 3e lundi


Inventaire : L’automne


- Couleurs chaudes
- Craquements des feuilles sous les pieds
- Champignons
- Colchiques
- Récolte des pommes de terre
- Rentrée des classes
- Manifestation
Annie


- des bougies pour réchauffer l’ambiance
- un plaid pour réchauffer les corps 
- les agrumes (j’adore)
- les cucurbitacées (je n’adore point) 
- les feuilles qui rougissent et tombent 
- les feuilles qui restent vertes et refusent de tomber
- un nouveau manteau pour la rentrée 
- les flaques d’eau qu’on écrase avec ses nouvelles chaussures de la rentrée.

Vanessa

En bonus, un petit poème sur le thème de l’automne :

Ce vingt novembre en ce matin d’automne
Règne un temps de printemps qui souvent nous étonne
Les nuages sont partis vraiment à toute allure
Pour nous laisser un ciel d’un excellent augure
Et changer notre humeur qui était si obscure

Patrice

Haikus


Pluie pluie pluie pluie pluie
Fenêtres en pleurs sans fin
Ô Déluge, va-t-en !
Muriel

La bise de novembre
s'abat sur le Père Lachaise
un chat fait le guet
Marie-Claudine

Le champ labouré
L'alouette sur la branche
s'ébroue de plaisir.

Amitiés d'automne 
ouvertes sur la nuit bleue
Orages en suspens.

Sentier de vertu
mène loin du déplaisir
Plaisir d'automne.
Jacques-André

Flocons  de neige
Couvrent le sang des feuilles
Automne évanoui.

Libellule de verre
Plisse la vague grise
Le crapaud patiente.
Nicole

Un temps seulement
En cette journée solaire
M’a rempli de bonheur

Une joie intérieure
Souffle en cette soirée
De tristesse morne

Patrice

Colchiques violettes
Manif silencieuse
Eveil des sens.

Craquement des feuilles
Enfin l’école vivante
Premières gelées.
Annie

Basilic séché
Gaines éparpillées au sol
Espoir de printemps
Vanessa


Bouts rimés


morte/porte ; glycine/marine ; plafond/béton ; étang/cerf-volant ; rose/morose ; colchique/comique ; envergure/augure ; feuille/accueil.

En ce matin d’automne je vis une souris morte
Que le vent violent poussa devant ma porte
J’eus préféré sans doute y voir une glycine
Aux feuilles multicolores des beauté sous-marines

Et pendant ce temps-là courait sur mon plafond
Un cafard éclatant enrobé de béton
Écœuré par l’insecte je courus à l’étang
Certain de retrouver enfin mon cerf-volant

À côté d’une branche d’un joli laurier rose
Se promenait hagarde une grenouille morose
Et pourtant que penser de ces haies de colchiques
Qui donnaient à l’ensemble une apparence comique

Je me précipitai en courant vers les feuilles
Avant de retourner à mon bureau d’accueil
Cette journée incroyable prenait une envergure
Qui annonçait vraiment un vent de bon augure

Patrice

Quel spectacle, quel accueil,
Tous ces tapis dorés de feuilles
Non la nature n’est pas morte
Il suffit que j’ouvre ma porte
Je regarde la parure de la glycine
Courant sur les murs de mon amie Marine
En bordure de l’étang,
les enfants jouent au cerf-volant
Qui par sa grande envergure
Annonce des moments de meilleurs augures.
Toutes les tâches violettes des colchiques
Donnent au paysage un air comique
Dans le jardin les enfants cueilleront des roses
Pour oublier cette vie morose,
Quand du sol au plafond
On ne leur montre que du béton.

Annie

Doucement s’ouvre la porte
Sur la pâle et belle Morte.
Chevelure mêlée de glycine,
Yeux clos jadis marine,
Elle gît sur le béton,
L’âme prête à franchir le plafond, 
Pour s’accrocher au cerf-volant 
Qui frémit au-dessus de l’étang.
Il déploie son envergure
En signe de bon augure.
Alors applaudiront  les roses 
La fuite des jours moroses.
Déposée pour un ultime accueil 
Sur un linceul de fraîches feuilles,
Ce bouquet de colchiques 
Entre ses mains d’ivoire
Est tristement comique.

Nicole

Dans le jardin où toute chose semble morte,
Le beau violet d’une glycine
Se détache devant la porte,
Sophie accroche une fleur à son pull marine.

Elle voit le ciel sombre et gris comme un plafond,
Alors elle court à l’étang
Faire planer son cerf-volant
Pour oublier la ville et ses murs de béton.

Au bord de l’eau, pour l’égayer, des taches roses :
Asters, bégonias et colchiques.
Leur fraicheur est presque comique
Dans ce décor d’automne pluvieux et morose.

Le cerf-volant déploie toute son envergure
Au-dessus des fleurs et des feuilles,
On dirait un geste d’accueil
Pour l’année à venir. Sophie voit un augure !

Vanessa

Elle était morte
À ma porte.
Quoi ? …la glycine.
Je regardais le plafond
Morose.
Ô rendez-moi les rouges roses
Cachant le gris béton
Et le triste plafond.
Refleurissez, colchiques
Que les sentiers d'été accueillent,
Cachez les mortes feuilles !
Envolez-vous encore, cerfs-volants,
Loin du sombre étang.

Envoi :
Aucun clown comique
Hélas, n'est le bon augure
Du mol automne sans envergure.

Muriel


À partir d’une carte du jeu Dixit


Mais quel salmigondis !
Un arbre gigantesque se prend les pieds dans ses racines.
Et quoi de plus normal, pour l’énorme spécimen, que d’avoir sur sa branche un cerf généreux venu ajouter ses bois au bois d’arbre !
D’une autre ramure, un peu plus tôt, est tombé un poisson gros comme une carpe.
Cela a dérangé un manant, car voici le bonhomme sur ses jambes perché
Qui menace le tronc de sa hache rutilante.
Au-dessus de tout ce pataquès, folâtrent en ondulant satellites et planètes.
Un oiseau mirobolant, mais surtout vaniteux, tente de les éclater comme vulgaires baudruches.
Pong ! Qu’est-ce que c’est ?
Une pomme ronde et rouge vient assommer ma tête. « Il est l’hor mon segnor ! »
J’émerge en souriant de mon rêve cauchemardesque.

Nicole

 
Pourquoi veux-tu détruire notre nature ? dit le cerf à l’enfant
Pourquoi veux -tu tout assécher ? dit le poisson à l’enfant
Pourquoi créer la discorde entre les planètes ? dit la colombe à l’enfant
Mon ombre te protège, mes racines te nourrissent, dit l’arbre à l’enfant
Si tu me multiplies, je peux te nourrir, dit le poisson à l’enfant
Si tu me laisses prospérer, je peux aussi te nourrir, dit le cerf à l’enfant
Tu vois, reprend la colombe, c’est tout cela que l’on appelle Amour Harmonie et Solidarité

Annie


Le jeune homme incrédule aperçut dans un arbre
L’homonyme d’une chanteuse vivant au paradis
N’en croyant plus ses yeux et pour le protéger
Il saisit dans sa poche un petit drapeau blanc
Qu’il secoua très fort afin d’être bien vu
Des chasseurs violents armés de leurs fusils
Et qui voulaient tuer en ce sale jour de chasse
Ce cerf si merveilleux qui marchait sur les branches

Patrice


Le rêve s'éveille
tout en couleurs
Le rêve s'éveille
sans douleur.
Ses racines marines 
ui donnent apparence chagrine.
Heureux, le poisson
avec les racines se confond.
Il est bleu, le poisson
bleu comme une orange.
Qui cela dérange ?
Le lutin a consulté les astres.
Quel désastre !
Les planètes ne sont pas nettes.
Au fond
tout se confond.
C'est une fable anodine
à fendre à la hache

Dessiné au Caran d'Ache
le lutin la dessine.
C'est une fable moderne
que tout concerne.
Les astres, les oiseaux
fonds baptismaux
et confins astraux.
Tout se mêle
et tout s'emmêle.
Le lutin a-t-il sa place
dans le vaste espace ?

Jacques-André


Petit Pierre ne perdit pas un instant. Il se rua sur l'arbre maléfique. Vite, l'abattre à coups de hache magique ! L'aigle qui l'avait guidé au sommet de la montagne cachée ne cessait de plonger, les ailes déployées, pour chasser les planètes orange tourbillonnantes qui se rapprochaient. Aux racines de l'arbre, les immondes serpents à écailles gluantes grouillaient, se tordaient, sifflaient horriblement.
Le cerf, âme damnée de l'arbre, s'était réfugié sur une branche et bramait pour effrayer le jeune garçon. Mais, ni les sifflements aigus des serpents, ni les sons rauques du cerf aux cornes aiguisées ne firent reculer le brave Petit Pierre.
L'arbre s'est mis à saigner une sève verdâtre, une résine blanchâtre, de plus en plus fort sous la volée de coups. Soudain il s'abattit, écrasant le cerf à l'âme maudite. Les planètes dans un grondement de mer en furie s'éloignèrent d'un bond et devinrent minuscules. Petit Pierre avait sauvé le royaume de son vieux père.

Muriel


Le cosmos est une harmonie d’où émane, selon les Anciens, la musique des sphères. Tout se tient et se soutient, les planètes entre elles, les animaux et les plantes, chaque chose est reliée aux autres. Et puis quelque chose vient briser l’harmonie, un arbre tombe, une planète meurt ; instant de chaos vite compensé. Le cosmos retrouve son équilibre et la musique résonne à nouveau.

Vanessa